‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 90 sur 229 · III. CONSIDERATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDERATION

Le respect et l'honneur que nous devons à la croix que Jésus-Chribt nous présente, doit être accompagné d'une amoureuse reconnaissance du bien et de l'honneur qu'il nous fait, de vouloir tirer de la glnre de nos souffrances, et par le même moyen de nous purifier en effaçant tontes les taches qui soudlent la beauté de notre âme. Heureux le serviteur que son maître prend le soin de corriger, auquel il daigne faire sentir sa colère, et qu'il ne trompe point en dissimulant

(1) I Petr., 4, 14. — (i) S. Ambr., 1. de Joseph., c. 5. — S. Greg. Nazianz., orat. 2 de pace. — (3) Livre 2 des triomphes chrétiens des martyrs du Japon, c, 15.

ses vices (1). Plus heureux encore de ce qu'il lui donne occasion de le glorifier et de lui rendre des preuves de sa fidélité. Lorsqu'on déchirait saint Romain avec des ongles de fer, et qu'on exerçait sur son corps des cruautés inouïes, il disait au tyran : Je vous rends grâces de ce que vous m'ouvrez de plus éloquentes bouches, pour publier les grandeurs de Jésus- Christ; car autant qu'il y a de plaies sur moi, ce sont autant de bouches qui le louent et le bénissent (^). Si ce généreux martyr se sentait obligé à son tyran du mal qu'il lui faisait souffrir avec la dernière inhumanité, combien sommes-nous plus obligés à Jésus-Christ du bien qu'il nous procure avec i un excès d'amour, en nous faisant souffrir pour son honneur? j Certes, s'il y a chose au monde dont nous devions rendre grâces à Notre-Seigueur, comme l'Apôtre nous le recommande, c'est particuhèrement de la croix, c'est-à-dire des ! afflictions qu'il nous envoie, parce qu'alors notre reconnaissance lui plaît davantage et nous est plus utile. « Vous est-il arrivé quelque mal, dit saint Chrysostôme, il ne sera plus mal si vous voulez. Bénissez Dieu, et vous changerez ce mal en un grand bien; dites comme Job : Le nom du Seigneur soit béni à jamais, et vous aurez la même récompense que lui (3). » C'est II ainsi que vous devez en user, si vous voulez contenter Dieu | et vous distinguer des pécheurs. Quand Dieu châtie le monde par des calamités publiques, les gens de bien, dit saint Augustin (4), rendent grâces à Dieu, ainsi que des vaisseaux sacrés; mais les superbes, les voluptueux et les avares n'ont dans la bouche que des blasphèmes et des murmures, disant : Seigneur, qu'avons-nous fait pour souffrir de si grands maux ? Et ne dites point qu'il est difficile de remer- ) cier Dieu de ce qu'il nous jette dans la dernière misère, car si vous avez un peu d'amour pour lui, la pratique vous en

(1) Tert., 1. de pat. — (2) In Aciis, 9 augusti. — (3) S. Chrys., hom. 64 ad Antioch., et hom. 68. — (4) Ser. IH de temp.

A l'École du calvaire. 197

sera facile, et vous tiendra lieu d'une très-douce consolation. Les saints ne l'ont point trouvée difficile, et l'on peut dire de tous ce que la sainte Ecriture dit de Tobie, qu'il m se fâcha point contre Dieu de ce qu'il l'avait rendu aveugle, mais il demeura dans la crainte du Seigneur avec une constance immuable, rendant grâces à Dieu tous les jours de sa vie{i). Voilà ce que Dieu demande de vous, voilà le caractère des prédestinés et la pratique continuelle des saints, qui ont suivi en cela l'exemple de Jésus-Christ, qui doit vous servir de règle.

Page 1