‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 97 sur 229 · IV. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. CONSIDÉRATION

Cette vue ne nous portera pas seulement à souffrir de toutes sortes de personnes, mais encore à nous souffrir nous-

(1) s. Ghrysost., hom. 83 in Matth. — TertuU., 1. de patient. — (2) S. Ghrys., hom. 85 in Matth. Vide et hom. 2 in Antioch. — (3) Rom., 8.

mêmes; car il arrive souvent que nous sommes à charge à nous-mêmes, et que nous avons peine à nous supporter. J'ai péché, ô le protecteur des hommes/ que ferai-je pour vous apaiser? pourquoi permettez-vous que je ressente tant d'opposition à vos volontés, et que je ne puisse me souffrir moimême (1). Voilà trois grandes croix que nous trouvons dans nous-mêmes : le péché dont le reprochp intérieur est un terrible tomment à qui a un peu de foi et d'amour, la répugnance que nous sentons au bien, et la pente que nous avons au mal, par la corruption de la nature, par le dérèglement de nos passions et par le poids de nos mauvaises habitudes. La pesanteur de ce fardeau est si grande , qu'elle fait gémir les saints; et si nous n'a\ions l'exemple de Jésus-Christ, joint au secours des grâces qu'il nous a méritées, les forces nous manqueraient, et nous y succomberions infailliblement; mais il a bien voulu se charger de notre croii pour nous la rendre supportable, et il l'a trouvée lui-même si pesante , qu'il en sua jusqu'au sang sur la montagne des Oliviers, tant il fit d'pffoit sur lui pour vaincre la répugnance naturelle qu'il avait è la croix, et pour s'aban<ionnpr à toutes Ips souffrances qu'il plaisait à son Père de lui ordonner. Puissant exemple qui nous apprend à ne point donner de bornes à notre patience, mais à nous résigner totalement au bon plaisir de Dieu, en lui laissant le choix dp nos croix, et ne nous réservant rien que la résolution de les porter de grand cœur, sans nous étonnpr ni de leur grandeur ni de leur longueur, nous souvenant que tout ce qu'on pput endurer est peu de chose au prix de la récompense; que tout le tpmps de la vie est moins qu'un jour comparé à l'éternité, et qu'après avoir souff^^rt ce peu de temps , le Dieu de toute grâce qui nous appelle en Jésus-Christ à son éternelle gloire, nous perfectionnera , nous affermira et nous fortifiera. A lui

(1) Job., 8,

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soient la gloire et l'empire dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il (1).

PRATIQUES ET ASPIRATIONS

C'est ici où plusieurs manquent dans leur pratique ; les uns ne veulent rien souffrir, les autres ne veulent souffrir que ce qu'il leur plaît, les autres que pour un temps; les uns se plaignent de la longueur de leurs maux, les autres de la grandeur, les autres de la nouveauté : tâchez d'éviter tous ces écueils.

1. Faites élat, en premier lieu, qu'il n'y a personne qui ne porte sa crois en ce monde, el par conséquent que vous n'eu serez pas exempt non plus que les autres. Cette vie qui passe, dit saint Augustin, n'est qu'une croix, ou bien ce n'est pas un voyage; ou vous aimez peu votre patrie, ou cette vie est pour vous un exil et une croix (2). Si vous ne voulez rien souffrir, vous ne voulez pas être chrétien ni disciple de Jésus-Christ. Tous ceux qui ont le bonheur de le suivre portent leur croix; oseriez-vous bien vous trouver devant lui sans la porter? Si vous ne voulez rien souffrir, vous renoncez à la piété et à la vertu. Tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jé>us-Christ seront persécutés. Si donc vous ne souffrez rien pour Jésus-Christ , prenez garde que vous n'avez pas encore commencé à vivre dans la piété et dans l'esprit de Jésus-Christ (3). Enfin, si vous ne voulez rien soutîrir, vous renoncez à Jésus-Christ même , vous n'êtes point de ses amis, vous n'êtes point de ses élus, vous ne lui appartenez point. Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passio7is et ses désirs déréglés (4); mais quand vous seriez assez malheureux pour renoncer à Jésus- Christ, vous ne seriez pas pour cela exempt de la croix.

(1) I. Petr., 5, 10. — C2) S. Aug. in Ps., 137. — (3) S. Aug. in Ps. 55. — (4) Galat. 5.

« Faites tout ce qu'il vous plaira pour réussir en toutes choses

selon vos désirs et vos pensées, vous vous trouverez néanmoins réduit à souffrir toujours quelque chose, ou volontairement ou malgré vous. Car ou vous souffrirez de la douleur dans le corps, ou des peines et des inquiétudes dans l'âme; tantôt Dieu vous laissera dans la sécheresse, tantôt vos frères vous exerceront, et ce qui est encore plus fâcheux, vous deviendrez souvent pénible à vous-même, sans jpouvoir être ni délivré ni soulagé de vos peines par aucun remède, et vous serez obligé de les souffrir, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de vous en tirer (1). »

2. Préparez-vous donc comme un bon et fidèle serviteur à porter constamment la croix de Jésus- Christ, votre maître, qui a bien voulu être crucifié pour V amour de vous {ï). Ne dites point que le mal que vous souffrez est excessif; que jamais personne n'a rien souffert de semblable; qu'il est au-dessus de tout ce qu'on peut s'imaginer. Car, dit le Sage: Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Vous ne souffrez rien dont on ne puisse tous donner plusieurs exemples, soit pour la perte de vos biens, soit pour la rigueur et la violence de vos maladies. Si vous ne pouvez porter la perte d'un fils qu'une mort naturelle vous ravit, que feriez-vous, dit saint Gyprien, si vous étiez obligé de faire le sacrifice d'Abraham (3)? Si vous regrettez inconsoîablement la ruine de votre fortune et de vos biens , comment diriez-vous avec les saints ? Le Seigneur me les avait donnés, il me les a ôtés, son saint nom soit béni. Je suis entré tout nu dans le monde, j'en sortirai tout nu. Que tout le siècle périsse pour moi, pourvu que je conserve la patience {f^) . Enfin, si vous murmurez dans les maladies et dans les douleurs du corps, comment diriezvous avec les martyrs que les brasiers et les charbons ardents ne vous semblent que des fleurs ?

(1) De Im. Christi, 1. 2, cap. ult. — (2) Ibid. — (3) S. Cypr., lib. de mortalit. — (4) S. Ghrys., hom. de tolérant.

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3. Peut-être que ce n'est pas la rigueur du mal qui vous abat, mais que sa longueur vous lasse et met votre patience à bout. Eh ! qu'il paraît bien que vous n'avez pas encore mesuré réternilé; votre vie ne vous semblerait qu'un instant, mille ans ne vous passeraient que pour un jour fort court. Voulez-vous porter courageusement votre croix jusqu'à la fin, donnez-lui les justes dimensions qu'elle doit avoir selon Dieu, faites que la charité en prenne la largeur; la persévérance, la longueur; l'humilité, la profondeur; la droite intention, la hauteur, et alors vous la trouverez fort courte et fort légère. Si donc le signal vous est donné, si le jour du combat est venu , combattez généreusement , combattez constamment, sachant que le Seigneur est présent et qu'il vous regarde , que c'est par la confession de son nom que l'on parvient à sa gloire, et qu'il n'est pas seulement présent pour regarder ses serviteurs, mais qu'il lutte avec eux, mais qu'il entre dans la lice, et que dans nos combats il donne la couronne et la reçoit tout ensemble (1).

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