I. CONSIDÉRATION
Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce luimême, qu'il porte sa croix tous les jours' et qu'il me suice (1). Cette sentence contient tout l'esprit du christianisme, et l'on peut dire que tous les ressorts du salut en dépendent, et qu'elle fait tous les prédestinés. C'est pourquoi il est important de l'écouter avec respect et d'en remarquer exactement toutes les circonstances, qui sont autant de puissants motifs pour nous obliger à y correspondre fidèlement. La première est la douceur des termes dans lesquels elle est conçue : Si quelqu'un veut venir après moi (il). Il ne dit pas : Bon gré mal gré vous me suivrez et vous porterez votre croix ; il parle d'une manière bien plus aimable et plus touchante : Si vous voulez; car si vous ne le voulez, je ne vous entraînerai pas de force. Je ne contrains personne, je n'use point de violence, je laisse au pouvoir de chacun de suivre son jugement et son inclination, et d'aviser s'il veut porter sa croix pour l'amour de moi (3). Que ces paroles ont de charmes! qu'elles
{{) Luc, 9, 23. Matth , 16, 24. Marc, 8, 34. — (2) Matth., (3) S. Ghrys., hom. de adorât, crucis; et hom. 16 in Matth.
sont propres pour gagner les cœurs î Celui qui commande de hauteur et qui use d'un pouvoir absolu, rebute plutôt qu'il n'attire. Un discours insinuant et plein de douceur est plus puissant sur les esprits qu'un commandement impérieux et violent.