‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 24 sur 229 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Deuxième devoir de reconnaissance. — Le second est d'aimer le bienfaiteur, de lui savoir bon gré des biens que vous avez reçus de lui, et de vous en tenir infiniment redevable; ce qui ne vous sera pas difïïcile, si, outre le nombre et la grandeur des biens qu'il a faits, vous considérez la manière admirable dont il vous a obligé. Car étant votre Dieu, il s'est fait votre frère ; et quoique vous fussiez son ennemi, il s'est fait votre ami. Et vous rendant le bien pour le mal, il s'est chargé de toutes vos misères, jusque-là que le moyen qu'il a employé pour vous sauver, lui a coûté la vie; et, ce qui est merveilleux, pouvant le faire avec autant de facilité qu'il en a eu en vous créant, il ne l'a pas voulu. Pourquoi? pour vous gagner le cœur plus puissamment, et y graver avec plus de force les sentiments d'amour et de gratitude que vous devez en avoir. Il a pris, dit saint Bernard (1), beaucoup de peine pour vous donner beaucoup d'amour, et pour vous avertir, par la difficulté de votre rédemption, du devoir de gratitude que la facilité de votre création vous avait fait négliger. Ce n'est pas que la grandeur de ce bienfait, quand il ne lui eût coûté qu'une parole, ne lui eût acquis sur vous des obligations infinies, vous ayant élevé au comble de tous les biens, et vous ayant tiré de l'abîme de tous les maux ; mais il a voulu signaler son amour par ses souffrances, et combattre votre ingratitude plus par la multitude des maux qu'il a soufferts, que par la grandeur des biens qu'il vous a faits. Car, dites-moi, comment est-ce que cette souveraine Majesté vous a racheté? Est-ce par le souffle de sa bouche, en disant une parole, qui est la chose du monde la plus facile? Nullement; mais il a travaillé trente-trois ans à l'ou-

(l)S.Bern., Serm. 12,inGantico.

vrage de votre salut, jusqu'à être cloué à la croix, condamné à mort, voué aux opprobres, à Figaorninie publique (1). En vérité, qu'a-t-il dû faire qu'il n'a pas fait? Quel cœnr, fût-il plus dur qu'un rocher, ne serait attendri par lant de bienfaits si considérables, et par leur nombre, et par leur qualité, et par la qualité de celui qui en est l'auteur (2)? Si donc le vôtre demeure insensible, et s'il n'est point épris d'amour envers un tel bienfaiteur, ne faut-il pas mettre voire ingratitude au rang de ces prodiges qui passent la malice des hommes, et qui ne peuvent venir que de l'abîme (3).

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