‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 51 sur 229 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Cet incomparable bienfait nous oblige à la reconnaissance, et ne nous permet pas d'oublier jamais la charité du Sauveur du monde, qui nous a délivrés, dit le Prophèle-Roi, des usures et de l'iniquité. David, dit saint Ambroise, fait mention d'un grand et mémorable bénéfice. que Dieu a conféré à nos pères, parce qu'il les a délivrés des usures et de l'iniquité. Ce mot iïusure est fort propre, parce quïl y a des prisonniers pour dettes, et des prisonniers pour crimes. L'usure engage les débiteurs dans la servitude, aussi bien que dans le crime. Lors donc qu'il dit que Dieu les a délivrés des usures, c'est comme s'il disait qu'il les a délivrés du lien de la servitude, et qu'il leur a rendu la liberté (i).

Mais saint Ambroise, traitant du même sujet dans un autre lieu, remarque fort judicieusement que Jésus-Christ, en nous i rendant la liberté, n'a fait que changer de créancier, et que nous sommes heureusement devenus ses débiteurs et ses esclaves, au lieu que nous étions auparavant esclaves du démon. Jésus est venu dans le monde, il a offert sa mort pour celle de tous les hommes, et il a répandu son sang pour le sang de tous les pécheurs. Nous avons donc seulement changé de créancier ; mais nous n'avons pu entièrement l'éviter (^2).

11 faut nécessairement que nous soyons esclaves de Jésus- Christ, si nous ne voulons nous rendre esclaves du démon. Par conséquent que chacun veille sur soi, de peur que s'il ne renonce entièrement au démon après la profession, ce funeste créancier ne trouve chez lui quelque chose qui lui appartienne, et qu'ainsi il ne recommence toujours à être son

(1) s. Amb., I. de ToLiâ, c. 4. — (2) S. Amb., op. 18,

prisonnier, après que Jésus -Clirist a daigné le délivrer par sa grâce (1).

Nous avons reconnu l'empire de Jésus- Christ, dit saint Chrysoslôme (2) ; nous avons renoncé à la lyrannie du démon ; nous avons signé au baptême la protestation publique de notre servitude, et le pacte que nous avons fait avec le Sauveur du monde : gardons-nous de nous rendre encore débiteurs de notre ancien créancier. Jésus-Christ, venant dans le monde, nous a trouvés engagés à cet usurier par le propre seing d'Adam ; nous avons contracté nous-mêmes de nouvelles dettes; nous avons ensuite encouru la malédiction, .la mort, et la damnation éternelle, et Jésus-Christ a effacé et déchiré tout cela avec les clous de la croix, non en quelque coin inconnu, mais au milieu du monde, aux yeux des anges et des hommes, et de nos ennemis mêmes. Puis donc que notre première cédule n'a plus de force, et que nos anciennes dettes sont éteintes, gardons-nous d'en créer de nouvelles. Ne nous engageons plus qu'à celui qui a donné sa vie pour la nôtre. Nous serons éternellement ses débiteurs , parce que Téternité même ne suffira pas pour nous acquitter, et payer ce que nous lui devons. Ne différons donc plus à faire au moins ce que nous pouvons pour le contenter, et ne craignons point de nous engager dans son service,- et d'y employer tous les moments du temps qui nous reste. C^estun aimable créancier à l'égard de ses débiteurs, qui traitent avec lui de bonne foi, et qui lui donnent fidèlement tout ce qu'il exige d'eux. 0 l'heureux commerce, dit saint Hildebert, dans lequel celui qui donne à usure ne peut être accusé de crime, ni celui qui la paie, n'en souffre point de dommage, et n'en est nullement grevé ! 0 l'heureux trafic, où le créancier n'est importun que pour faire du bien, et où il est plus dû au dé-

(1) s. August., orat. contr. Judœes. Pâg. et Arr. c. 3. — (2) S. Chrysost., bomil. ad Neophytos.

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bileur qu'il ne doit (i) ! Mais à l'égard de ceux qui abusent des biens de Dieu pendant leur vie, et qui meurent sans lui satisfaire, c'est un rigoureux créancier, de qui ils ne doivent plus espérer de grâce. C'est un étrange créancier que notre Dieu, qui prête à grosse usure (je l'ose dire en sa présence), et qui l'exige avec beaucoup de rigueur. Nous devons sérieusement y penser, car enfin nous sommes ses débiteurs, et il est notre créancier; je dis un rigom^eux créancier, qui n'oublie rien, et qui ne pardonne rien (^). C'est pourquoi vous devez craindre de paraître au jugement avant d'avoir obtenu le pardon de vos crimes, si peut-être vous vous imaginez que la négligence avec laquelle vous ménagez votre salut demeurera impunie par l'oubli. Votre créancier a grande mémoire. Comprenez ce que je dis. C'est à votre dam que vous vous oubliez vous-même , si vous pensez qu'il oublie ce qui lui est dû. 11 n'oublie rien, ni par la longueur du temps, ni par la multitude de ses occupations. Il se souvient également de ce qu'il prête aujourd'hui, et de ce qu'il prêta hier, parce que le jour présent et le jour passé sont à lui.

NEUVIEME LEÇON

Les douleurs de Jésus-Christ ont été perpétuelles.

« Ma vie s'est écoulée dans la douleur, et mes années se sont passées dans les gémissements. « Ps. 30. 12.

On ne peut, sans une erreur manifeste, nier que le Fils de Dieu n'ait pris un corps passible, et qu'il n'ait etîectivement

(1) s. Hildebertus, ep. 15. — (2) Ibid. 2.

souffert d'extrêmes douleurs. Le prophète Isaïe ne nous permet pas d'en douter. Nous Vavons vu , dit-il, si défiguré, qu'à peine pouvons-nous le reconnaître; il nous a paru avili dans cet état, comme le dernier des hommes, comme un homme de douleurs qui a éprouvé toutes sortes d'infirmités (l); mais il ne faut pas aussi nous jeter dans une autre extrémité, comme font ceux qui soutiennent qu'il a souffert les peines du purgatoire (c'est une illusion). Beaucoup moins doit-on écouter le blasphème de Calvin, qui a osé dire que Jésus- Christ avait enduré les peines de l'enfer, et le désespoir des damnés (c'est une horrible impiété). Il faut suivre les règles que nous donnent les saints Pères (5) pour mesurer la grandeur de ses douleurs ; nous en connaîtrons Texcès par les circonstances qu'ils nous ont marquées.

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