‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 6 sur 229 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Il faut, en second lieu, dit saint Thomas, que nous regardions des yeux de la foi la Passion de Jésus-Christ, comme s'il ne souffrait que pour nous. La raison en est que nous sommes si grossiers, que celui qui oblige le public semble n'obhger personne en particulier, tant nous prenons peu de part au bien commun. Mais nos propres intérêts nous touchent sensiblement, et nous considérons bien davantage ceux qui peuvent nous servir. « Jésus -Christ m'a aimé, disait saint Paul, jusqu'à ce point, de se livrer pour moi à la mort[i). » Quoi donc! le Fils de Dieu n'est-il pas mort pour tous, aussi bien que pour cet Apôtre ? Veut-il s'approprier un bien qui est universel ? Nullement; mais il le ressent tout autant que si Jésus-Christ n'était mort que pour lui, parce qu'il jouit des fruits de la croix avec autant d'avantage que s'il ne l'avait embrassée que pour le sauver. La Providence divine ne s'étend- elle pas sur tous les hommes,

(1) Gai., 2. 20.

A l'École du calvaire. 0

depuis Ips inonarqiips jusqu'aux plus vils esclaves ? Et néanmoins elle est au.ssi altenlive à mes besoins que si j'étais tout seul dans le monde; et je ne lui en suis pas moins obligé, parce que le soin qu'elle prend des autres ne diminue en rien l'application qu'elle a pour moi.

Il y a des images qui ont les yeux tellement tournés, que de cent personnes qui se présentent tout à la fois, il n'y en a pas une qui ne croie qu'elles ne la regardent elle seule. De même, entre les bénéfices divins, il y en a quelques-uns qui sont aussi avantageux à chaque particulier que s'ils n'étaient que pour lui, quoiqu'ils aient une étendue générale et universelle sur tous. Ainsi, chacun des bienheureux jouit de Dieu avec autant de contentement, et le possède aus:^i parfaitement que s'il le possédait tout seul. Le nombre de ceux qui sont associés à son bonheur, l'augmente au lieu de le diminuer. Ainsi le corps de Notre-Seigneur est tout entier dans toute Fhostie, et tout dans la plus petite partie; et quand nous le recevons à la sainte Table, chacun de ceux qui participent aux divins mystères n'en profite pas moins que s'il n'avait point de compagnons. Le bénéfice de la Rédemption est de cette nature. Jésus-Christ crucifié est tout pour moi et tout pour vous. C'est pour moi qu'il a versé tout son sang, il n'y en a pas une goutte qui ne soit à moi. C'est pour moi qu'il a enduré tout ses tourments : il n'y a pas une épine sur sa couronne, une plaie sur son corps, un soupir dans son coeur, un moment dans son agonie, qui ne m'appartienne. J'étais présent à son esprit dans tout le cours de sa Passion. C'était pour moi en particidier qu'il demandait la résignation à la volonté de Dieu dans les souffrances, lorsqu'il priait dans le jardin des Oliviers; la mortification de mes appétits, lorsqu'on lui clouait les pieds; la pratique des bonnes œuvres, lorsqu'on lui perçait les mains; la charité, lorsqu'on lui ouvrait le côté ; enfin, c'était pour moi qu'il mourait en croix ; et quand j'eusse été l'unique objet de son

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cœur, et le seul sujet de sa mort, il n'eût pas procuré mon salut avec plus de zèle, ni de perfection qu'il a fait.

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