I. CONSIDÉRATION
Quiconque veut s'appliquer avec attention à l'étude de la croix et des souffrances de Notre-Seigneur, a besoin d'une Yive foi, qui est la clef de ce mystère, sans laquelle
(1) Gant. 7. — (2) Apec. 22. — (3) Ilabacuc. l 2.
A l'École du calvaire. 7
notre esprit demeure fermé, et ne peut recevoir la lumière qui rejaillit des plaies de Jésus-Christ.
Il faut donc, premièrement, que Fœil de la foi envisageant Jésus-Christ crucifié, nous représente cet aimable et doux Agneau, comme s'U souffrait actuellement toutes les douleurs et tous les opprobres de la croix; il faut que nous regardions ce mystère non comme passé, mais comme présent, et que nous en soyons touchés comme si nous voyions Jésus expirer et mourir devant nous. Car c'est ainsi que les prophètes et les patriarches, qui vivaient longtemps avant la passion du Fils de Dieu, Font considéré, non comme une chose à venir, mais comme présente. Abraham, dit Notre- Seigneur dans l'Évangile, eut une passion extrême de voir h jour de ma mort. Il le vit en esprit et il en tressaillit de joie (1), à cau^e de la gloire qu'elle devait donner à Dieu, et du bien qui devait en arriver à tout le genre 'humain. Comme donc les anciens Pères anticipaient l'aveliir et se le figuraient comme présent, de même nous devons par la foi rappeler le passé et le rendre comme présent à nos pensées. C'est ainsi que l'Église le pratique; et lorsqu'elle célèbre les divins mystères, elle en parle comme d'une chose qui se passe devant ses yeux. C'est aujourd'hui, dit-elle, que le Seigneur est né; c'est aujourd'hui que l'étoile a apparu aux Mages; c'est aujourd'hui que Jésus-Christ est monté dans les cieux ; c'est aujourd'hui qu'il a été livré pour nos péchés. Sortez, filles de Sion, venez voir votre roi au jour de ses noces, paré du diadème dont sa mère l'a couronné. Comment peut-elle dire, avec vérité, que c'est aujourd'hui que ces mystères se passent, puisqu'il y a tant de siècles qu'ils sont accomplis? Parce qu'elle les rend présents par la foi, et par la mémoire qu'elle en fait, et par l'utilité qu'elle en retire. Car bien que le mystère soit déjà passé, néanmoins l'appli-
(1) Joan., 8, 5ô.
cation que j'en fais ne l'est pas; le fruit que j'en reçois est présent, et je puis dire avec saint Bernard, célébrant le jour du Vendredi-Saint : c'est aujourd'hui que le soleil s'éclipse, que les cœurs plus durs que les rochers se fendent, que les sépulcres des consciences s'ouvrent, que ceux qui sont morts par le péché ressuscitent par la pénitence ; que le voile du temple, cette mauvaise honte, qui est un si grand obstacle à toute sorte de bien, se déchire, et que nous honorons ouvertement l'humilité et les opprobres de Jésus- Christ. Nous sommes encore tous les jours ensevelis avec lui par le baptême et renfermés dans son tombeau, où tous nos péchés sont anéantis par l'efficace de sa mort, afin de ressusciter avec lui, et de reprendre une vie nouvelle par le moyen de^la grâce.