III. CONSIDÉRATION
Troisième DEVOIR de reco^^naissaisce. — C'est de bénir et de louer souvent votre très aimable Rédempteur, qui a porté toutes vos plaies, et de lui témoigner votre reconnaissance par des actions de grâces sincères et amoureuses. Vous y êtes obligé par les principes mêmes de la nature, vu qu'iLn'y a point de bête si farouche, qui ne ressente naturellement le bien qu'on lui fait, et qui ne le rende quand elle peut ; outre qu'il n'y a rien de plus facile que ce devoir, n'y ayant rien qui nous coûte moins que la parole, ni qui soit plus en notre pouvoir que notre volonté. Et toutefois Dieu se contente de cela, parce qui sait bien qu.e nous sommes pauvres et faibles; et d'ailleurs il n'a pas besoin de nos biens. Son plaisir est de nous faire du bien, et d'en tirer de la reconnaissance, qui est le seul tribut qu'il exige de nous. Encore ne le demande-t-il pas par intérêt, mais pour avoir occasion de redoubler envers nous les effets de sa bonté. Car, dit saint Chrysostôme, l'action de grâces que nous lui rendons est un trésor infmi, où nous trouvons de quoi payer toutes les grâces que nous avons déjà reçues, et de quoi acheter celles que nous n'avons pas encore. De là vient que tous les
(1) S. Bern., Serai. 2, de verbo Apostoli : Non est regnum Dei esca et potus. — (2) Ibid., paulô infra. — (3) Guill. Arver. 1. deReth. div. c. 4.
saints sont si soigneux de la pratiquer, et que l'usage en est si fréquent dans TÉcrilure, où nous avons tant de fêtes et de cantiques faits par les plus signalés personnages de l'un et de l'autre Testament, en reconnaissance des bénéfices qu'ils avaient reçus du ciel, comme celui des Israélites après avoir passé la mer Rouge; celui de Débora après la défaite de Sisara; celui d'Ézéchias après sa convalescence miraculeuse; celui de Judith après la mort d'Holopherne; celui d'Anne, mère de Samuel, après ses couches ; celui des trois enfants dans la fournaise de Babylone; celui de Zacharie pour la naissance de saint Jean; et celui de la bienheureuse Vierge après l'ineffable mystère de l'Incarnation. Or, quel bénéfice mérite plus de louanges que celui de notre Rédemption, sans lequel tous les autres n'auraient jamais été, ou ils auraient été inutiles? Rendons-lui donc des actions de grâces immortelles, et disons avec le Prophète : Mon âme, bénissez le Seigneur, qui a voulu mourir pour vous redonner la vie; rappelez toutes vos puissances, pour lui rendre Thonneur et la gloire qui lui appartiennent; invitez toutes les créatures à le louer; et surtout, priez tous les Saints et tous les esprits bienheureux de le bénir pour vous, et de suppléer à vos défauts. N'oubliez jamais les peines qu'il a souffertes, ni les bienfaits que vous avez reçus de ses mains. C'est lui qui vous donne le pardon de vos crimes aussitôt que vous le demandez; c'est lui qui guérit toutes vos maladies; c'est lui qui vous délivre de la mort; c'est lui qui vous environne de ses miséricordes, et qui remplit toute l'étendue de vos désirs (1). Si vous en êtes ingrate, vous méritez d'être privée de tous ses biens, et de rentrer dans l'abime de vos misères, car votre ingratitude vous rend indigne de sa faveur.
(1) Psal. 102.
LE CUUÉT.