I. CONSIDÉRATION
Dieu est notre créancier, et nous sommes ses débiteurs. La première de nos dettes est le respect et l'honneur que nous lui devons à cause de sa souveraine excellence; la seconde est l'obéissance que nous lui devons à cause du souverain domaine qu'il a sur nous ; la troisième est la reconnaissance que nous lui devons à cause de ses bienfaits, dont le nombre est infmi ; la quatrième est la confiance et l'amour que nous lui devons à cause de sa paternelle bonté et de son amoureuse providence, qui prend un soin particulier de tout ce qui regarde notre salut; la cinquième est la pénitence et la satisfaction que nous lui devons à cause de nos péchés, qui sont innombrables : car le péché est une dette qu'il faut payer à sa justice, et nous avons une obligation indispensable d'y satisfaire. Quand vous priez le Seigneur de vous remettre vos dettes, qu'entendez-vous par ces dettes, sinon le péché, dit saint Ambroise? Vous ne seriez point tombé dans l'iadigence , si vous n'aviez point pris d'argent à usure d'un étranger : c'est pourquoi l'on vous en impute la faute. Vous aviez un fonds avec lequel vous pouviez naitre riche, ayant été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu ; mais vous avez perdu tout ce que vous
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aviez, c'est-à-dire l'humilité : en pensant vous enrichir par l'orgueil, vous avez perdu tout votre bien. Vous avez été dépouillé tout nu comme Adam; vous avez pris à usure l'argent d'un étranger, qui ne vous était point nécessaire. C'est pourquoi de libre que vous étiez en Jésus-Christ, vous êtes devenu débiteur du démon (l). Car celui-là est débiteur, qui prend de l'argent d'un homme qui prête à intérêt. Or, le péché vient du démon ; par conséquent c'est comme dans son patrimoine que l'impie prend ses richesses, parce que le péché est la monnaie du démon, comme les vertus sont les richesses de Jésus-Christ (^). Quand on dit que le péché vient du démon, que c'est son patrimoine, son revenu, ses richesses, et enfin qu'il est l'auteur de tous les crimes, ce n'est pas qu'il nous tente toutes les fois que nous péchons ■ notre concupiscence est plus à craindre toute seule que tous les démons, qui tirent d'elle leurs plus grandes forces; et souvent elle se soulève d'elle-même contre la raison, sans que le malin esprit y contribue ; mais on rejette sur lui la cause de tous les péchés, parce qu'il est le premier pécheur, et le père du mensonge, qui a séduit Adam, et l'a fait tomber dans le péché avec toute sa postérité. De là vient que comme le Sauveur du monde appelle les pécheurs enfants du démon, parce qu'ils Fimitent dans leurs actions; de même on dit qu'ils sont ses débiteurs, parce qu'ils participent à sa malice, et qu'il acquiert par là un pouvoir de les tourmenter, comme l'exécuteur de la justice de Dieu, qui est le véritable créancier auquel nous devons tous les jours nous adresser, pour le prier de nous remettre nos dettes.
(i) s. Amb., 1. 5. de sacr. c. 4. Eadem verba leguiitur apud Aug. ser. 28, de verbis Domini.— (2) Idem S. Ambr., ep. 18.