‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 22 sur 229 · IV. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. CONSIDÉRATION

Quatrième moyen. — En quatrième lieu , unissez-vous aux sainls, qui ont tous été si amoureux du Calvaire, et qui ont eu de si grandes tendresses pour Jésus-Christ crucifié. Figurez-vous que vous les voyez tous au pied de la croix, assistant avec un cœur pénétré de douleur à ce triste spectacle d'un Dieu mourant ; que les uns fondent en larmes, les autres éclatent en soupirs, les autres se frappent la poitrine, les autres se déchirent à coups de fouet , les autres se ceignent de chaînes de fer, les autres se couvrent d'un rude ciliée; que les créatures même insensibles se joignent à eux pour pleurer la mort de leur commun Maître ; que le soleil s'obscurcit, que la lune tombe en défaillance, que les pierres

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se fendent, que toute la nature est en deuil ; mais surtout regardez la bienheureuse Vierge abîmée dans la douleur, et voyez le pitoyable état où la mort de son Fils l'a réduite. Eh ! qui est l'homme qui pût retenir ses larmes, en voyant la Mère de Dieu dans celte agonie ?

Que si vous ne sentez pas encore votre cœur assez attendri à la vue de tous ces tristes objets, adressez-vous au Crucifix pour lui témoigner le regret que vous avez de votre dureté. Tantôt plaignez-vous à lui de ce que vous êtes si insensible, et priez-le de vous donner une goutte de ce sang, qui a été capable d'amollir les rochers. Tantôt plaignez-vous de lui-même : Eh ! mon Seigneur, pourquoi m'avez-vous mis au monde, si je ne dois point avoir de liaison ni d'union avec vous ? Et si je suis uni à vous, pourquoi ne suis-je pas blessé comme vous (1)?

Tantôt remontrez-lui qu'il vous fait tort, et que ses plaies vous appartiennent, et non pas à lui. C'est pour moi, Seigneur, c'est pour moi que vous avez reçu ces plaies et non pas pour vous. Pourquoi donc me les retenez-vous ? Pourquoi les portez-vous au lieu de moi? Pourquoi me faitesvous ce tort? C'est moi qui dois porter ces plaies, c'est à moi qu'elles doivent échoir ; c'est moi qui ai péché, c'est moi qui ai commis l'offense ; mais vous, qui vous laissez conduire à la mort comme une brebis innocente, qu'avezvous fait ? Tantôt dites-lui qu'il se fait tort à lui-môme, et qu'en retenant ce qui ne lui appartient pas, il se met en danger d'être pris pour le coupable ; que s'il ne veut pas s'en dessaisir, pour le moins qu'il vous en fasse part : Rendezmoi, Seigneur, rendez-moi ces plaies, puisqu'elles sont à moi, de peur que vous ne paraissiez coupable en retenant les plaies d' autrui. Ou si vous voulez être ainsi blessé, blesseznous avec vous, afin que nous ne perdions pas entièrement ce qui nous est dû.

(1) s. Bonav.

Enfin, priez-le qu'il ne diffère plus à vous accorder l'effet de vos désirs ; dites-lui qu'il y va de sa gloire ; et s'il s'oublie lui-même pour penser à vous, remontrez-lui qu'il y va de votre vie : Ah ! Seigneur ! je languis, je m'en vais mourir, si vous ne blessez mon cœur; car j'ai horreur de le voir sans plaies, pendant que vous expirez sur la croix. Eh ! mon cher maître, mon doux Jésus, ne tardez plus ; tout délai m'est une mort; si vous différez encore, mon cœur se va dissoudre et fondre de regret ; et quand il sera ainsi liquéfié, il ne sera plus temps de le secourir ; vous ne pourrez plus y faire aucune plaie qui y demeure. 0 Sagesse infinie ? ne savez-vous pas quïl vaut mieux conserver votre créature toute percée de plaies, que de la laisser périr et s'anéantir à vos yeux ? Kàtez-vous donc de me blesser, si vous ne voulez perdre absolument une de vos créatures que vous avez rachetées de votre sang. Accourez, Seigneur, accourez à mon secours, autrement vous n'avez plus en moi de serviteur, je vais m'anéantir. Quoi ! serez-vous plus dur à mon égard que vous n'avez été envers vos plus grands ennemis ? Vous êtes mort pour eux, et vous ne vous souciez pas que je meure. Hélas ! je ne vous demande point que vous soyez crucifié de nouveau pour me sauver la vie ; je vous demande que je sois sacrifié moi-même, afin que je ressuscite par l'application de vos plaies. Ne me refusez pas cette grâce. Il y va de la gloire de votre pouvoir infini. Moïse fut blâmé d'avoir frappé deux fois le rocher de la baguette pour en faire sortir de l'eau ; et tant de fois vous avez frappé mon cœur, sans qu'il vous ail donné une larme. Ah ! frappez-le une fois si puissament par la vue de vos plaies, par la vue de votre amour, par la vue de mes misères, par la vue de vos miséricordes, qu'il se change à la fin en une source de pleurs continuelles qui ne tarisse jamais.

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CINQUIÈME LEÇON

Cinquième affection: La reconnaissance.

« Le Fils de Dieu s'est rendu votre caution ; ne perdez pas le souvenir de la faveur qu'il vous a faite, car il a donné sa vie pour vous. »

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