DE LA FREQUENTE COMMUNION; — SES EFFETS
PREMIÈRE LEÇON
La fréquente Communion rend un grand honneur à la très-sainte Trinité, et lui est très-agréable.
Tous les riches de la terre ont mangé le pain céleste, et l'ont adoré; tous ceux qui descendent en terre, c'est-à-dire tous les mortels, se prosterneront en sa présence. (Psal. XXII, 32.)
Pe CONSIDERATION.
La fréquente communion rend un grand honneur au Père éternel, et lui est très-agréable, pour deux principales raisons. La première, parce qu'étant la source de tous les biens, sa gloire et son plaisir sont de donner. Or, il ne peut rien nous donner de plus grand ni de meilleur que ce que nous recevons dans la communion. Car tout ce qu'il a donné à son Fils dans l'Incarnation, le Fils nous le donne de sa part dans l'Eucharistie (1). Je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée, afin qu'ils soient un comme
(!) Joan. xvn, 22. Vide Toletum hic annot. 15 et Turrianum /. 1. de Euch. t. 7. et l. 2. 6. 31.
a l'école du tabernacle. 309
nous sommes un (1). La seconde, parce que dans la communion nous lui offrons en action de grâces ce cher Fils, qui est toute sa gloire et l'objet de ses délices. Si bien qu'après la communion nous pouvons dire ce que Jésus-Christ dit lui-même après avoir donné la communion à ses Apôtres : Maintenant le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui (2). Car il n'est rien de plus glorieux au Fils que de s'immoler à la gloire de son Père sur l'autel de notre cœur; rien de plus glorieux au Père que d'être honoré par l'oblation d'une telle victime. C'est pourquoi saint Ignace martyr avait raison de dire aux Ephésiens qu'il exhortait à la fréquente communion : Ayez soin de vous assembler souvent pour l'Eucharistie et pour la gloire de Dieu.
IIe CONSIDÉRATION.
La fréquente communion rend un grand honneur au Fils, et lui est très -agréable. Que ce soit son plaisir, nous n'en pouvons douter; car nous savons que ses délices sont d'être avec les enfants des hommes, et que c'est dans la communion qu'il s'entretient plus familièrement avec eux. Que ce soit sa gloire, il n'est pas moins évident : Le Seigneur est grand dans Sion; il est élevé sur tous les peuples (3). Pourquoi est-il grand dans Sion plutôt que dans un autre lieu? Parce que, dit un savant interprète (4), Jésus-Christ
(1) Joan. 17. 22.
(2) Joan. xin, 31.
(3) Psal. xg\iii, 2.
(4) ^Esychius.
a établi les divins mystères sur cette montagne ; par conséquent, c'est là premièrement qu'il a fait éclater sa gloire, qui s'est depuis répandue sur tous les peuples. A considérer la petitesse de l'hostie, sous laquelle il se renferme, on dirait qu'il s'est plutôt anéanti qu'il n'a fait paraître sa grandeur. Mais c'est par là même, dit le Docteur angélique (1), qu'il nous découvre son grand pouvoir aussi bien que sa sagesse et sa bonté. Sion, dit cet Ange de l'école, signifie un miroir, selon l'interprétation de son nom. Or, l'image du plus grand corps paraît aussi entière dans un petit miroir que dans un grand. Il est donc dit que le Seigneur est grand dans Sion, c'est-à-dire dans le miroir de l'Eucharistie, parce que nous croyons avec raison que le Corps de Jésus-Christ est aussi entier sous une petite hostie que sous une grande. Oh! le grand pouvoir de Dieu, qui a pu donner à tous les hommes sa divinité, son corps, son sang et son âme, sous les espèces d'un peu de pain, comme un divin aliment que chacun prend, et qui néanmoins ne se consomme point, mais demeure toujours tout entier ! Oh ! l'admirable sagesse, qui a trouvé un ressort si subtil de notre salut éternel ! Oh! la bonté incompréhensible de notre Dieu, qui a produit ce rare chef-d'œuvre d'amour pour nous sauver (2) !
IIIe CONSIDÉRATION.
La fréquente communion rend un grand honneur au Saint-Esprit, et lui est très-agréable pour trois raisons
(1) S. Thom. Opusc. xvm, c. 13.
(2) Blasius in Margarit. Spir. c. 1. n. 10.
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considérables. La première est que tout excellent ouvrier se plaît à son ouvrage ; et d'ailleurs nous ne nous lassons point défaire ce que nous faisons avec plaisir. Or, ladivine Eucharistie, avec tous les effets qu'elle produit dans les âmes par la communion, est un chef-d'œuvre du Saint- Esprit. Car le pain est fait le Corps de Jésus-Christ, et le vin est fait son Sang par l'opération du Saint-Esprit (1). Et de plus : la chair et le sang de Jésus-Christ ne nous profitent point sans l'onction du Saint-Esprit (2). Il ne faut donc point douter que la fréquente communion ne lui soit très-agréable , puisque c'est lui qui en est le principal auteur. La seconde est fondée sur la maxime de saint Thomas (3) , qui dit que , si nous aimons quelque chose d'un amour gratuit, c'est-à-dire pour l'amour d'elle-même , nous sommes bien aises qu'elle soit excellente et qu'elle se multiplie. D'où vient que Dieu, qui s'aime pour l'amour de lui-même, ne pouvant se multiplier dans son essence , se multiplie dans ses ouvrages. Or, c'est par ce même principe que le Saint-Esprit se plaît à multiplier les communions, parce qu'il aime Jésus-Christ et qu'il désire , pour ce sujet, de le faire vivre en tous les cœurs. La troisième est prise de la propriété personnelle du Saint-Eprit , qui est le terme de l'amour incréé et le principe de l'amour créé ; c'est pourquoi il se plaît à le répandre dans tous les cœurs qu'il trouve disposés à le recevoir. Or, la communion est le plus excellent moyen dont il se sert pour cet effet. L'Eucharistie porte son caractère et
(1) Rupcrt, lib. 2, in Exodum, 10.
(2) Pasch. /. de Corp. et Sang. c. 21.
(3) S. Thom. /. I. contra Gent. c. 75.
lui ressemble en ce point. C'est le terme et le dernier effort de l'amour de Jésus-Christ et le principe du nôtre. Ecoutez donc ce que sainte Mechtilde entendit un jour de la bouche de cet aimable Sauveur, qui encourageait une âme craintive et l'exhortait à communier souvent : Chère âme, pourquoi me fuyez- vous ? Prenez courage et venez avec confiance à la toute-puissance du Père , afin qu'il vous fortifie et vous affermisse dans le bien ; à la sagesse du Fils , afin qu'il éclaire votre esprit, et à la bonté du Saint-Esprit, afiu qu'il attendrisse votre cœur et qu'il le rende paisible et tranquille.
DEUXIÈME LEÇON
La fréquente Communion réjouit V Église triomphante souffrante et militante.
Le cours impétueux du fleuve qui arrose la ville de Dieu la comble de joie. Le très-Haut a sanctifié sa demeure. Dieu est au milieu d'elle, elle ne sera point ébranlée. (Ps. xlv, 5.)
Pe CONSIDÉRATION.
La fréquente communion comble de joie l'Eglise triomphante. Ce Sacrement, dit saint Laurent-Justinien (1), est si excellent et si auguste, que les anges mêmes, ravis de joie et d'étonnement devoir Dieu
(1) S. Laur. Just. Serm. de Eucharislia.
converser familièrement avec les hommes, s'entredisent avec admiration : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes : il demeure avec eux, et ils seront son peuple ; et lui-même, demeurant avec eux, sera leur Dieu (1). Autrefois, un chérubin fermait l'entrée du paradis terrestre à tous les hommes, de peur qu'ils ne prissent le fruit de vie ; mais maintenant les anges ne leur tiennent plus cette rigueur : bien loin de les éloigner du très-saint Sacrement, qui est le paradis de la terre et le véritable fruit de vie, ils les invitent à s'en approcher; ils les encouragent, ils les assistent, et leur inspirent la dévotion et le respect avec lesquels ils doivent cueillir cette manne et manger ce pain du ciel.
Tous les saints, qui regardent d 'en-haut ceux qui communient, sont dans les mêmes sentiments de joie que ces bienheureux esprits. Le souvenir de leur rédemption, la vue de notre salut, et l'admiration de la bonté de Dieu, leur causent une extrême satisfaction, et d'ailleurs ils tiennent à grand honneur qu'on les invoque dans les divins mystères, et qu'on offre le sacrifice à Dieu pour le remercier des grâces qu'ils ont reçues de sa libéralité.
Surtout il est impossible d'exprimer quelle est la joie de la bienheureuse Vierge, lorsqu'elle nous voit communier avec ferveur, et nous nourrir de la chair et du sang que son Fils a pris dans ses chastes entrailles. Oh ! que cette pensée devrait toucher notre cœur ! Je m'en vais donner à la sainte Vierge la plus grande joie qu'elle puisse recevoir de moi en m'unissant à son
(1) Apoc.21. 3.
Fils, et en le faisant l'Hôte, le Roi, le Dieu de mon cœur. Je m'en vais contracter avec elle la plus étroite affinité qui puisse être. Oui, âme fidèle, quand vous prenez le précieux Corps de Jésus-Christ, vous entrez dans une plus étroite alliance avec la bienheureuse Vierge, que n'est celle des enfants avec leur mère : Car n'étant plus qu'un avec son Fils, vous n'êtes plus qu'un avec elle (1).
IIe CONSIDÉRATION.
La fréquente communion comble de joie toute l'Église souffrante, parce qu'elle ouvre la porte du ciel à un plus grand nombre d'âmes captives, qui brûlent du désir de sortir de leur prison, et de se voir en liberté pour jouir de leur souverain bien. A quoi la communion leur sert en plusieurs manières. Premièrement, par voie d'impétration ; parce que les prières qu'on fait pour elles en communiant, apaisent la colère de Dieu, surtout lorsqu'on le conjure par les plaies de son Fils, qu'on lui présente, de leur remettre les dettes qu'elles n'ont pas encore payées. Car il ne se peut dire combien ce présent lui est agréable. Ce riche présent , caché sous les espèces, éteint le feu de la colère de Dieu, c'est-à-dire le feu du purgatoire (2). C'est ainsi que saint Thomas (3) explique les paroles du Sage. Secondement, par voie de satisfaction ; car les suffrages de l'Église, dit ce même Père, sont comme
(1) Joan. Euseb. I. v. c. 4.
(2) Proverb. 21.
(3) S. Thom. in 4, dist. 45. qusest. 3. a. 3. ad. 6.
a l'école du tabernacle. 315
autant de satisfactions et de paiements que les vivants font pour les morts. En troisième lieu, par les indulgences que le Souverain Pontife applique à la communion des fidèles, comme dispensateur du trésor des mérites de Jésus-Christ. Car les âmes du purgatoire, comme dit saint Augustin (1), ne sont pas séparées de l'Église, qui est le royaume de Jésus-Christ, autrement on n'en ferait point de commémoration à l'autel. On peut donc leur appliquer les mérites et les satisfactions de Jésus-Christ, et c'est en cela que nous ne pouvons assez louer sa bonté, qui veut bien accepter le paiement que nous lui faisons de ses propres biens, et qui nous donne même son précieux Sang pour cet effet, afin que nous ayons de quoi lui satisfaire les uns pour les autres (2).
IIIe CONSIDÉRATION.
La fréquente communion comble de joie l'Église militante. Car c'est ce qui lui donne la vie, ce qui la conserve, ce qui la fait triompher de tous ses ennemis, et disputer en quelque façon du bonheur et de la gloire avec la céleste Jérusalem. C'est ce doux lien qui les unit étroitement ensemble par la participation d'un même bien que l'une et l'autre possède ; de telle sorte que si l'Église triomphante le goûte avec plus de plaisir, l'Église militante en jouit d'une manière plus merveilleuse. Quoi qu'il en soit, on peut dire que l'Eucharistie est plus nécessaire à celle-ci que lame ne l'est au
(1)S. Aug. I. ÏQ.de C. D.c. 9.
(2) Levitici. 17.
corps, et qu'elle la fait vivre d'une vie plus excellente et plus parfaite. Car l'âme ne donne au corps qu'une vie mortelle, sujette à beaucoup de misères; mais la chair de Jésus-Christ fait vivre l'Église d'une vie sainte, et lui donne droit à la vie éternelle et bienheureuse (1). C'est pourquoi le concile de Trente (2), qui la représente, nous exhorte, nous prie et nous conjure de sa part, par les entrailles de la miséricorde de Dieu, que tous les fidèles, en général et en particulier, conviennent et s'accordent si parfaitement dans ce signe de l'unité, dans ce lien de la charité, dans ce symbole de la concorde, et qu'ils révèrent ces sacrés mystères du Corps et du Sang de Jésus-Christ avec une foi si ferme et si constante, avec une telle dévotion, et enfin avec un culte si religieux, qu'ils puissent recevoir souvent ce pain substantiel, et qu'il soit véritablement leur âme, leur vie, et la santé de leur esprit, dont la vigueur leur donne la force de parvenir de ce misérable exil à leur céleste patrie, où ils mangeront à découvert et sans aucun voile\îe pain des anges. Ainsi soit-il.
(1) Guitmundus, /. 2. de ver. ea.
(2) Conc. Trid. Sess. 13 c. 8.
k l'école du tabernacle. 317
TROISIÈME LEÇON
Des nécessités spirituelles qui obligent tous les fidèles à fréquenter les Sacrements, et à communier souvent.
Quand je marcherais au milieu «le l'ombre de la mort, je ne craindrais point les maux, parce que vous êtes avec moi. (Ps. xxn, 4.)
Ire CONSIDERATION:
Nous sommes tous sujets à plusieurs misères spirituelles, qui nous obligent à recourir souvent au trèssaint Sacrement, comme au remède le plus efficace et le plus salutaire contre toute sorte de maux.
La raison essentielle, c'est que ce Sacrement contient en soi Jésus-Christ, qui est le seul médecin de tous les maux de l'âme, et qui fait de soi-même, dit saint Augustin, la médecine des malades (1). Si donc, lorsqu'il était encore passible et mortel, on envoyait dans tous les pays d'alentour, et on lui présentait tous les malades, le priant qu'il leur permît de toucher seulement le bord de sa robe, et si tous ceux qui le touchaient étaient guéris (2), que n'allons-nous en foule à ce cha-
(l)S. Aug. Prœf. in 69.
(2) Matth. xiv, 36.
ritable médecin, pour obtenir la guérison de nos maladies spirituelles ? Doutons-nous que son corps glorieux et immortel n'ait plus de force que sa robe? ou craignons-nous que ce bon Pasteur, qui a cherché sa brebis égarée, ne nous rebute, lorsque nous le cherchons nousmêmes? Pauvre brebis, pensez-vous que celui qui vous a cherchée, lorsque vous le méprisiez et ne le cherchiez pas, vous méprise lorsque vous le chercherez ? Commencez donc à le chercher, puisqu'il vous a cherchée le premier, et qu'il vous a portée sur ses épaules (1). Ne lui donnez pas sujet de se plaindre de vous, et de vous dire : Je regardais à ma droite, pour voir s'il viendrait quelqu'un auprès de moi; mais il n'y avait personne qui me connût (2).
IIe CONSIDÉRATION.
Le péché, qui nous prive de la grâce de Dieu, est le souverain mal et la dernière misère de l'homme; et le danger où nous sommes à tout moment de tomber dans ce malheur, nous oblige de recourir souvent au trèssaint Sacrement pour nous en préserver. Je dis pour nous en préserver, car il n'a pas été établi pour remettre les péchés mortels que nous avons commis, mais pour nous empêcher de les commettre (3). Ce qu'il fait, premièrement, en augmentant la grâce sanctifiante, qui donne une certaine vigueur à l'âme pour repousser ce venin qui la ferait mourir ; secon-
(1) S. Aug. In Psal. 69. post initium.
(2) Psal. cxli, 5.
(3) Conc. Trid. Sess. 13. c. 2. Vide cardin. de Lugo; Disp. 12. de Euch. sect. 4.
a l'école du tabernacle. 319
dément, en faisant couler dans le cœur la joie spirituelle, et en lui ôtant le goût du plaisir sensuel, qui est l'amorce du vice ; en troisième lieu, en éclairant l'esprit de la lumière céleste, qui dissipe les ténèbres du péché. Car, dit saint Vincent-Ferrier (1), ce divin aliment guérit l'entendement de ses erreurs et des fausses opinions du monde qui le séduisent; la volonté, de ses désirs déréglés ; et la mémoire, de l'oubli des bienfaits de Dieu et de l'éternité. En quatrième lieu, en affaiblissant les mouvements de la concupiscence et la violence des tentations. Et enfin, en nous unissant étroitement à Jésus-Christ, qui est notre force, notre constance, notre vie, et le seul appui de notre persévérance.
C'est dans cette vue, ô mon Dieu ! que je m'approche de vous, afin de recevoir ce don céleste, où je trouve tout ce qui m'est nécessaire. Car ce très-digne et très-sublime sacrement est le salut de l'âme et du corps, et le remède de toutes les maladies spirituelles. C'est lui qui guérit tous nos vices, qui réprime nos passions, qui affaiblit ou arrête tout-àfait les tentations qui nous attaquent, qui répand dans nous une plus grande grâce, qui fait croître la vertu, qui affermit la foi, qui fortifie l'espérance, et qui étend et allume de plus en plus le feu de l'amour. C'est pourquoi je dois m approcher souvent de vous, et vous recevoir comme le remède qui doit me guérir, de peur que je ne tombe en défaillance durant le chemin, si je suis privé de cette nourriture céleste. Faites-moi donc maintenant part de cette grâce, o mon Sauveur, qui
(1) S. Vincent. Senn. undeoct. Corp. Christi.
nous avez laissé votre Corps dans ce Sacrement pour la consolation de vos fidèles. Mon âme brûle du désir de le recevoir, et mon cœur, du désir d'être uni à vous. Donnez-vous à moi, et cela me suffit ; car, hors de vous, toute consolation est fausse. Je ne puis être sans vous, je ne puis vivre sans recevoir de vos visites (1).
IIIe CONSIDÉRATION.
Après le péché mortel, la plus grande misère de l'homme est la facilité avec laquelle les justes mêmes tombent dans le péché véniel ; car il n'y a rien qui souille tant la beauté de lame, et qui retarde davantage son progrès dans la vie spirituelle. Or, la fréquente communion remédie à un si grand mal en deux façons. Elle efface la tache des péchés que l'on a commis, et elle nous empêche d'y tomber si souvent, en suspendant ou en arrêtant le mouvement et la pente que nous y avons. Elle^efface la tache du péché véniel qui souille l'âme, en nous excitant à la contrition et à l'amour divin ; et elle soutient notre fragilité, en chassant le malin esprit, qui nous tente, et en affaiblissant l'amourpropre qui est la source de tous les vices. C'est ainsi qu'il faut entendre les saints, lorsqu'ils disent que l'Eucharistie nous ôte la volonté de pécher ; que le Sang de Jésus-Christ est un bain salutaire qui lave les taches du péché ; que Dieu nous a pourvus d'un sacrifice propitiatoire pour expier les offenses que nous commettons tous les jours; que la demeure de Jésus-Christ en
(1) [mit. I. 4. c 3. et 4.
a l'école du tabernacle. 321
chasse le péché (1), et que sa présence est l'exil du serpent qu'il faut fuir, dit excellemment saint Paulin (2).
Agréez donc, mon Sauveur, que j'aie souvent recours à vous, pour vous représenter mes faiblesses et vous découvrir les plaies de mon âme. Comme je tombe et que je pèche si souvent, et qu'il faut si peu de chose pour me relâcher et pour m 'abattre, je dois nécessairement me renouveler, me purifier et m'encourager de nouveau par des oraisons, par des confessions et des communions fréquentes, de peur que m'abstenant plus longtemps de votre Corps sacré, je ne me refroidisse peu à peu de mes saints désirs. Car, si maintenant que je communie ou que j'offre souvent les saints mystères, je ne laisse pas de me trouver si négligent et si tiède, que deviendrais-je si je ne prenais point un tel remède, et si je n'avais point recours à une si grande perfection (3) ?
IVe CONSIDÉRATION.
Nous sommes sujets à de grandes peines spirituelles et corporelles, qui sont des fruits malheureux de nos péchés; car, comme dit le Saint-Esprit, c'est le péché qui rend les peuples misérables, c'est-à-dire qui cause la guerre, la peste, la famine et tous les malheurs qui arrivent dans le monde, qui désolent les commu-
(1) Innocent, m. de sacram. S. Cath. Senens. in dial. c. 126. Fulgosus. ep. 1.
(2) S. Paulinus, ep. 29.
(3) L. 4. huit. Chrisli, c. 3.
nautés et qui ruinent les particuliers. Or, le bon usage de la fréquente communion nous délivre des peines temporelles du purgatoire et de la vie présente, que nos péchés attirent sur nous, selon le degré de ferveur et de dévotion avec laquelle on offre ou l'on reçoit ce Sacrement. La grâce du Sacrement est quelquefois si abondante, dit le dévot auteur de Y Imitation de Jésus-Christ, et elle donne à l'homme une si grande ferveur de dévotion, que non seulement son âme, mais son corps même, tout faible qu'il est, en reçoit des forces très-considérables. Et sainte Thérèse dit que, dans le chemin de la perfection, l'Eucharistie est un grand remède pour les infirmités du corps. Je connais une personne sujette à de grandes maladies, qui était souvent délivrée entièrement des douleurs très-aiguës qu'elle souffrait, en prenant cette nourriture céleste. Cela lui était ordinaire dans des maux qui n'étaient point imaginaires ni feints, mais qui se faisaient assez connaître C'est dans ce sentiment que l'Église fait ces prières publiques après la communion : Nous vous supplions que ces aliments célestes, que nous avons reçus, nous préservent de toute sorte d'adversités ; et ailleurs : Nous vous prions que la médecine du Sacrement nous soit utile au corps et à l'âme. Car, comme dit sainte Brigitte (1), le Corps sacré de Jésus-Christ, qui rend la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, le mouvement aux pieds pour marcher et la force aux mains pour travailler, est un très-prompt secours aux malades. C'est pourquoi nous devrions nous plaindre de nous-mêmes et déplorer notre négligence et notre
(l) S. Brigit. I. 2. c. 23.
a l'école du tabernacle. :}23
tiédeur, de voir que nous nous portons avec si peu d'affection à recevoir Jésus-Christ, en qui consiste toute l'espérance et tout le mérite de ses élus. Car c'est lui qui est notre consolation dans l'exil de cette vie, comme il est dans le ciel l'éternelle félicité de ses saints. Ce nous doit donc être un grand sujet de douleur, que tant de personnes soient si peu touchées de ce saint mystère, qui est la joie du ciel et le salut de tout le monde (1). Certes, on ne peut assez priser le salutaire avis que saint Macaire d'Egypte donna à une femme qu'il avait délivrée d'un maléfice fâcheux : Ne quittez jamais l'Église, et ne vous abstenez point de la participation des sacrements de Jésus-Christ. Car ces maux vous sont arrivés, parce qu'il y a déjà cinq semaines que vous ne vous êtes approchée des sacrés mystères de notre Sauveur (2).
QUATRIÈME LEÇON
Des biens spirituels qu'apporte le bon usage de la fréquente Communion.
La fontaine des jardins, le puits des eaux vives qui coulent avec impétuosité du Liban. (Gant. 4.)
Ire CONSIDÉRATION.
Considérez que le saint Sacrement est comparé à la source du Jourdain qui coule du mont Liban. Libanus
(1) Palladius, llist. laus. g 19.
(3) L. 4. de finit. Christi, c. 1, n. 11.
candidus noster est Christus, e quo impetu divinitatis fluunt rivi gratiarum (1) : Le Liban est la figure de Jésus-Christ à cause de sa blancheur. Les ruisseaux de la grâce coulent avec rapidité de cette sainte montagne par le mouvement impétueux de la Divinité. Le saint Sacrement est la fontaine d'où coulent ces eaux salutaires avec abondance. Continetur enim in hoc sacramento fontalis origo omnium bonorum. Hic enim est fons de quo dicitur : fons hortorum, puteus aquarum viventium, quœ fluunt impetu de Lïbano (2) : Car ce Sacrement contient la source et l'origine de tous les biens ; et l'on peut dire que c'est celle qui est appelée dans les Cantiques la fontaine des jardins, et le puits des eaux vives qui coulent avec rapidité du mont Liban, et qui arrosent les âmes saintes, que l'Epoux divin chérit comme le lieu de ses délices. Faites en sorte que la vôtre soit comme un de ses jardins délicieux, et^qu'étant souvent arrosée du précieux Sang de Jésus-Christ, elle devienne fertile en toute sorte de vertus.
IIe CONSIDÉRATION.
Le premier effet des eaux qui coulent de cette fontaine, est d'éteindre la soif; parce qu'étant la source de tous les biens, elle peut bien, par conséquent, contenter tous les désirs du cœur humain. Celui qui boira de Veau que je lui donnerai, dit le Seigneur, n'aura jamais soif; mais l'eau que je lui douerai de vien-
(1) Turrecremata. Tract, de Euch. c, 5. art. 7. (?) Ibid.
a l'école du tabernacle. 325
dra en lui une fontaine d'eau vive qui rejaillira jusqu'à la vie éternelle (1). C'est pourquoi l'abbé Pasteur (2) dit que nous devons aller à la communion comme le cerf court à la fontaine. Les cerfs, dit-il, mangent les serpents qu'ils trouvent dans les déserts ; et se sentant échauffés de leur venin, ils soupirent avec ardeur après les sources des eaux, parce qu'en buvant ils se délivrent de ce poison mortel. De même, ceux qui se retirent du monde et qui aiment la solitude, sentant le feu des désirs déréglés que les malins esprits allument dans leur cœur, souhaitent d'aller le dimanche, qui est le sabbat du Seigneur, à la source des eaux, c'est-à-dire à la communion du Corps et du Sang de Jésus-Christ, pour éteindre cette soif dangereuse et se garantir du venin de ces serpents de l'enfer. Si quelqu'un brûle d'une ardente chaleur, qu'il s'approche de cette source, et il sera soulagé, dit saint Chrysostôme (3). Car les eaux qu'elle donne viennent d'en-haut. Le Saint-Esprit les distribue, et le Fils de Dieu en est le dispensateur.
IIIe CONSIDÉRATION.
Le second effet de ces eaux célestes est de réjouir l'esprit, et de nous remplir d'une sainte allégresse. Assurément, le Corps sacré de Jésus-Christ qui est dans ce Sacrement, est la source de toutes les délices, d'où coulent divers ruisseaux d'une divine douceur, qui se
(1) Joan. iv, 14.
(2) In vitis PP. libro 5. libello 18, n° 17.
(3) S. Chrysost. Hom. 45. in Joan. sub finem.
partagent à chaque faculté et à chaque vertu de notre âme. Ceux qui n'en reçoivent pas l'écoulement, ni l'accroissement de la vraie dévotion, deviennent secs et languissants, et manquent bientôt de force et de vigueur (1).
IVe CONSIDÉRATION.
Le troisième effet de ces eaux est de nourrir nos âmes, et de leur conserver la vie; ce sont des fontaines de lait qui nourrissent les enfants de Dieu. Venez, dit le prophète Isaïe, vous tous qui avez soif, aux eaux de la fontaine; hâtez-vous, achetez et mangez, vous qui êtes sans argent. Venez, achetez le vin et le lait sans argent, et sans aucun autre échange (2). Voilà de merveilleux marchands, dit saint Jérôme (3), sur ces paroles : Ils achètent des eaux sans argent par un admirable commerce; et, ce qui est encore plus étrange, ils ne les boivent pas, mais ils les mangent. Voulez-vous savoir comment ? Ils les mangent, parce que Jésus-Christ, qui est la fontaine d'eau vive, est aussi le pain qui est descendu du ciel, et qui s'est fait lait pour les enfants. Ils les achètent sans argent, c'està-dire, sans fraude et sans malice, qui est l'argent que le Saint-Esprit réprouve ; mais non pas sans amour et sans vertu, qui est un argent de bon aloi; un argent purifié et raffiné par le feu du Saint-Esprit. Méprisons donc cet argent impur qui ne nous peut faire acheter les eaux du Sauveur, et allons vers celui qui, tenant à
(1) Turrecremata, Tract, de Euch. c. 5. rationc 8.
(2) ls. 55.
(3) S. Hier, in c. 55. Isaiœ.
a l'école du tabernacle. 327
la main le calice de son sang, disait à ses apôtres : Recevez ce calice, et le buvez; car c'est mon sang qui sera répandu pour vous, pour la rémission des péchés.
CINQUIÈME LEÇON
Continuation des biens spirituels qu'apporte le bon usage de la fréquente communion.
Le Seigneur est mon Pasteur qui me conduit, je ne manquerai de rien :
il m'a mis en un lieu d'excellents pâturages. (Ps. xxn, 2.)
I" CONSIDERATION
Celui qui possède Jésus-Christ dans le saint Sacrement, ne peut manquer de rien pour sa perfection et pour son salut éternel. Lorsque ce bon Pasteur descend du ciel pour chercher une pauvre brebis, et la nourrir de sa chair et de son sang, il ne laisse pas ses trésors dans sa maison, disait le Père Alvarès(l), il n'oublie point ses miséricordes, ni ses douceurs, ni son pouvoir, ni ses excellences ; il ne vient point les mains vides, mais pleines de richesses spirituelles. C'est pourquoi qui a Dieu, a le comble de tous les biens; et le moyen le
(1) P. du Pont, in vitâ Patris Balth. Alvares.
plus efficace et le plus court pour posséder toutes choses, est d'en détourner la vue, et de ne désirer que Dieu seul, jusqu'à ce qu'on soit parfaitement uni à lui. Car c'est alors que s'accomplit ce que dit le Prophète-Roi : Il a rassasié une âme vide, il a rempli de biens une âme affamée (1).
0 bonté merveilleuse! ô faveur incompréhensible, que vous, mon Seigneur et mon Dieu, qui êtes le Créateur et la vie originale de tous les esprits, ne dédaigniez pas de venir dans une âme pauvre, et d'employer toutes les richesses de votre divinité et de votre humanité pour la combler de biens dans son indigence ! Oh ! heureuse l'âme qui a le bonheur de recevoir saintement et dévotement son Seigneur et son Dieu, et qui est comblée d'une joie spirituelle en le recevant! Oh! que le Seigneur qui la visite est grand! que l'hôte qu'elle reçoit est aimable ! que celui qui lui vient faire compagnie est doux! que l'ami qui la vient voir est fidèle! que l'époux qui veut s'unir à elle est beau, qu'il est grand, ^et qu'il mérite d'être aimé, puisqu'il passe infiniment tout ce qui se peut ou aimer ou désirer en cette vie! O mon bien-aimé, qui êtes les délices de mon âme, que le ciel et la terre, avec tout l'éclat dont vous les parez, se taisent et se cachent devant vous, parce qu'ils n'ont rien de beau et d'admirable que ce que vous leur avez donné, et que leur beauté n'égalera pas la vôtre, vous dont le nom est ineffable, et dont la sagesse est infinie (2).
(1) Ps. G VI, 9.
(2) Lib. 4. de lmit. Chrisli. c. 3. Cui titulus : Quod utile sU sœpe communicare.
a l'école du tabernacle. 329
IIe CONSIDERATION.
Méditez, en particulier, les fruits de la fréquente Communion.
1° L'âme fidèle qui en fait un bon usage, reçoit un grand accroissement de grâce et de gloire, soit à cause des actes de vertu qu'elle y pratique, et qui sont de grand mérite devant Dieu; soit parce que, comme dit le cardinal de Lugo, le propre effet de l'Eucharistie est d'accroître la grâce sanctifiante; non que les autres sacrements ne l'augmentent dans les justes qui les reçoivent, mais ce n'est pas la fin principale de leur institution. Le Baptême tend à la régénération des enfants de Dieu ; la Pénitence, à la réconciliation des pécheurs ; l'Ordre, au bon usage du pouvoir sacerdotal ; la Confirmation a pour fin de donner des forces pour confesser la foi; l'Extrême-Onction, pour combattre les tentations à l'heure de la mort ; le Mariage, pour porter les charges et les obligations de cet état. Mais le propre de l'Eucharistie est d'être à l'âme ce que l'aliment est au corps qu'il nourrit et qu'il fait croître. Par conséquent, elle regarde immédiatement et formellement par elle-même l'accroissement de la grâce, ce qui ne convient pas aux autres sacrements (1).
2° L'âme fidèle qui en fait un bon usage, reçoit avec la grâce sanctifiante l'accroissement des vertus théologales, de la Foi, de l'Espérance et de la Charité, car, comme un charbon qui est éteint, s'allume auprès d'un brasier ardent, de même le saint Sacrement, qui est la
(1) De Lugo, dise. i. de Sacr. Euch. sect. 2.
fournaise de l'amour, embrase l'âme qui le fréquente dévotement, et allume dans son cœur les plus pures flammes et les plus saintes ardeurs de la divine charité (1).
3° Il en est de même de toutes les vertus infuses et de tous les dons du Saint-Esprit, qui rendent lame flexible aux mouvements de la grâce ; si bien qu'après avoir communié , elle peut dire , si nous en croyons sainte Magdeleine de Pazzi : Conswnmatum est (2) : Tout est consommé. Parce que cette nourriture céleste contient toute sorte de biens ; et parce que Jésus-Christ produit dans l'âme toutes les vertus, tous les dons et toutes les grâces : de sorte qu'on ne peut rien désirer davantage, puisque c'est en lui que sont tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu.
4° Ce même Sacrement donne à nos corps un droit particulier à la résurrection, à cause de l'union qu'ils ont avec celui de Jésus-Christ , qui est une fleur miraculeuse dont la seule odeur, comme dit saint Bernard , ressuscite les morts (3) .
5° L'âme fidèle , en vertu de la sainte Communion , entre dans une étroite alliance avec son divin Époux , qui se donne à elle , comme le douaire que l'époux donne à son épouse , afin que cette chaste colombe conserve un doux souvenir de son bien-aimé (4).
6° Elle devient ensuite une excellente image de Jésus-Christ, qui lui inspire ses perfections divines et humaines, sa vie, ses mœurs et son esprit, ainsi qu'il
(1) Guill. Paris. Tract, de Euch.
(2) 4 Par. vitœ D. Magd. de Pazzi. c. 4.
(3) S. Bern. Serm. 2. de Adv.
(4) S. Bern. Serm. de Cœna Domini. post init.
A l'école du tabernacle. 331
le dit lui-même : Comme mon Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que je vis par mon Père, de même celui qui me mange, vivra par moi (1).
7° De plus , elle est dans cet état comme le sceau et le cachet de la divinité, qui ne porte pas seulement l'image du Saint des saints, mais qui l'imprime dans les autres. Ce qui a donné sujet à un savant évêque de dire que la Communion est une consécration et une sanctification de tout le peuple de Dieu (2) ; comme s'il voulait dire que celui qui participe aux divins mystères, devient lui-même un sacrement, qui cache dans son sein la source de la grâce, et qui la communique aux autres. Son âme est comme un ciel animé où Jésus-Christ pose le trône de sa gloire ; et d'où il éclaire le monde comme un soleil, répandant partout les rayons de sa lumière. Car celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, dit le Seigneur, demeure en moi, et je demeure en lui (3). S'il demeure en moi, n'y trouve-t-il pas le paradis? Si je demeure en lui, ne possède-t-il pas le Dieu du paradis ? et possédant la Divinité, ne devient-il pas lui-même Dieu? Il n'est pas Dieu comme moi, car je le suis par moi-même ; et l'homme n'est Dieu que parce qu'il me possède. Il ne vit pas comme moi par la génération éternelle, mais il me mange, moi que le Père éternel engendre, afin de vivre par moi, comme je vis par mon Père. Il y a donc de la ressemblance et de la différence entre le Fils unique et les enfants adoptifs du Très-Haut. Celui-là vit par la génération
(1) Joan. vi, 58.
(2) Guill. Paris Tract, de Euch.
(3) Joan. 6.
éternelle ; et ceux-ci vivent parce qu'ils mangent la chair du Fils, qui est le seul engendré du Père. Mais cette différence ne leur porte point de préjudice. Car ils ne sont pas des dieux par droit de naissance , ils le sont en mangeant celui qui est né et prédestiné Fils de Dieu de toute éternité, avec lequel ils ne font qu'un (1). Oh! bonheur inestimable de celui qui fait un saint usage du Sacrement! Il possède le Dieu du paradis, il est le paradis et la demeure de Dieu, il est avec un Dieu même. Allez donc souvent aux sacrés autels pour y pratiquer ce que vous ferez un jour dans le ciel , étant tout abîmé dans la divinité. Adorez et aimez ardemment Jésus-Christ, le doux hôte de votre cœur. Regardez ce cœur comme le sanctuaire où les anges viendraient infailliblement se rendre, si le paradis leur manquait. Y a-t-il peine, fatigue, travail, qu'on ne dût volontiers embrasser pour se rendre digne de cet honneur?
* IIP CONSIDÉRATION.
Pesez la perte que fait celui qui , par tiédeur ou par erreur, s'éloigne des sacrements et néglige de participer aux divins mystères.
1° Il se prive de tous les biens que la fréquente Communion apporte à l'àme qui en fait un bon usage (2) ; de la rémission de ses péchés, de la protection particulière de Dieu contre les tentations du démon, de cette céleste rosée qui éteint le feu de la concupis-
(1) Rupertus, in Joan. G.
(2) S. Bonav. de prxpa. ad Missam.
a l'école du tabernacle. 333
cence, de la diminution des peines que ces péchés méritent, de l'accroissement de la foi, de l'espérance, de la charité, et de toutes les vertus surnaturelles, des dons du Saint-Esprit, des lumières et des grâces actuelles, de la ferveur, de la dévotion, et de tous les autres secours sans lesquels il est difficile de faire des progrès dans la vie spirituelle.
2° Il quitte le viatique si nécessaire pour le voyage de l'éternité, s'exposant à la mort de son âme ; parce que, s'il ne prend pas l'aliment du Corps de Jésus- Christ qui entretient la vie de l'esprit, il devient comme un membre sec et décharné, qui ne reçoit point de nourriture (1).
3° Enfin, il anéantit, autant qu'il est en lui, le culte divin, et l'honneur suprême qui est dû au Créateur, se montrant ingrat et méconnaissant de ses bienfaits, et faisant voir le peu d'amour qu'il a pour son Sauveur qui se donne si librement à lui (2).
Ecoutons donc cet important avis de saint Cvrille : Si nous aimons passionnément la vie, et si nous désirons avoir en nous Celui qui donne l'immortalité, ne refusons point la divine Eucharistie, comme font les âmes tièdes qui négligent trop leur salut, et gardonsnous de tomber dans le filet et dans le piège que le démon, infiniment artificieux, nous tend sous un faux et pernicieux prétexte de religion et de respect. Oh! si vous saviez le bien que Notre Seigneur vous veut faire dans cette action, disait la bienheureuse Victoire aux personnes scrupuleuses, vous embrasseriez
(1) S. Bonav. deprxpa. ad Missam.
(2) Ibidem.
une occasion favorable avec beaucoup plus de reconnaissance et d'amour.
SIXIÈME LEÇON
La fréquente communion est le plus excellent moyen de reconnaître les bénéfices divins.
Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu'il m'a faits? Je prendrai le calice du salut. (Psal. 115. 3.)
P* CONSIDERATION
Saint Bonaventure apporte plusieurs motifs qui peuvent exciter les prêtres à célébrer la messe et les fidèles à communier souvent, dont nous ferons le sujet des leçons suivantes.
Quelques-uns, dit ce saint docteur, sont attirés par le désir de rendre à Dieu les actions de grâces qu'ils lui doivent pour les bénéfices qu'ils ont reçus de sa libéralité , parce qu'ils n'ont rien qui soit plus digne de lui être offert, en reconnaissance de ses bienfaits, que de prendre le calice du salut, c'est-à-dire de recevoir Jésus-Christ (1). En effet, si les présents servent à témoigner notre reconnaissance envers nos bienfaiteurs, quel présent pouvons-nous offrir au Père Eternel qui lui
(1) S. Bonavent. de Procès, relig. îib. I. cl.
a l'école du tabernacle. 335
soit plus agréable que son propre Fils, qu'il nous a donné lui-même pour nous acquitter de nos dettes? N'est-ce pas pour cela que ce Fils bien-aimé a établi l'Eucharistie , et, comme dit saint Irénée , qu'il a enseigné à ses disciples cette nouvelle offrande de son corps et de son sang, propre du nouveau Testament, de peur qu'ils ne fussent stériles et ingrats (1)? N'est-ce pas à ce dessein que l'Église l'ayant apprise et reçue des apôtres, l'offre maintenant à Dieu dans toutes les parties du monde (2)? N'est-ce pas par la même raison que le prêtre dit au nom de tous les fidèles après la consécration : Nous donc, Seigneur, qui sommes vos serviteurs et votre peuple saint, nous ressouvenant de la bienheureuse passion de Jésus-Christ, votre Fils, notre Seigneur, et de sa résurrection des enfers, comme aussi de son ascension glorieuse au Ciel , nous offrons à votre incomparable majesté , de vos dons que vous nous avez faits , une hostie pure, une hostie sainte, une hostie immaculée , le saint pain de vie éternelle et le calice du salut perpétuel.
IIe CONSIDÉRATION.
D'ailleurs , si le souvenir d'un bienfait nous oblige à remercier son auteur et à lui donner les louanges qu'il mérite, quelle action de grâces peut égaler celle de Jésus-Christ , qui, étant le bienfaiteur et le bienfait universel, a bien voulu suppléer à notre impuissance, et par une admirable substitution, être lui-même, pour
(1) S. Irenseus. lib. 4. adversus hereres. c. 32.
(2) Ibidem.
ainsi dire, notre action de grâces dans la divine Eucharistie , que les saints pères ont appelée de ce nom , non seulement parce qu'elle contient la source de toutes les grâces et de tous les dons de Dieu ; non seulement parce que c'est la grâce par excellence, le don des dons, don gratuit qui ne vient que d'un excès d'amour, mais encore parce qu'elle en est une parfaite reconnaissance, un monument perpétuel de notre gratitude envers Dieu et une louange continuelle de ses bontés (1). Sans cela, que pourrions-nous lui offrir, et quel sacrifice de louanges pourrait répondre à la grandeur de ses bienfaits? Je ne puis, Seigneur, vous louer sans vous, dit saint Augustin dans ses plus amoureux entretiens avec Dieu, je n'en suis pas digne ; mais donnezvous à moi ; donnez-moi votre Fils , votre Verbe incarné, votre Verbe crucifié , votre Verbe sacrifié, qui est votre gloire, alors je vous louerai ; car de moi que suis-je, Seigneur, pour être capable de vous louer? Les ténèbres sont-elles dignes de louer la lumière ? La mort sera-t-çlle capable de louer la vie? Cependant, vous êtes la lumière, et moi je ne suis que ténèbres ; vous êtes la vie, et moi je suis la proie de la mort (2). Admirez ici la sagesse du Père éternel , qui nous a donné, lorsque nous étions encore ses ennemis, ce qu'il avait de plus précieux , à savoir son Fils unique , et non seulement il nous l'a donné , mais il en a fait encore notre festin délicieux et n'a rien épargné de ce qui pouvait procurer notre salut , soit en nous comblant de ses biens, soit en nous donnant, par l'abondance même
(i) S. Ghrisost. Iwm. 26. Mallhxum.
(2) S. Aug. in solil. c. 10.
a l'école du tabernacle. 337
de ses dons , le moyen de lui en rendre gloire et de ne pas en être méconnaissants (1).
Admirez, en second lieu, la sagesse incompréhensible du Fils qui, sachant l'ingratitude des hommes envers Dieu , a trouvé un moyen si merveilleux de suppléer à leurs défauts en prenant leur place et faisant pour eux , par les richesses de sa miséricorde , ce qu'ils devaient faire eux-mêmes par obligation et par devoir (2).
IIIe CONSIDÉRATION.
Il passe encore plus avant et, par une autre merveille aussi surprenante , il rend l'homme capable d'égaler les bienfaits de Dieu par son offrande , et souvent même de les surpasser et de lui donner plus qu'il n'a reçu ; car ne pouvant de lui-même reconnaître dignement le moindre des bénéfices divins , en offrant à son bienfaiteur le sacrifice de la Messe, il lui rend plus que sa bonté ne peut donner par tous les biens créés. Et de plus , le Fils de Dieu n'ayant donné sa vie pour l'homme qu'une fois sur le Calvaire, le prêtre, par un pouvoir comme infini qu'il tient de lui , en célébrant les saints mystères , lui rend une manière d'être miraculeuse, sous les espèces du pain et du vin , autant de fois et en autant de lieux qu'il les consacre , et , par conséquent, le redonne autant de fois à son Père en hommage de reconnaissance de ses bienfaits.
En vérité , Notre Seigneur, en donnant ce pouvoir
(1) S. Ghrysost. hom. 26, in Matthœum.
(2) Ibidem.
aux prêtres et par leur ministère à tous les fidèles , ne fait-il pas assez paraître combien il désire qu'ils l'exercent souvent, et, s'il le désire, n'est-il pas juste de le faire avec toute la joie et la ferveur imaginables (1) ? Il est véritablement digne de votre grandeur et de notre devoir ; il est juste , il est équitable et salutaire, Seigneur, qui êtes saint, Père tout-puissant, Dieu éternel , de vous rendre grâces en tout temps et en tout lieu par Notre-Seigneur Jésus -Christ. Verè dignum etjustum est. 0 source inépuisable de libéralité , il est trop juste que je m'acquitte de ce devoir, car je crois et je confesse que tout ce que j'ai d'être, de vie, de puissance et de grâces, soit au corps ou dans l'âme , vient de votre pure miséricorde : Domine sancte , Pater omnipotens, œterne JDens. Je reconnais humblement que vous êtes mon souverain Seigneur, de qui je dépends absolument et à qui je dois tout ; que vous êtes saint par essence et par conséquent la cause universelle de toute la sainteté qui est en moi et dans toutes vos créatures ; que vous êtes notre Père qui nous avez adoptés pour vos enfants et pour les héritiers de votre royaume , et par un amour gratuit dont nous vous sommes infiniment redevables ; que vous êtes tout-puissant et que vous n'employez de vous-même votre puissance qu'à nous faire du bien et à nous tirer de nos misères; enfin, que vous êtes notre Dieu, qui de toute éternité avez conçu des desseins si favorables et si avantageux pour nous que, pour les reconnaître, toutes les louanges des esprits bienheureux sont trop peu de choses, quoiqu'elles soient éternelles. Agréez néan-
(l) I. Thcss. 5. 18.
a l'école du tabernacle. 339
moins, mon souverain bienfaiteur, que mon cœur, tout faible qu'il est , fasse un effort pour vous rendre mes vœux et vous témoigner que tous les biens dont vous me comblez tous les jours sont d'un prix infini dans mon estime , parce qu'ils partent de votre main infiniment libérale , et que vous les faites à une personne infiniment vile et indigne. Me voici à dessein prosterné aux pieds des autels , exposé aux yeux des hommes et des anges, pour publier à tout le monde les faveurs inestimables dont vous m'avez prévenu et pour vous protester que je suis résolu de m 'employer désormais à vous rendre tous les services que vous désirez de moi et toute l'obéissance que je dois à vos commandements. Ce n'est pas par moi-même que je vous offre ce témoignage de ma reconnaissance, c'est par votre Fils bien-aimé, Notre Seigneur Jésus-Christ. Per Christian Bominum nostrum. C'est sur l'autel de son cœur que je vous offre le sacrifice de ses louanges et de sa propre vie qu'il a immolée sur la croix, en reconnaissance de tous les biens que vous me faites. C'est lui-même que je vous présente comme une victime d'amour qui, par un admirable transport, s'est fait de mon bienfaiteur mon action de grâces, afin que je ne sois plus ingrat. Seigneur, vous êtes mon Dieu, je vous glorifierai et je bénirai votre nom, parce que vous avez fait des merveilles et que vous avez accompli vos desseins anciens et fidèles (1).
(1) Isa. 25.
SEPTIÈME LEÇON
La fréquente communion est le plus excellent moyen que nous puissions employer pour obtenir tout ce que nous demandons à Dieu.
J'ai écouté favorablement votre prière, et j'ai choisi ce lieu pour ma maison, où l'on m'offrira des sacrifices... Mes yeux seront aussi ouverts et mes oreilles attentives à la prière de celui qui priera en ce lieu. (L. 2. Parab. 7. 13.)
P* CONSIDÉRATION
Quelques-uns, dit saint Bonaventure, sont attirés à la communion par le désir d'obtenir quelque grâce ou quelque bénéfice divin par l'intercession de celui auquel le Père éternel ne peut rien refuser (1). Ce moyen est le plus efficace qu'on puisse employer pour obtenir de Dieu ce qu'on lui demande, comme dit saint Laurent Justinien : On ne peut lui offrir des sacrifices, soit pour le louer, soit pour le remercier, soit pour demander le pardon de nos péchés , soit pour obtenir la gloire éternelle, qui lui soit plus agréable que le saint et sacré mystère du corps et du sang de Jésus-Christ. La raison est que le sacrifice de la messe
(1) S. Bonav., hco sup. cttato, 40.
a l'école du tabernacle. 341
est une vive expression de la passion de notre Médiateur, qui représente parfaitement les opprobres qu'il a souffert, les fouets dont il a été déchiré, les clous dont il a été percé, le fiel et le vinaigre dont il a été abreuvé et qui fait revivre tous les jours d'une manière admirable le sacrifice de la croix (1).
En effet, la sainte messe n'est pas une simple figure du sacrifice de la croix. On y sacrifie la même victime qui s'immola sur la croix pour la rédemption du monde. Que faisons-nous donc, nous autres, dit saint Chrysostôme? Ne sacrifions-nous pas tous les jours? Oui, certainement nous sacrifions, mais nous offrons ce sacrifice en mémoire de la mort de Jésus-Christ, et l'hostie que nous offrons est unique, nous n'en offrons pas plusieurs. Comment est-elle unique, et pourquoi n'y en a-t-il plusieurs? Parce qu'elle a été une seule fois offerte sur le Calvaire, et le sacrifice que nous faisons en est un extrait qui est la même chose que son original; car nous ne sacrifions pas aujourd'hui un agneau, demain un autre, mais toujours le même. Autrement, parce qu'il est offert en plusieurs lieux, s'ensuit-il qu'il y ait plusieurs Christs? Nullement; mais partout c'est le même Christ : il est ici tout entier, il est aussi là tout entier. C'est toujours un même corps, et non pas plusieurs corps; c'est aussi un même sacrifice. Notre Pontife est celui qui a offert le premier l'hostie qui nous purifie, et maintenant nous offrons encore la même qui fut offerte alors et qui ne peut être consumée. De là vient que le Père éternel, voyant les sacrées plaies de son Fils qu'on lui présente, est
(l) S. Laur. Justin., serm. de Eueh., n. 2(5.
si libéral à donner ce qu'on lui demande ; car que pourrait-il refuser aux prières de l'Église à la vue de ces adorables plaies? Que pourrait-il refuser à son propre Fils, qui les lui présente lui-même, et qui joint ses prières à celles de l'Église et des ministres qu'elle députe pour les porter à l'autel?
IIe CONSIDERATION.
Ce n'est pas seulement l'Église qui prie pour nous par l'entremise des prêtres, c'est Jésus-Christ qui parle en notre faveur, et qui veut bien être l'avocat des pauvres et leur solliciteur, qui s'est donné à eux pour porter leurs vœux sur l'autel de son sacré corps. Pensez-vous, dit Paschasse, que Jésus-Christ, ce divin pontife, qui est le distributeur des biens à venir, ait un autre autel que son sacré corps, par lequel et sur lequel il offre les vœux des fidèles et la foi des croyants (1)? Son corps est le tabernacle plus grand et plus parfait que le tabernacle ancien, par lequel il est entré une fois pour toujours dans le sanctuaire, ayant accompli pour jamais la rédemption du monde par l'effusion de son sang, comme dit saint Paul (Hébr., 9, 11). Son corps est encore aujourd'hui l'autel sur lequel nous répandons nos cœurs et nous présentons nos vœux, qu'il appuie de ses prières pour les rendre plus efficaces. Son corps est la victime et le don précieux, don ineffable, don glorieux, don adorable, don divin, don inestimable, don qui surpasse toute plé-
(i) Paschasius, lib. de corp. et sang. Christi, c. 8.
nitude, par lequel il apaise la colère de son Père et nous le rend favorable (1). On offre au Père éternel la sainte humanité de son Fils , à ce qu'il reconnaisse celui qu'il a engendré et qu'il a envoyé ici-bas pour le salut des hommes, afin que par sa médiation, il donne le pardon à ceux qui l'offensent, la main à ceux qui sont tombés et la vie à ceux qui sont justifiés. Ce même Rédempteur conjure instamment son Père, en lui montrant ses plaies, afin qu'à sa prière il préserve les hommes des supplices éternels (2). Peut-on trouver un moyen plus sur pour obtenir de Dieu toute sorte de faveurs? Quel bien, soit temporel ou spirituel, peut-on souhaiter, que Dieu n'ait souvent accordé en vertu des saints mystères? Saint Bernard rendit la parole à un muet en célébrant la messe ; saint Anselme guérit un malade d'une furieuse colique ; saint Albert délivra les pauvres de la famine ; saint Maurille ressuscita un mort, qui se leva à la fin du Sacrifice, pendant que le saint prêchait au peuple, et le remercia en pleine assemblée de ce qu'il lui avait rendu la vie ; le Père Gaspard Barzé, de la Compagnie de Jésus, guérit un agonisant, et saint Augustin assure qu'un prêtre de son clergé délivra une maison qui était infestée des démons, et en chassa ces esprits de ténèbres par la force du sacrifice (3). 0 sacré ministre du Souverain-Pontife des biens futurs, les paroles divines avec lesquelles vous consacrez l'hostie n'ont pas moins de force dans votre bouche que dans celle de ces grands saints.
(1) Verb. 4, in décret de festo corporis Chrisli.
(2) S. Lan, Justi.
(3) S. Aug., lib. 22, de cil, c. 8.
Oserais-je dire qu'elles n'ont pas moins de force qu'en celle de Jésus-Christ, parce que leur vertu ne dépend pas de vous, mais de lui seul, qui les a prononcées pour faire le premier ce que vous faites en son nom et par son ordre. Ne négligez donc pas le pouvoir qu'il vous donne, ni la grâce qui est en vous. Ecoutez avec respect et confiance ce qu'il vous dit : Les paroles que vous recevez de moi seront toujours en votre bouche, et les dons que vous m'offrirez sur mon autel me seront fort agréables (1). Le Seigneur agréera de telles victimes et s'apaisera et remettra les plus grands crimes; car, en matière de sacrifice, il n'y a rien de plus considérable que le corps et le sang de Jésus- Christ. Il n'y a point d'offrande plus précieuse; elle excelle par dessus toutes les autres (2) ; et comme elle est la plus excellente, on doit aussi l'offrir arec plus de pureté, de ferveur et de respect.
. IIIe CONSIDERATION.
Vous demanderez peut-être comment on doit entendre ce que disent les saints Pères, que le sacrifice de la messe remet les plus grands crimes, vu que c'est le propre effet de la contrition et du sacrement de pénitence. Je réponds avec le concile de Trente, que par le moyen de cette divine offrande nous obtenons de Dieu des grâces actuelles qui nous excitent à contrition et nous disposent au sacrement de péni-
(l) Introilu missa de S. Clément, ex I saie, o. 56, 7.
(1) Alex. F, papa et martyr, epat 1 ad, omnes orthodoxos, c. 4.
a l'école du tabernacle. 345
tence. Voici ces propres paroles : Parce que le même Jésus-Christ, qui s'est offert une fois lui-même sur l'autel de la croix avec effusion de son sang, est contenu et immolé sans effusion de sang dans ce divin sacrifice qui s'accomplit à la messe, le saint concile dit et déclare que ce sacrifice est véritablement propitiatoire et que par lui nous obtenons miséricorde et trouvons grâce et secours au besoin, si nous approchons de Dieu contrits et pénitents avec un cœur sincère, une foi droite et dans un esprit de crainte et de respect, car Notre-Seigneur apaisé par cette offrande, et accordant la grâce et le don de pénitence, remet les crimes et les péchés, même les plus grands, puisque c'est la même et unique hostie, et que c'est le même qui s'offrit autrefois sur la croix, qui s'offre encore à présent par le ministère des prêtres, n'y ayant de différence que par la manière d'offrir. Et c'est même par le moyen de cette oblation non sanglante que l'on reçoit avec abondance le fruit de celle qui s'est faite avec effusion de sang, tant s'en faut que par elle on déroge en aucune façon à la première.
C'est par cette raison que le concile, suivant le sentiment des Pères, exhorte tous les fidèles à la fréquente communion, après, dit saint Ambroise, que le sang de Jésus-Christ est offert tous les jours pour la rémission des péchés (1); parce que, selon saint Chrysostôme, c'est la source de tous les biens et le remède de tous les maux; et enfin, parce qu'il n'y a rien de meilleur, dit saint Ignace martyr. Assemblez- vous tous en un même lieu pour prier;
(1) S. Ambr. lib. 4. Sacr. c. 6.
n'ayez tous qu'une prière, un esprit, une espérance, accompagnée de charité et d'une foi irréprochable en Jésus-Christ, parce que rien n'est meilleur que lui. Venez tous ensemble à l'église de Dieu, comme si vous n'étiez qu'un, ainsi que vous venez au même autel et à un même Jésus-Christ qui est le souverain pontife du Dieu vivant (1).
HUITIÈME LEÇON
L'Eucharistie est le plus excellent moyen que nous ayons pour délivrer les âmes du Purgatoire.
Judas, vaillant homme, poussé par un juste et religieux sentiment de la résurrection, ayant amassé, dans une quête générale, douze mille drachmes d'argent, les envoya au temple de Jérusalem, afin d'y offrir un sacrifice pour les péchés des morts.
Ire CONSIDERATION.
Quelques-uns, dit saint Bonaventure, sont attirés à communier ou à célébrer par un motif de charité et de compassion envers le prochain, parce qu'il n'y a rien qui intercède plus efficacement pour le salut des
(1) Agnus ep. ad Magnesiam.
a l'école du tabernacle. 347
vivants et des morts que le sang de Jésus-Christ, qui a été répandu pour nous. C'est de ce Sang que nous tirons le plus grand secours lorsque nous prions Dieu, et que nous invoquons cet Intercesseur qui nous a réconciliés avec son Père et qui prie sans cesse pour nous (1). De là vient la pratique générale de l'Eglise universelle, qui n'omet jamais la prière pour les morts dans toutes les liturgies que le Saint-Esprit a inspirées aux saints qui nous les ont enseignées. Nous lisons dans les livres des Machabées, dit saint Augustin, qu'on a offert des sacrifices pour les morts; mais quand on n'en trouverait rien dans les écritures de l'ancien Testament, l'autorité de l'Église universelle, qui observe cette coutume, n'est pas peu considérable, vu que dans les prières que le prêtre offre à Dieu, à son autel, la recommandation des morts a toujours son lieu, aussi bien que celle des vivants. Nous en voyons l'usage dans toutes les liturgies, soit des Latins ou des Grecs.
Dans la liturgie de saint Jacques : Seigneur, faites que notre offrande vous soit agréable ; recevez-la, Seigneur, pour le repos de ceux qui sont décédés avant nous (2).
Dans la liturgie de saint Marc : donnez, s'il vous plaît, Seigneur, le repos aux âmes de nos pères et de nos frères qui sont morts dans la foi de Jésus- Christ (3).
Dans la liturgie de saint Matthieu : Seigneur, sou-
ci) Pilatus Don de proc. rel. proc. 7. c. 22.
(2) Litur. Jacobi.
(3) Litur. S. Marc.
venez- vous des princes, des prélats et des rois qui sont décédés, et généralement de tous ceux qui sont morts dans la vraie foi (1).
Dans la liturgie de saint Pierre, dont nous usions dans l'Eglise romaine : Seigneur Jésus-Christ, roi de gloire', délivrez les âmes de tous les fidèles trépassés des peines de l'enfer... Que l'ange qui porte votre bannière, saint Michel, les conduise dans cette sainte lumière que vous avez promise autrefois à Abraham et à sa postérité; Seigneur, nous vous offrons des hosties et des prières de louanges; recevez-les, s'il vous plaît, pour ces âmes, dont nous faisons aujourd'hui mémoire; faites-les passer, Seigneur, de la mort à la vie que vous avez autrefois promise à Abraham et à sa postérité.
IIe CONSIDÉRATION.
Il paraît par là que cette sainte pratique a été établie par les apStres, comme dit saint Jean Damascène, et que depuis, ayant été confirmée par les conciles, recommandée par les saints et reçue dans toutes les églises, elle a continué jusqu'ici et continuera jusqu'à la consommation des siècles. Le sacrifice de l'Eglise est un sacrifice perpétuel, comme le dit le prophète Daniel, qui ne finira qu'avec le monde; c'est la propitiation perpétuelle du prêtre tout-puissant et éternel, dit saint Léon. On ne peut pas douter de sa valeur, ni de sa perpétuité, puisque c'est un pontife toutpuissant et perpétuel qui l'a institué; et puis c'est
(1) Litur. S. Matth.
a l'école du tabernacle. 349
un usage que nous avons appris par la tradition, et une pratique de l'Église universelle, qu'on prie Dieu pour ceux qui sont morts dans la communion du corps de Jésus-Christ, lorsqu'on vient au lieu de la messe où l'on fait mémoire d'eux. Il ne peut rien se dire de plus exprès ni de plus fort sur ce sujet que le témoignage de saint Jean Damascène : les disciples du Verbe incarné, qui ont eu le bonheur de le voir, et qui ont conquis l'univers, les disciples, dis-je, du Sauveur, et les divins apôtres ont laissé, par tradition, que dans les redoutables mystères, qui sont les pures sources de vie, on ferait mémoire de ceux qui sont morts dans la foi; ce que l'Église catholique et apostolique a toujours retenu fermement, constamment et incontestablement du commencement jusqu'à la fin, depuis ce temps-là jusqu'à ce jour, et qu'elle retiendra toujours ce peu de temps que le monde subsistera (1).
Ne dites pas : A quoi bon tant de messes et d'obits à perpétuité? Les apôtres n'ont point établi cette pratique sans l'avoir bien considérée; car la religion chrétienne, qui est éloignée de toute erreur, n'a jamais rien reçu ni gardé constamment qui fût inutile, ou plutôt qui ne fût très-profitable, très-agréable à Dieu, très-utile et très-avantageux pour le salut (2). On n'a pas inventé ceci à plaisir, dit saint Chrysostôme, et ce n'est pas en vain que dans les Mystères divins nous célébrons la mémoire des défunts ou que nous prions pour eux l'Agneau qui est sur l'autel et qui efface les
(1) S. Damas, inorat.
(2) ibidem.
péchés du monde ; c'est afin de leur apporter quelque soulagement. Ce n'est pas aussi sans raison que celui qui est à l'autel crie à haute voix , pendant les redoutables Mystères : Pour tous les défunts en Jésus-Christ et pour ceux qui célèbrent leur mémoire. On ne dirait jamais cela, si on ne faisait des commémoraisons pour eux, car nos Mystères ne sont pas des actions de théâtre, Dieu nous en garde ; on les fait par l'inspiration du Saint-Esprit (1).
« Secourons-les donc, mes frères, et offrons des sacrifices pour eux ; car si les sacrifices de Job purifient ses enfants, doutez-vous qu'en sacrifiant pour les morts nous ne leur apportions du soulagement? Dieu a coutume de gratifier les uns pour l'amour des autres, comme saint Paul le montre ici, afin, dit-il, que la grâce que nous avons reçue en considération de plusieurs personnes soit aussi reconnue par ces actions de grâces que plusieurs rendront pour nous. Ne nous lassons donc pas de secourir les morts par nos vœux et par nos prières. La prière est la commune victime du monde ; aussi nous l'offrons avec une parfaite confiance pour tout le monde, et nous faisons mémoire des morts entre les martyrs, les confesseurs et les prêtres; car nous ne sommes qu'un corps, quoiqu'en ce corps il y ait des membres plus excellents les uns que les autres. Nous avons de tous côtés des moyens d'obtenir leur pardon, soit par les prières, soit par les aumônes, soit par les offrandes, soit par la communion des Saints, qui ne font avec eux qu'un même corps. »
(1) S. Chrysost. Hom. 41 in primant ep. ad Corinth. Vide etiam 3 in ep. ad Philippenses.
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IIIe CONSIDERATION.
Mais entre tous ces moyens, le plus efficace et le plus infaillible est le sacrifice de la messe et la communion, surtout lorsqu'elle est générale et que l'on expose le Très-Saint-Sacrement , afin d'exciter la dévotion des fidèles et fortifier leurs prières par la présence et le secours de Jésus-Christ, qui les unit aux siennes, pour le soulagement de ces saintes âmes qui souffrent encore dans les prisons de la justice divine.
Trois choses rendent cette pratique considérable : l'indulgence du souverain pontife qui est attachée à la communion ; la multitude des communiants, qui est si grande en quelques lieux, qu'on en a compté quelquefois à Rome trente-deux mille en un seul jour ; et la ferveur avec laquelle ils conspirent ensemble, comme à l'envie, les uns des autres au soulagement des morts, et par leurs prières, et par leurs aumônes, et par leurs jeûnes et autres mortifications du corps ; mais le divin Agneau, qui se donne à chacun d'eux en particulier, y contribue plus incomparablement lui seul que tous ensemble ne pourraient faire ; car si le Pape a pouvoir d'octroyer des indulgences en faveur des morts, combien à plus forte raison Jésus-Christ le peut-il lui qui est le maître des grâces , le possesseur de tous les trésors des indulgences et, comme dit saint Vincent-Ferrier, le Pape éternel qui a le pouvoir originaire et dont les autres ne sont que ses vicaires? Si les prières ont un grand pouvoir sur le cœur de Dieu, quelles prières plus efficaces que celles
de son sang et de ses plaies, que Salmeron appelle la langue de la charité, et l'évangile vivant, qui publie la loi d'amour (1). Enfin, si les aumônes et les offrandes sont reçues en paiement de la justice de Dieu, quelle rançon plus précieuse que le sacré corps de Jésus-Christ qui, après avoir tout fait, tout souffert et tout donné pour le salut des vivants et des morts, eut tant de bonté, comme dit saint Bernard, qu'il voulut bien descendre dans les enfers pour visiter ses amis et les mettre en liberté. Yoilà l'admirable exemple qu'il nous donne ; suivons-le avec ferveur et, joignant souvent dans la communion notre faible charité avec sa toute-puissante miséricorde, disons-lui avec saint Chrysostôme dans sa liturgie : Respice ad me peccatorem, ut assistam sanctœ tuœ huic mensœ et offeram sanctum immaculatum corpus tuum et pretiorum sanguinem. Tu enim es, qui es offerens et accipiens, et dans, Christe JDeus noster*
(1) S. Vincent-Ferr. , $trm. in sabb. Paschx tom. 10. trait. 7.
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NEUVIÈME LEÇON
Le fréquent usage de la Communion est le plus excellent moyen pour arriver à la perfection.
Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et ce pain, c'est ma chair que je donnerai pour la vie du monde.
(Joan. 6. 51.)
I" CONSIDÉRATION
Pour établir cette vérité, il faut supposer, en premier lieu, que c'est par les sacrements de l'Église, comme dit le concile de Trente, que toute vraie justice, ou prend son commencement, ou s'augmente lorsqu elle est commencée, ou se répare lorsqu'elle est perdue.
Il faut supposer, en second lieu, que tous les sacrements ont cela de commun qu'ils confèrent effectivement la grâce qu'ils signifient, c'est-à-dire la grâce sanctifiante, qui est la vraie justice et la vie de l'âme; mais que chacun, outre cela, a ses effets particuliers qui lui sont propres. Le propre du baptême est d'effacer le péché originel et de conférer la première grâce sanctifiante à ceux qui le reçoivent dignement. Le propre du sacrement de pénitence est de rendre la vie
de la grâce à ceux qui l'ont perdue; mais le propre du Très- Saint- Sacrement est de la nourrir et de la perfectionner, en nous unissant au corps réel et mystique de Jésus-Christ, suivant le concile de Florence, sous Eugène IV, dont voici les termes : L'effet que ce sacrement opère dans l'âme de celui qui le reçoit dignement, est d'unir l'homme à Jésus-Christ , et parce que l'homme est incorporé à Jésus-Christ et uni à ses membres par la grâce, il s'ensuit que par ce sacrement la grâce est augmentée en ceux qui le reçoivent dignement, et qu'il opère en eux à l'égard de la vie spirituelle, tous les effets que la nourriture matérielle produit à l'égard de la vie du corps (1). Cela supposé, il faut voir comment se fait cette union de l'homme avec le corps réel et mystique de Jésus- Christ, par le moyen de l'Eucharistie, et quels effets elle produit dans l'âme pour la conduire à la perfection.
IIe CONSIDÉRATION.
Premièrement donc, je dis que le Verbe incarné, en vertu de la Communion, s'unit à l'entendement de celui qui le reçoit en augmentant sa foi par les lumières actuelles qui sont attachées au sacrement ; car saint Paul nous enseigne que c'est par la foi qu'on s'approche de Dieu (2); et saint Ambroise en apporte la raison, parce que le baiser du Verbe n'est autre chose que la lumière de la connaissance divine (3); or, l'Eu-
([) In decreto Eugen. IV.
(2) Herb. II.
C3) S. Ambroise, lib. de lias ti anima, c. 3.
k l'école du tabernacle. 355
charistie est un mystère de foi, non seulement parce que c'en est un excellent objet, mais encore parce que c'en est une des plus vives sources. C'est là que s'accomplit la prophétie d'Osée: je ferai alliance avec vous par le moyen de la foi; et vous connaîtrez par expérience que je suis le Seigneur (1). Ce bonheur arriva effectivement aux disciples qui allaient à Emmaùs ; car ils ne connurent point le Fils de Dieu pendant leur voyage ; mais sitôt qu'il leur eût rompu le pain de vie, il leur ouvrit les yeux et les remplit d'une si vive foi de la résurrection, qu'ils partirent à l'instant pour en être témoins et l'allèrent annoncer aux apôtres. Ils le connurent par la Communion et recouvrèrent en même temps la paix de l'âme, la joie de l'esprit, la vue de leur maître et cette divine alliance par laquelle l'entendement humain devient l'époux de la première vérité; car c'est ainsi que parle le savant évêque de Paris.
IIP CONSIDÉRATION.
Secondement, il s'unit à la personne qui communie et lui imprime un très-doux souvenir de sa vie et de sa mort, de tous les maux qu'il a soufferts pour elle et de tous les biens qu'il lui prépare. 0 très-doux Jésus, vous avez richement doté votre très-noble épouse, en vous donnant vous-même à elle sous les voiles du sacrement , afin que votre chaste colombe ait un gage précieux de votre amour qui la fît souvenir agréablement de son bien-aimé. 0 souvenir vraiment plein de douceur et d'une singulière piété, d'annoncer la
(!) Os., 2. 20.
mort du Sauveur jusqu'à ce qu'il vienne ! 0 mort de Jésus-Christ, œuvre sans exemple, humilité sans mesure, don sans prix, grâce sans mérite ! Que faitesvous, homme ingrat ? approchez- vous plus souvent et plus dévotement du sacrement de l'autel, pour adorer et remercier l'auteur du salut qui a tant souffert pour vous, la source de la vie qui s'est livrée à la mort, et la force même affaiblie et anéantie sous la pesanteur de la croix. 0 Jésus ! la mémoire de votre mort, que nous célébrons à l'autel, est comme un parfum délicieux, comme l'odeur de l'encens durant l'été, comme une campagne couverte de plantes aromatiques que le soleil purifie par la chaleur de ses rayons, comme les roses aux plus beaux jours du printemps, et comme les lys qui croissent près du courant des eaux. Réjouissez- vous, chère épouse , soyez ravie de joie, vous avez pour chef votre époux , qui vous conduit dans les combats où vous engage l'exil de la vie présente, vous avez un gage, vous avez un autel pour arrhes, qui vous donnent droit de vous unir un jour avec votre époux dans la gloire, glorieuse et aimable épouse. Vous avez maintenant votre époux dans le sacrement, et vous l'aurez un jour sans voile dans le ciel. Il est véritablement ici et là ; mais ici il est couvert d'un voile, là il est à découvert.
IVe CONSIDÉRATION.
En troisième lieu , il s'unit à la volonté pour la remplir d'amour et de joie; car, comme dit le pape Clément V, nous avons dans ce sacrement toutes sortes de délices et de saveurs, et nous pouvons y goûter toute
a l'école du tabernacle. 357
la douceur du Seigneur. Quel cœur, dit saint Laurent- Justinien, fût-il plus dur que le fer et le diamant, ne serait attendri de dévotion , lorsqu'il se sent uni corporellement à son Dieu et Dieu à lui? L'esprit ne peut concevoir, la langue ne peut exprimer, le sens humain ne peut sonder ni pénétrer les secrètes merveilles d'un si grand mystère. Oh ! combien grandes sont les délices qu'on y goûte! Oh! quels parfums! oh! quels entretiens! oh! quelles ardeurs d'amour! oh! quels chastes embrassements ! Qui pourrait le déclarer? Là, on n'entend rien que de très-doux cantiques de l'homme intérieur, des désirs ardents qui éclatent en soupirs , des actions de louanges et des gémissements amoureux en l'honneur du bien-aimé; car alors l'âme dévote, que la présence d'un si noble époux réjouit par le moyen de ce vénérable Sacrement , est ravie de joie , transportée d'allégresse, abîmée dans une profonde humilité, éclairée d'une lumière céleste, remplie d'une paix qui est au-dessus de tous les sens , fortifiée d'une vive foi , pénétrée d'une dévotion tendre et sensible, et unie intimement à son Rédempteur par un lien indissoluble d'amour. Ensuite de quoi elle devient plus fervente dans la sainte dilection , plus forte dans le travail , plus prompte aux bonnes œuvres , plus prudente dans la tentation , plus soigneuse dans la pratique de la vertu , plus portée à l'administration et à la réception fréquente des sacrements.
Ve CONSIDÉRATION.
Que dirai-je de la bonté du Fils de Dieu, qui ne s'unit pas seulement à nos âmes par la communion . mais
aussi à nos corps , qu'il sanctifie et qu'il consacre à l'immortalité par sa présence? Il ne se contente pas d'être la vie de l'esprit dans l'adorable Sacrement , il est encore la vie des corps : Je suis, dit-il, la résurrection et la vie : celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Il a la vie éternelle de l'âme , parce qu'il en a le principe; car, de même que si quelqu'un trempait sa main ou sa langue dans l'or fondu, elle deviendrait toute dorée, ainsi l'Eucharistie rend lame précieuse. C'est un fleuve plus ardent que le feu , mais il ne brûle pas ; son effet est de laver et de purifier nos âmes. Il a la vie éternelle du corps, parce qu'il a droit à la résurrection. Le corps glorieux de Jésus-Christ que l'on prend dans l'Eucharistie, étant uni avec le nôtre, y laisse comme une certaine semence de la résurrection glorieuse. Les interprètes remarquent à ce propos que le Fils de Dieu, ayant communié ses apôtres le jour de la Cène , les conduisit sur la montagne des Oliviers , pour montrer qu'en vertu du très-saint Sacrement , on monte jusqu'au plus haut de la grâce et de là jusqu'au plus haut degré de la gloire , qui est représentée par la douceur de l'huile. C'est pourquoi l'abbé Guerri dit que la chair de Jésus-Christ est le viatique des prédestinés, et Jésus-Christ le chariot d'Israël qui les porte en triomphe dans le ciel et le cocher qui les conduit. Il ne faut donc pas s'étonner si le saint concile de Trente, de toute son affection paternelle , ce sont ses termes , avertit, exhorte, prie et conjure par les entrailles de notre Dieu , tous ceux en général et en particulier qui portent le nom de chrétiens , que pour une fois enfin , ils tombent tous d'accord et se réunissent en ce signe
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d'union , en ce lien de charité et en ce symbole de concorde ; et que , dans le souvenir d'une si grande majesté et de l'amour si excessif de Notre Seigneur Jésus-Christ , qui a livré sa très-sainte vie pour le prix de notre salut et nous a donné sa chair à manger , ils croient ces sacrés mystères de son corps et de son sang avec une telle constance et fermeté de foi , et les révèrent d'un si profond respect , d'une piété et d'une dévotion de cœur telles qu'ils soient en état de pouvoir souvent recevoir ce pain qui est au-dessus de toute substance , et que véritablement il soit la vie de leur âme et la santé perpétuelle de leur esprit, afin qu'étant soutenus par sa vigueur et par sa force, ils puissent passer du pèlerinage de cette misérable vie à la patrie céleste , pour y manger sans aucun voile le même pain des anges qu'ils mangent maintenant couvert des voiles sacrés.