‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 31 sur 229 · I. CONSIDERATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDERATION

Les motifs qui vous portent à cette imitation sont si puissants, que si vous fuyez la croix après avoir sérieusement considéré les plaies du Crucifix, votre lâcheté est sans excuse.

Car, premièrement, pouvez-vous faire difficulté de souffrir et de porter votre croix après lui : C'est là votre vocation^ dit le chef des Apôtres, vous êtes appelé à la croix (1). Si quelqu'un xeut venir à moi, qu'il porte sa croix, et qu'il me suive. Combien de temps? Tous les jours de sa vie. Par quelle voie? Par la voie des soufTrances. Quelles sont les voies du Fils de Dieu durant le cours de sa \ie mortelle? La pauvreté volontaire, la dernière ignominie, la peine qu'il a prise pour nous, la peine qu'on lui a fait souffrir. Voilà le chemin que nous devons tenir après lui. Voilà la croix qu'il veut que nous portions tous les jours, parce qu'il ne l'a jamais quittée; depuis qu'il y a été attaché, elle na plus rien qui ne me soit aimable. Si vous craignez le mépris, il y a de l'honneur à le suivre jusque dans l'infamie; si vous craignez la douleur, il y a du plaisir et de la joie. Aussi est-

(1) Luc, 9. 23.

ce pour cela qu'il a voulu souffrir toutes sortes de misères, afin de consoler tous les misérables par son exemple (1). « Le sujet, dit saint Augustin, qui a obligé le chef à souffrir, a été pour donner exemple au corps. Il a souffert par élection, et nous pas nécessité. Il a souffert par compassion, et nous par le malheur de notre condition. C'est pourquoi la souffrance, qui a été volontaire à son égard, a été nécessaire pour notre consolation; afin que s'il nous arrive de souffrir quelque chose de semblable, nous jetions les yeux sur notre chef, et que touchés de son exemple, nous disions en nousmêmes : S'il a souffert, pourquoi ne souffririons-nous pas? » Nous devrions nous servir de celte pensée dans tous les accidents qui tentent notre patience. Par exemple, quand nous sommes dans la pauvreté, nous devrions regarder celle qu'il a endurée, et dire dans cette vue : S'il a été pauvre, pourquoi ne le serions-nous pas? Quand nous sommes pressés de douleur ou de tristesse, nous devrions jeter les yeux sur ses plaies, disant en nous-mêmes : S'il a souffert, pourquoi ne souffririons-nous pas? Ce serait là un fort bouclier pour nous défendre des traits de l'impuissance et du murmure. Mais au lieu de nous servir de ces armes spirituelles, selon le conseil de l'Apôtre, nous nous abandonnons lâchement à la douleur; au lieu de porter la croix tous les jours de notre vie, nous la fuyons tous les jours; et ainsi l'exemple de Jésus-Christ, qui devrait être notre consolation, est notre confusion. Car, en vérité, c'est une honte de le voir marcher parmi les épines,- et de ne vouloir marcher que sur des fleurs (2).

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