‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 30 sur 229 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Troisième motif de confiance. — Peut-être vous me dites que vous ne doutez pas de l'amour qu'il vous a témoigué en mourant, mais que vos infidélités et vos rechutes si fréquentes, jointes à vos langueurs qui vous rendent insensible, vous font appréhender qu'il ne vous ait oublié et qu'il ne vous ait abandonné à la colère de son Père. Mais comment pourrait-il vous oublier, puisqu'il vous a gravé dans ses mains et dans son cœur, pour ne perdre jamais le souvenir d'une chose qui lui a coûté si cher ? et comment est-ce que le Père éternel pourrait vous regarder de mauvais œil, ne vous voyant qu'à travers les plaies de son Fils, et tout couvert de son sang ? Car nous sommes si étroitements liés avec lui, qu'il faut que nous soyons ensemble ou aimés ou haïs (1). Et comme il n'est pas possible que son Père ait de la haine pour lui, ainsi ne peut-il pas en avoir pour nous, si nous sommes unis à lui. Il pèse bien plus dans la balance de la justice divine pour nous faire aimer, que nous n'y pesons pour le faire haïr. Un plus grand amour s'est rendu victorieux d'une moindre haine; et, par celte raison, nous sommes aimés, nous sommes absous, nous sommes justifiés, nous sommes remplis d'une très-ferme espérance, qu'étant unis au Fils, nous ne serons point abandonnés à la colère du Père. Il faudrait, premièrement, que ce cher Fils nous oubliât; et pour nous oublier, il faudrait qu'il oubliât ses plaies, qu'il oubliât sa croix, et qu'il s'oubliât lui-même.

0 mon doux Jésus, mon unique espérance, pourriez-vous bien mettre en oubli cette chétive créature que vous avez rachetée de votre précieux sang ? Est-il possible qu'une mère perde le souvenir d"un fils qu'elle a porté dans son sein, et se dépouille de tous les sentiments d'amour, de

(1) Avila, dans ses Lettres.

A l'école du calvaire. 57

tendresse et de piété ? Quand elle pourrait le faire, je suis certain que vous ne le ferez point, parce que vous me portez écrit dans vos mains. 0 caractères adorables ! ô divine écriture ! ô clous sacrés, qui avez servi de plume pour écrire mon nom dans le livre de vie! ô mon Sauveur, si nous savions combien nous vous sommes chers, et comme vous nous tenez serrés sur votre cœur ! Oh ! si nous connaissions parfaitement qui vous êtes, il n'y aurait personne qui ne vous aimât, et ne mit sa confiance en vous, s'il n'était méchant au dernier point. C'est moi, dites-vous, ne craignez point. Aimable voix, douce parole ! qui mériterait d'occuper toute la vie des hommes. Je suis celui qui vous ai rachetés de mon sang, non pour vous mépriser ni vous oublier, car vous m'avez trop coûté ; mais pour vous combler de biens, si vous voulez m'aimer. Je suis voire caulion et votre rançon tout ensemble ; j'ai pris sur moi l'obligation de payer vos dettes, ne craignez point d'en être recherchés, si par la pénitence vous en demandez l'acquit. Je suis votre réconciliation ; pourquoi appréhendez-vous la colère de Dieu ? Je suis le nœud de l'amour qu'il vous porte ; pourquoi craignezvous qu'il vous fasse du déplaisir? Je suis votre protecteur; quels ennemis peuvent vous nuire, si je prends votre défense? Je suis votre trésor et votre ami ; quels biens peuvent vous manquer, si vous ne vous séparez point de moi, puisque tout ce que j'ai est à vous? Mon cœur est à vous ; pourquoi craignez-vous que je vous oublie ! Ma divinité est à vous ; avezvous peur d'être misérable? Mon corps et mon sang sont à vous; craignez-vous la faim et la soif? Le ciel est à vous, pour vous récompenser; la terre est à vous, pour vaus servir dans vos combats ; la vie est à vous, pour l'employer h mon service ; la mort est à vous, pour vous ouvrir le passage de l'éternité. Tout est à vous, parce qu'en souffrant pour vous, j'ai bien voulu vous associer à moi, et vous rendre participant de mes travaux, de mes mérites, de mes sueurs, pourvu

LE CIIRÉT. 3*

que vous n'y apportiez point d'obstacle. Vous n'êtes point pauvres, puisque vous possédez tant de richesses; et si vous ne les perdez point par votre faute, De craignez point que je vous les ôte. Vous êtes fragiles, il est vrai ; mais ma main qui vous soutient est toute-puissante, et votre faiblesse fait paraître avec plus d'éclat la grandeur de ma force : je tire de vos ténèbres des lumières pour faire connaître ma miséricorde. Il n'y a rien qui puisse vous nuire, si vous m'aimez et si vous avez confiance en moi. Ne jugez pas de niui selon l'esprit humain; mais avec une foi vive et avec amour ; non par les signes extérieurs, mais par mon cœur, qui fut ouvert pour vous sur la croix, afin que vous ne puissiez pas douter de ma faveur, puisque vous en voyez au-dehors autant de marques que de plaies, et au-dedans mon cœur blessé de mille traits d'amour. Entrez-y donc, et ne craignez point d'être repoussés. Comment pourrai-je me refuser à ceux qui me cherchent pour m'honorer, puisque je suis allé au devant de ceux qui sont venus pour me maltraiter ? Je me suis offert de bon cœur à ceux qui voulaient me lier comme un criminel, et je me retirerais des bras de ceux qui veulent m'embrasser et des cœurs qui m'aiment, où je puis me reposer? Que vous avez peu de foi, enfants des hommes! Nommez-moi quelqu'un qui m'ait aimé, et que j'aie méprisé ; qui m'ait appelé à son secours, et que je n'aie pas écoulé? Je me suis fait homme par amour; je suis mort par amour; j'ai cherché mes frères toute ma vie par amour; je les ai tous priés de lier amitié avec moi : quelle raison ont-ils de douter de mon affection, après en avoir reçu tant de preuves? Quittez, quittez ces défiances, appuyez-vous sur moi; et si je vous éprouve quelquefois, ne craignez pas que je vous laisse. Soyez fidèles jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie.

A l'iîcole lu calvaire. 39

SEPTIÈME LEÇON

Septième affection : L'imitation.

« Jésus-Christ a souffert pour nous, vous laissant ce grand exemple devant les yeux , afin que vous suiviez ses traces. » 1. Petr. 2.

Page 1