II. POINT
CETTE DÉTRESSE LE MET A l'aGONIE.
Étant en l'agonie, il prolongeait sa prière.
Jésus, dans son extrême détresse, est à deux genoux, comme un pauvre criminel qui attend l'arrêt de sa mort, et qui tâche d'en adoucir la rigueur. Il se met dans la posture du monde la plus digne de compassion, pour fléchir la justice de son Père ; et comme il la voit inexorable, sachant qu'il faut mourir, son cœur, terriblement alarmé et épouvanté de la multitude effroyable des maux qui lui sont représentés, se fend comme en deux parts, dont l'une fuit la mort avec horreur, et l'autre la veut avec une résolution invincible. L'une tremble sous les fléaux de la colère de Dieu, l'autre les regarde avec respect et les accepte. L'une craint les tourments, l'autre les désire. Chacune le tire de son côté avec tant de violence qu'il tombe sous les coups, et souffre des convulsions mortelles, ne voyant rien qui ne lui soit un cruel martyre jusqu'à lui-même; car il fait des efforts sur soi qui font gémir et défaillir toute la nature, et qui la fe-
raient cent fois mourir s'il ne la soutenait par sa puissance infinie (l).
0 mon Sauveur, apprenez-moi à me vaincre moi-même, et à combattre constamment jusqu'à l'extrémité pour la gloire de votre nom et pour le salut de mon âme. Quelque effort que je fasse pour résister à mes passions et surmonter mes dégoûts et mes répugnances, ce n'est rien à l'égal de votre agonie. Oh! que je vous suis obligé d'avoir voulu goûter l'amertume de la mort toute pure, pour m'en adoucir le sentiment. Faites, je vous prie, par votre grâce, que ma vie soit un combat perpétuel contre la nature, et ma mort une victoire qui soit suivie d'un glorieux triomphe dans le ciel (2).