‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 48 sur 229 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Personne ne peut s'en dispenser, car il est le- Rédempteur de tous les hommes, non seulement des prédestinés, mais encore des réprouvés, et le Rédempteur unique, qui nous a rachetés par son sang (1) Je dis Rédempteur de tous, sans exception, dit saint Grégoire de Nysse (2), rien ne manque de son côté pour la rédemption de tous les hommes. 11 offre à tous le prix do leur rédemption ; mais tous ne veulent pas en profiter. C'est pourquoi les Pères disent quelquefois que Jésus-Christ est le rédempteur de tous : et d'autres fois, qu'il ne Test pas de tous, dit excellemment saint Chrysostôme, expliquant ces paroles de saint Paul : Jésus-Christ s'est offert une fois pour effacer les péchés de plusieurs. « Pourquoi saint Paul dit-il de plusieurs, et non pas de tous? parce que tous n'ont pas cru. Il est vrai qu'il est mort pour tous, quant à ce qui le regarde : sa mort répondait également à la perdition de tous ; mais elle n'a pas néanmoins effacé ni détruit les péchés de tous, parce qu'il n'ont pas voulu (3). » C'est ainsi qu'il faut entendre saint Augustin (4), lorsqu'il dit dans un endroit, que tous ceux que Jésus-Christ a rachetés sont hommes, mais que tous ceux qui sont hommes, n'ont paS été rachetés par le sang de Jésus-Christ. Et néanmoins ailleurs il dit que Jésus-Christ reprochera aux réprouvés que son cœur a été ouvert par eux et pour eux, et qu'ils n'ont pas voulu y entrer. D'où il conclut que chacun de nous doit se hâter d'aller à la vie, pendant qu'il est vivant. Qu'il coure,

(1) 1. Coloss. 6. — (2) 1. Nyssen., orat. Catechet. c. 30. — (3) S. Chrysost., hom. 17. in ep. ad Heb. — (4) S. Aug. 1. 1. de adult. Gonjugiis, c. 15.

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dit-il, pour être racheté par le précieux sang de Jésus-Christ, de peur que n'élaut pas trouvé parmi ceux qui sont rachetés, il demeure avec ceux qui sont réprouvés (1).

Je dis, en second lieu. Rédempteur unique de tous ; car lui seul devait souffrir pour tous les hommes, et porter la peine de leurs crimes. Ge qui n'est fait que par un seul n'admet point de second qui lui soit associé, dit saint Hilaire (^). Jésus, dit saint Ambroise, n'avait besoin de personne qui l'aidât à racheter tous les hommes, lui qui les a tous sauvés sans secours. C'est pourquoi il dit qu'il a été comme un homme sans secours, qui était libre entre les morts. Il a bien reçu les sentiments affectueux de sa mère ; mais il n'a point recherché le secours d'un aulre (3). Il a bien voulu qu'elle assistât à sa mort, qu'elle la ressentît, qu'elle l'offrît à Dieu pour le salut des hommes, qu'elle fît avec lui le sacrifice de sa vie, qu'elle présentât au Père éternel le prix de notre rédemption qu'il lui avait confié, et qu'elle avait porté neuf mois dans son chaste sein. Et c'est pour celte raison que les Pères l'appellent la réparatrice du genre humain, la rédemptrice des captifs, la médiatrice, la réconciliatrice de l'univers, et la cause du salut des hommes ; ce qu'il ne faut pas trouver étrange, puisque le prophète Abdias appelle les apôtres sauveurs du monde {i)'^ saint Macaire, les rédempteurs du monde (5) ; Origène les victimes destinées pour effacer les péchés (6), et racheter le monde conjointement avec Jésus-Christ. Pierre Damien, parlant de saint Jean- Baptiste, l'appelle le coopérateur de la rédemption du monde (7) ; Jésus-Christ môme, dit saint Paul, associant à sa gloire ceux qu'il chérit comme siens, nous a commu-

(1) s Aug. lib. 3. de Symbolo, c. 8. — (2) S. Hil. can. 14. in Matth. — (3) S. Amb. ep. 82. in fine. Vide eumdem, in Lucam. c. 14. et Arnol. tract de laud. Virg. — (4) Abdias,, ult. — (5) S. Macar., horn. ^i. — (6) Orlgenes, hom. 10. in Num. — (7) Petrus Damian , serra. 3. de S. Joau.

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niqiié presque tous ses Doms (1). Vous en étonnez-vous? Il nous fait même enfants de Dieu, et nous rend participants de sa divine nature et de son trône. Quelle merveille, dit ce Père, s'il nous fait part de ses attributs et de ses noms ? Mais il faut remarquer, avec saint Jérôme, que ces noms glorieux de rédempteurs, de médiateurs et de sauveurs de l'univers, ne conviennent aux hommes apostoliques que par analogie et d'une manière impropre, fondée sur quelque rapport et ressemblance qu'ils ont avec Jésus-Christ, qui n'empêche pas quïl ne soit, à proprement parler, Sauveur unique, rédempleur unique, victime unique de l'univers, parce quil n'y a que lui qui ait pu satisfaire pour nos péchés en rigueur de justice. Il n'y a qu'un agneau, dit Origène, qui ait pu effacer les péchés de tout le monde. C'est pourquoi on a cessé de sacrifier d'autres \iclimes, parce que telle éiait celle-ci, qu'elle suffisait toute seule pour le salut de tout le monde. Les autres ne contribuent à la rémission des péchés, que par leurs prières (ou par le pouvoir qu'il a donné aux prêtres) ; mais lui seul les remet par sa propre puissance : Mon Fils, dit-il, vos péchés vous sont remis (2). Il n'est pas au pouvoir d'un homme de racheter le peuple de la capii\ité du péché. Ce pouvoir n'appartient qu'à celui dont il est dit : « Voilà l'Agneau de Dieu, voilà celui qui efface les péchés du monde (3). » Comme cette seule \ictime peut nous profiter pour le salut, aussi elle sufïït seule pour nous sauver (4).

C'est donc à cet unique Rédempteur que nous devons rendre la gloire de nous avoir rachetés, comme un tribut qui lui est dû. Il a seul créé toutes choses, il a seul triomphé de l'ennemi, il a tout seul délivré les captifs, il n'est pas raison-

Ci) s. Paul, in ep, 4. — (2) Orîgenes, hom. 24. iu Numer. — (3) Cassit^n,, 1 4. de Incarn. c, 12. Vide Riipartum, 1. 4. de Victor. Verbi Dei c, G — (4) S. Eem., s^rm. 2. de raims Pal.

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nable que je lui donne un compétiteur de sa gloire (l) ? Ne dit-il pas que c'est son bras qui l'a aidé, qu'il a foulé tout seul le pressoir, et qu'il ne s'est pas trouvé un seul d'entre les hommes qui fût avec lui ? Quel droit ai-je donc à la victoire, si je n'ai pas été dans le combat? Je suis insolent, si je m'attribue, ou la gloire, sans avoir vaincu, ou la victoire sans avoir été au combat. 0 bienheureux esprits, plus élevés au-dessus de nous que les montagnes au-dessus des vallées, procurez la paix au peuple fidèle, apportez-nous la paix, et gardez la gloire pour celui qui a seul et combattu et vaincu (2). Il a combattu tout seul nos ennemis, il les a vaincus tout seul, et leur ayant pris tous leurs captifs, il les a faits siens, et les a conduits dans le ciel, pour servir à la pompe de son triomphe. Que je sois donc à jamais captif de Jésus- Christ, qu'il me mène en triomphe, comme un des prisonniers qu il a pris sur l'ennemi, et qu'il me tienne toujours engagé dans ses liens, afin que je puisse me glorifier, comme saint Paul, d'être captif de Jésus-Christ (3).

(1) Idem, serm. 13. in Cant. — (2) S. Bern., serm, 13. in Gant. — (3) Origenes, hom. 18. in Num.

HUITIEME LEÇON

Jésus-Christ s'est chargé de nos dettes, et a payé pour nous.

« N'oubliez point celui qui a bien voulu être votre caution, car il a donné sa vie pour vous. »

EccLi., 29. 20.

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