‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 55 sur 229 · IV. CIRCONSTANCEc · texte numérisé non relu

IV. CIRCONSTANCEc

Le Prophète-Roi, invoquant le secours divin dans ses afflictions, dit que plusieurs le regardent comme un prodige,

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mais que Dieu est son ferme appui j^l). Quand nous jetons les yeux sur les plaies de Jésus-Christ crucifié, nous pouvons dire, avec plus de sujet, que c'est un prodige de soutîrances, puisqu'en efl'et Texlrémité de ses douleurs surpasse toutes les forces de la nature. Chose étrange ! les hommes font naturellement tous leurs efforts pour ne point souffrir; et le Fils de Dieu, au contraire, emploie sa puissance miraculeuse, comme nous allons voir, pour se mettre en état d'endurer de plus grands tourments.

Premièrement, ce fut sans contredit un grand miracle, d'avoir uni une chair passible et mortelle avec une âme bienheureuse, qui brillait comme un soleil des lumières de la gloire, sans qu'il en rejaillît un seul rayon sur son corps. On ne peut douter qu'il n'eût une béatitude consommée quant à l'âme, dès le premier moment de sa conception. Ce privilège, qui le distingue de tout le reste des hommes, comme dit saint Augustin, était du à l'union hypostatique, qui est indissoluble ('i). Heureux Vhomme que vous avez choisi, et que vous avez pris à vous (3) ! dit le Prophète-Roi, insinuant par là que son âme fut élevée à la béatitude aussitôt qu'à l'union personnelle avec le Verbe, et qu'il reçut, dit Richard de Saint-Victor, au moment de sa conception, ce que nous attendons au jour de notre consommation (4). Or, la béatitude de Tâme se répand nécessairement sur le corps, qui lui est uni ; et l'on ne peut empêcher cette communication que par miracle. Le Fds de Dieu l'ayant donc empêchée durant les jours de sa chair, ayant été toute sa vie compréhenseur et voyageur tout ensemble : compréhenseur selon Fâme, et voyageur selon le corps, sa vie ne fut-elle pas un miracle perpétuel de souffrance, puisqu'il porta cette privation pen-

(0 Psal. 70. 7. — (2) Sanctus Augustiiius, lib 4. de consensu Evaii^ gelist. c. uliimo. Idem sen'it lib 83, qusest. q. 65. et Ps. in 64. 5. — (3) Ps. (i4. 5. — (4) Pxicii. à S. Viot. 1. 2. do Eianianuele, c. 22.

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dant les trente-trois années de sa conversation parmi les hommes ?

Secondement, ce fut un grand miracle d'avoir uni dans son âme une souveraine joie avec une souveraine douleur. Deux contraires ne peuvent pas être naturellement dans un même sujet au souverain degré ; cependant le Fils de Dieu trouva le moyen de les joindre en sa personne par une merveille inouïe, pour faire d'un Homme-Dieu un homme de douleurs. C'est ainsi que saint Jean le vit dans son exil de Pathmos ; et cet apôtre assure qu'il en fut si surpris, qu'il tomba comme mort au moment qu'il l'aperçut. Son visage était aussi brillant que le soleil dans sa plus vive lumière, et ses pieds, semblables à l'airain le plus pur et le plus luisant, étaient aussi ardents que s'ils eussent été dans une fournaise (1). Il ne pouvait mieux nous représenter l'état miraraculeux de la très-sainte âme de Jésus-Christ, dont la partie supérieure et inférieure étaient comme le visage et les pieds, la plus haute et la plus basse partie du corps. La partie supérieure était couronnée, comme un soleil, de la lumière de gloire (2) ; la partie inférieure était pénétrée de douleur, comme l'airain du feu d'une fournaise ardente, où il se raffine. L'une était comme la plus haute région de l'air où la sérénité et la tranquillité régnent en tout temps, et ne sont jamais troublées; l'autre était comme la moyenne région, qui est le théâtre des vents, des orages et des tempêtes. L'uoe et l'autre étaient comme le globe de la lune, qui n'est jamais plus lumineuse du côté du ciel, que lorsqu'elle s'échpse et devient ténébreuse du côté de la terre.

Troisièmement, ce fut encore un grand miracle, non-seulement de suspendre l'effusion de la lumière de gloire sur la partie inférieure, qui devait y pnndre part, et jouir des délices de la béatitude autant qu'elle en était capable, mais

(1) Apoc. 1, IS 16, 17. — (2) Math. 13. 43. - JuJ. 3. 1.

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aussi de faire servir cette lumière béalifique, qui est la source de toutes les délices célestes, pour affliger le cœur de Jésus, et augmenter ses douleurs. Car, dit saint Laurent-Justinien, il jouissait en même temps de la claire vue de Dieu, et souffrait les élans d'une douleur intolérable ; si bien que toute la gloire qu'il lirait de la jouissance de Dieu, ne servait qu'à le combattre en augmentant sa peine et en redoublant ses tourments (1). Elle produisit en lui un effet tout contraire à celui qu'elle produit dans les âmes bienheureuses. Les saints, en voyant Dieu, essuient toutes leurs larmes; ils voient dans le Verbe toutes les misères du monde, et ne s'en affligent pas, parce que la lumière de gloire efface leur tristesse, et la change en un plaisir ineffable ; mais au regard du Fils de Dieu elle a une action toute contraire. Elle lui montre toutes les beautés du ciel dans le miroir de la Divinité, sans qu'il en tire aucune consolation sensible : la perte qu'en font les pécheurs, et la colère de Dieu qu'ils attirent sur eux par la grandeur de leurs crimes, effacent toute sa joie et remplissent ses sens d'amertume et de douleur : douleur si excessive que c'est un nouveau prodige qu'il puisse la souffrir sans mourir.

Quatrièmement. Mon âme, dit-il lui-même, est triste jusqu'à la mort; comtne s'il voulait dire : Je suis si tristp, que si je ne soutenais la faiblesse de mon corps par un secours surnaturel, il ne pourrait éviter la mort, ni ré^ister à la violence de la douleur. De vrai, s'il s'est trouvé des enfants qui sont morts de douleur sur le tombeau de leur mère, comment est-ce que le Fils de Dinu pouvait vivre sans miracle, étant continuellement iressé d'une douleur plus forle. plus excessive, que tout ce que les hommes Ips plus affligés ont jamais soufO-rt en mourant. On pourrait ici nommer plusieurs fameux pénitents, qui sont morts de regret d" avoir offensé

(1) S. Laurent. Justin, de .Agone Christi, c. 9.

Dieu; et néanmoins leur contrition n'égalera jamais la douleur que nos péchés ont causée à Jésus-Christ, quand on ramasserait ensemble tous les regrets, toutes les larmes et toute la tristesse que la pénilence a produits dans le cœur des plus grands saints. Comment est-ce donc qu'il eût pu soutenir le poids d'un fardeau aussi pesant qu'était celui de tous les péchés du monde sans succomber à la mort, s'il n'eût donné des forces extraordinaires à son cœur affligé pour la combattre?

Cinquièmement. Certes les Pères nous assurent que les peines intérieures de Jésus-Christ furent incomparablement plus grandes et de plus longue durée que ses douleurs extérieures , et néanmoins saint Laurent-Justinien , que nous avons déjà allégué, dit formellement « que c'était une chose » surnaturelle, qu'un homme pût vivre parmi tant de dou- » leurs du corps; qu'il fallait qu'il se donnât lui-même la vie, » pour se rendre capable de souffrir lant de sortes de tour- » ments; et qu'il était impossible, sans une dispense parti- » Culière, qu'une chair mortelle pût conserver sa vigueur « dans le feu de la passion, et n'être point abîmée dans « une si vaste mer d'affliclions et de douleurs (1). »

Que sera-ce donc si nous joignons ensemble les douleurs extérieures et intérieures, qu'il endura tout à la fois? si chaque plaie qu'on lui fit alors qu'on l'attacha à la croix était capable de le fuire mourir à cause de l'extrême faiblesse ou la violence des tourments et la perte de son sang l'avaient réduit, ne faut-il pas dire que toute sa passion, et même toute sa vie, n'a élé qu'un miracle continuel de souffrance, et que le prophète Isaïe avait raison de l'appeler un homme de douleurs, non-seulement parce qu'il ne vivait que pour souffrir, mais encore parce qnïl ne vivait que de ce qui devait le faire mourir à chaque instant (2;).

(i) S. Laur. Just., de agone Ghristi, c. 19. — (2) S. Laur. Justin., de agone Ghristi, o. 4.

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Nous verrons ensuite pourquoi il s'est porté lui-même à cet excès. 11 suffit de remarquer ici deux choses pour notre instruction.

La première, que l'amour divin qui a fait des miracles pour augm.enler et prolonger les douleurs de notre chef, se plaît souvent à faire des merveilles pour ôler aux saints qui sont ses membres le sentiment de leurs peines.

La seconde, que s'il les invile à porter la croix après lui, il ne leur dit pas : Portez ma croix, mais portez votre croix, parce que, remarque saint Bernardin de Sienne, tout le monde ensemble ne pourrait pas porter la moindre partie de la croix de Jésus-Christ (1).

C'est pourquoi il donne à chacun la sienne, et la mesure à ses forces, afin que personne ne puisse se plaindre de sa bonté. Laissez aller mes disciples, dit-il aux soldats qui vinrent le prendre dans le jardin. Pourquoi ! « parce que le chemin » par où il allait au Calvaire était si étroit, et sa passion » si amère, que personne n'eût pu le suivre, ni marcher avec » lui de compagnie (^2). »

(1) Matth., 16. — S. Bernardin. Senensis., tom. 2. serm. 63. a. 4. c. 2. — ('2) Hugo GarJ,, in c. 13. Joan.

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TREIZIEME LEÇON

Les douleurs de Jésus-Christ sont sans comparaison, et jamais homme n'a tant enduré que lui en cette vie mortelle.

« Arrêtez-vous, vous tous qui passez par le chemin , et voyez s'il y a douleur pareille à la mienne. «

Jerem., 1. 12.

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