‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 96 sur 229 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Que si Dieu permet que les hommes contribuent à nos souffrances, nous ne devons point le trouver étrange, puisqu'il a bien permis qu'ils fissent mourir son Fils. Notre croix n'en sera pas moins bonne, pour venir de la main des méchants; leur mahce ne diminuera rien du mérite ni de la gloire de notre patience. Les Juifs chargèrent le Sauveur du monde du fardeau de la croix, elle n'en fut pas moins salutaire à tout le monde; elle sanctifia même plusieurs de ceux qui en étaient les auteurs. Jésus-Christ en fit l'autel de la miséricorde, sur lequel il offrit son sacrifice, en priant pour ceux qui l'y avaient attaché. Faites-en de mime quand le prochain vous offense; priez pour sa conversion, ne le regardez pas comme votre ennemi , mais comme votre frère, comme membre d'un même corps, dans lequel vous êtes étroitement lié. Si votre patience ne le touche , elle en édifiera plusieurs autres. Lorsque saint Paul fut jeté dans l'île de Malte par la violence de la tempête , et qu'en mettant quelques sarments dans le feu , une vipère qui en sortit à cause de la chaleur, le mordit à la main, les barbares qui le virent, crurent d'abord que c'était un méchant homme que la vengeance divine poursuivait; mais après avoir attendu longtemps, voyant que sa main n'enflait point , et qu'ayant secoué cette bête dans le feu il n'en avait reçu aucun mal, ils changèrent de sentiment et dirent que c'était un Dieu. Vous ne ferez pas une moindre merveille, si ayant été piqué d'une langue médisante, vous n'en êtes point ému ni enflé de colère, mais si vous vous contentez de secouer doucement la calomnie, et de jeter cette vipère dans le feu de l'amour divin. Ceux qui avaient été mal informés auparavant, voyant votre modestie , changeront le soupçon ou la mauvaise opinion qu'ils avaient conçue de vous en admiration et en

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louanges, et donneront la gloire à Dieu. L'injure et la calomnie sont comme le feu de la fournaise de Babylone, qui épargna les trois enfants qu'on y avait jetés, et ne brûla que les bourreaux qui l'avaient allumé. Elles ne nuisent point à celui qui les souffre vertueusement, mais à celui qui les fait. En matière de persécution, c'est vaincre qu'être vaincu, et c'est être vaincu qu'être vainqueur; car celui qui vous outrage a pour but de vous faire du déplaisir. Si donc vous ne vous en ressentez point , il perd le fruit de son crime ; le déplaisir qu'il voulait vous faire retombe sur lui; la gloire et le mérite de votre souffrance vous demeurent. Il ne faut donc pas rechercher partout la victoire; car celui qui offense semble vaincre l'offensé, mais la victoire qu'il remporte lui est pernicieuse. Au contraire, si celui qui est offensé le souffre courageusement, quoiqu'il semble vaincu, il s'acquiert par là une riche et éclatante couronne (1). 11 est donc souvent plus avantageux d'être vaincu que d'être vainqueur; et cette sorte de victoire est la plus excellente de toutes; car soit qu'un ennemi vous vole ou vous frappe , ou se montre envieux de votre bien, celui qui le souffre sans l'attaquer est un admirable vainqueur (2). Tel était celui qui disait: On nous fait tous les jours souffrir la mort pour Vamour de vous, Seigneur, on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie; mais parmi tous ces maux, nous demeurons victorieux, en vue de celui qui nous a aimés (3). Entrons dans les sentiments de ce grand apôtre.

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