‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 89 sur 229 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Au premier aspect de la crois, la nature a coutume de se troubler, parce que n'agissant que par instinct, et non pas par les lumières de la raison ni de la foi, elle ne s'occupe qu'à la recherche d'un bien sensible qui lui est propre, sans s'élever plus haut, et par une suite nécessaire, elle refait avec horreur le mal sensible qui lui est contraire. C'est pourquoi il est important d'abord que la croix se présente, d'ouvrir les yeux de la foi, et de la regarder comme un effet de la divine Providence, sans laquelle il ne peut nous arriver aucun mal. Je suis le Seigneur qui forme la lumière et qui crée les ténèhres, qui fais la paix et qui crée le mal. C'est moi qui fais tout cela, comme souverain Seigneur (1). Est-il arrivé aucun mal dans laïcité, que le Seigneur n'ait pas fait (2)? Non, dit saint Augustin, il ne se fait que par ses ordres. Ce que les fous s'imaginent arriver fortuitement, sans que Dieu s'en mêle, ne se fait que par la disposition de la divine Provi-

(1) Isa., 45, 7. — (2) Ames, 3, 6.

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dence (t). Sachez, dit ce même père, que tout ce qui arrive contre notre volonté, n'arrive que par la volonté de Dieu, par sa providence, par son ordre, par son autorité, et par la disposition de ses lois; que si nous ne voyons pas pourquoi certaines choses se font, donnons cpla à sa providence, qu'elles ne se fout pas sans raison (^2). L'amour-propre s'en choquera, mais il ne faut pas s'en mettre en peine ; la nature en sera elTrayée, mais il faut la soutenir et la rassurer. La raison humaine y contredira et tâchera de s'en défendre; mais il faut la soumettre à la foi, et lui dire avec fermeté : Ne voulezvous pas que je boive Je calice que mon Père m'a donné F

Cette pensée étant bien conçue dans la lumière do Dieu, et appuyée sur sa parole qui est infaillible, il faut prendre la' croix de sa main avec un grand resppct, soit pour la révérence que nous devons à tout ce qui vient de sa part, soit pour l'union que nos soutTrances ont avec celles de Jésus- Christ. Car si nous avons une vénération toute particulière pour la croix, à laquelle il a été attafhé, nous devons sans doute porter un grand respect aux nôtres, parce quelles en sont des dépendances et comme des rejetons de ce bel arbre. S'd a divirdsé les souffrances en sa personne, les rendant dignes du culte de latrie, il a aussi sanctifié les nôtres, les rendant diiznes d'une gloire immortelle. D'ailleurs, c'est un sentiment commun fondé sur les principes de la religion, que nous devons respecter la Majesté divine en tout lieu, mais particulièrement dans les lieux où il se pjaît et qui lui sont consacrés, ou qu'il daigne signaler par des marques plus éclatantes de sa présence, pour y être honoré. Or, il n'y a point de lieu sur la terre où Dieu se plaise davantage, où il

(1) s. August., in Ps. 9.— (?) Idem, in Ps. 140.

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soit plus présent, où il soit plus honoré que dans la croix et dans les souffrances de ses amis. Le Saint-Esprit y est avec tous ses dons, comme dans un lieu d'assurance et de repos (1). Le Fils y est, comme il se trouva autrefois dans la prison avec Joseph, et dans la fournaise de Babylone avec les trois enfants d'Israël; et qu'y a-t-il de plus glorieux dans nos souffrances que d'avoir un Dieu pour compagnon, qui se trouve dans le danger avec nous (2)? Le père y est comme dans le buisson ardent, tout éclatant de gkàre et tout brûlant d'amour au milieu des épines. Il faut donc s'en approcher comme Moïse avec respect, et nous défaire de nos affections terrestres, parce que c'est un lieu saint qui demande de nous une profonde révérence. 11 faut imiter la bienheureuse Madeleine, illustre vierge japonaise, âgée de vingt ans, qui fut brûlée pour la foi dans la ville d'Arima, en l'année 1613, et qui prit, au milieu des flammes, des charbons ardents dans ses deux mains, les mettant sur sa tête par respect et par révérence; après quoi elle rendit à Dieu son esprit victorieux tout embrasé du feu de son amour (3).

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