I. CONSIDÉRATION
Il y a trois sources fatales d'où naissent tous les maux qui désolent l'univers, savoir, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, et l'orgueil de la vie.
(1) Marc. 15. 39,
A l'école du calvaike. 141
Contre ces trois funesles désordres , le Fils de Dieu a été sur la croix comme un prodige de douleurs, de pauvreté et d'ignominie, dont Texcès est si surprenant, qu'il a paru presque incroyable au prophète Isaïe : Seigneur, qui d'entre les hommes nous croira, lorsque nous leur raconterons des choses aussi éloignées de la gloire de votre Fils, que celles que vous nous commandez de leur dire (l)? Nous l'avons vu, non sans élonnement et sans douleur, comme un homme tout défiguré, comme un homme vil et méprisable, comme le dernier des hommes (^), ou, comme porte l'hébreu , un homme réduit à une extrémité de bassesse, de misère et d'indigence, an-dessous de laquelle on ne peut descendre sans cesser d'être homme. Aussi David parlant en sa personne dit qu'il s'est enfoncé dans un abîme de boue, oii Une trouve point de fond (3) ; et dans un autre lieu : J'ai été réduit au néant, et je ne l'ai point su (4). En effet, si nous concilierons ce dénûinenl total d^sns lequel il a fini sa vie passible et mortelle, nous avouerons qu'd ne peut pas être plus grand, et que c'est avec raison que saint Paul dit qu'il s'est anéanti, se rendant obéissant jue^qu'à la mort, et niême jusqu'à la mort de la croix. Il a c«>mn)encé à se déiiuer de tout, en venant au monde, et le premier moment de sa vie a été un moment d'anéantissement. Il s'est dépouillé de la pléiiilude de sa gloire, en quillanl le sein de son Père, et le trône royal qui lui élait dû par le droit de sa naissance. Il a refioiicé à la bCHliUide de son corps, se rendant sujet aux d..»uleiirs et à la mort. Il a remis entre les mains de son Père t^uie la [uiissince, temporelle et l'empire so-j\erain qu'il avait dans» l'univers. Il s'ei^t assujetti aux iufirjnilés et aux tViible^ses de noire nature, en prenant la forme de ser\ite'ir et d"e?clave, lui qui était le Dieu de la gloire. Il a pas.c toute sa vie daus cet état, voulant bien être
(l; Is. 53. 1.— ;2) Ibid V. 3. — (3) Ps. 68. — (4) Ps. 72. 22.
méprisé et avili comme un homme deoéant, qui n'avait rien qui le rendit considérable ni dans sa naissance, ni dans ses emplois, ni dans sa personne. Mais le moment de sa mort a mis le comble à ses anéantissements, et Ton peut dire que c'est proprement sur la croix qu'il est descendu jusqu'au fond du néant.