‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 20 sur 229 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Premier moyen de vous exciter a la co3ipassion. — En premier lieu, tracez en votre esprit une vive peinture de la Passion de Jésus-Christ, qui vous représente la lance qui lui a percé le cœur ; les fouets qui lui ont déchiré la chair, et qui l'ont mis tout en sang; les épines, les clous, et toutes les plus tristes circonstances de sa mort. Certainement si vous les considérez avec attention, vous en devez être sensiblement touché. La gratitude vous y oblige ; car ayant tant souffert à votre occasion, le moins que vous pouvez faire est de compatir à ses souffrances. La justice le veut ; car si vous devez de la compassion à vos frères quand ils sont dans l'affliction, que ne devez-vous pas au Fils de Dieu, qui, par excès d'amour, s'est fait homme mortel pour vous tenir lieu d'ami, de frère, de père, de toutes choses ? La seule humanité vous y porte ; car si vous voyiez le dernier des hommes dans l'état où sa charité l'a réduit, vous en auriez pilié. Saint Grégoire de Nysse ne pouvait voir le tableau du sacrifice d'isaac sans répandre des larmes de compassion et de tendresse, considérant cette innocente victime qui tendait le cou, pour recevoir le coup de la mort de la main de son propre père. Si cet objet lui semblait si pitoyable, celui de Jésus-Christ mourant en croix ne l'est -il pas infiniment plus?

Oh ! qu'il a souffert de tourments (1) ! Qui pourrait assez

(1) Vide S. Bern., Serm. H, in Gantico.

eslimer le prodigieux effort de bonté, de douceur, de miséricorde, qui l'a jeté dans cet abîme de douleurs ? Jetez les yeux sur la grandeur et la multitude de ses plaies ; voyez les ruisseaux de sang qui en découlent; considérez ce beau visage si défiguré de crachats, de boue et de sang, qui n'est plus reconnaissable ; goûiez l'amertume du fiel dont il est abreuvé ; ressentez les coups de marteau, et la pointe des clous qui le percent; écoutez ces amoureuses plaintes qu'il pousse vers le ciel : Mon Dieu, pourquoi rnavez-vous abandonné? pour vous apprendre l'excès de ses douleurs intérieures, que vous ne pouvez voir de vos yeux, souvenez-vous qu'il est innocent, qu'il est Fils de Dieu, qu'il est le Dieu de la gloire ; et si vous pouvez le considérer en cet état sans être touché de douleur, avouez que vous êtes insensible. Pleurez, mes yeux ; mon cœur, fondez en regrets par le feu de la douleur et de la compassion que mérite un homme si aimable, si doux, si patient, et qui est si afûigé.

• II. CONSIDÉRATION

Deuxième moyen. — En second lieu, ne vous contentez pas de lier votre esprit à la croix de Jésus-Christ; appliquez-y votre cœur par un amour si intime, qu'il entre profondément dans son côté sacré, tout ainsi que s'il était une partie de ce corps étendu sur la croix, et couvert de plaies, comme en effet il est plus à lui qu'à vous-même. Faites donc qu'il soit plus en lui qu'en vous, s'il est possible ; car alors votre cœur étant tout^sien par sentiment, comme il Test par le droit qu'il a sur vous, toutes les douleurs de votre Sauveur y entreront par communication, et y feront une forte impression. La compassion est une plaie du cœur qui'est blessé de la misère d' autrui ; mais il faut que ce soit l'amour qui la fasse, et cet amour doit être fondé dans l'union. Quand nous voulons considérer les excessives souffrances du Fils de Dieu,

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pour nous exciter à la compassion, il ne faut pas le regarder comme une personne indifférente , mais comme un autre nous-mêmes, et plus encore que cela, vu que nous sommes plus à lui qu'à nous-mêmes, notre être n'étant qu'une essentielle dépendance du sien. Nous devons le regarder comme notre maître, et le meilleur de tous les maîtres ; comme notre père, et le meilleur de tous les pères; comme notre chef, et le plus noble chef qui puisse être. Et parce que le chef mérite plus de compassion que le reste de tous les membres, nous devons ressentir plus vivement les souffrances de Jésus-Christ que de qui que ce soit au monde, sans excepter ni père, ni maître, ni ami, sans nous excepter nous-mêmes. Car si nous l'aimons comme il mérite, ses douleurs doivent nous être plus sensibles que les nôtres. Figurez-vous donc qu'on vous mène vous-même au supplice ; que vous êtes sur le point d'être comme saint Barthélémy, ccorché tout vif ; couché sur le gril comme saint Laurent ; lapidé comme saint Etienne, ou plutôt crucifié comme votre Sauveur ; et vous sentant saisi d'horreur, tournez-vous vers lui, et dites-lui : Ah! Seigneur, si la seule imagination d'un mal, que je ne souffre qu'en pensée, me fait frémir et pâlir, que dois-je faire vous voyant environné de tant de maux effectifs qui vous font languir et mourir ? 0 mon chef et mon tout, si l'on doit plus compatir à celui qu'on aime le plus, devant plus vous aimer que moi-même, ne dois-je pas plus ressentir vos douleurs que les miennes? 0 chrétien! quand votre pied est blessé, vous en ressentez aussitôt la plaie ; votre esprit et votre cœur s'y portent promptement pour prendre part à sa peine ; et voilà votre chef percé de clous, percé d'épines, percé d'une lance, percé de mille traits de douleur, et vous n'y pensez pas, et vous n'en avez point de sentiment. Est-il possible que vous aimiez plus votre pied que votre Dieu (1)?

(1) s. Bona^v., loco citato.

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