III. CONSIDERATION
Il faut, en troisième lieu, que la même foi nous donne entrée dans le cœur de Jésus-Christ, pour y découvrir Texcès de l'amour avec lequel il a souffert pour nous, et qu'elle nous fasse sentir les tourments de sa Passion, comme si elle s'exécutait sur nous. 11 brûlait d'un zèle si ardent pour le salut de votre âme que, s'il eût été nécessaire, il fût volontiers demeuré en croix jusqu'à la fin du monde. Il ressentait tellement l'état misérable où le péché vous réduit que, si c'eût été le bon plaisir de son Père, il eût de bon cœur consenti à souffrir la mort chaque fois que vous êtes tenté d'offenser Dieu, pour vous en garantir. Et, ce qui est admirable, il conservait celte ardente passion pour vous, malgré vos lâchetés, vos froideurs, vos ingratitudes, vos dérèglements épouvantables. En vérité, si, par une supposition impossible, il eût été lui-même le criminel, eût-il pu faire davantage pour satisfaire à la justice divine, que ce qu'il a fait pour vous? Eût-il plus donné de sang, eût-il plus versé de larmes? Et vous, que faites-vous pour son service? Prenez un peu avec les mains de la foi, mais d'une foi vive et amoureuse, sa couronne d'épines; enfoncez-vous-la dans la tête, comme sainte Catherine, et voyez ce qu'elle lui a causé de douleurs ; goûtez Tamertume du fiel dont il fut abreuvé, ressentez la pointe des clous qui percent ses pieds et ses mains. Que feriez-vous s'il fallait à celte heure souffrir le feu comme saint Laurent, les roues et les chevalets comme les martyrs, la croix comme votre Sauveur, qui est le roi des martyrs? Comparez les sentiments de son cœur avec les vôtres, sa patience avec votre lâcheté, son amour avec votre froideur, sa libéralité avec votre ingratitude. Oh ! prodige inouï ! Le
maître souiïre pour l'esclave, et resclave ne songe qu'à son plaisir. Jésus-Christ souiïre pour moi les mépris, les affronts, les injures, la mort; et moi, non content de fuir ces peines qui me sont dues, je rends injure pour injure, affront pour affront, sans que la douceur de celte innocente victime, qui s'immole pour moi, puisse m'altendrir le cœur, ni adoucir le sentiment de vengeance qui me transporte, et me fait oublier tout le respect que je lui dois.
TROISIEME LEÇON
Troisième disposition : Un grand respect et un entier anéantissement de nous-mêmes.
« Demeuré seul, je vis cette grande vision; le courage m'abandonna; j'étais gisant prosterné sur ma face, et mon visage était attaché à la terre. >>
Daniel., 10, 8.