‹ Le chrétien a l'ecole du tabernacleChapitre 2 sur 12 · J* LE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

J* LE CHRÉTIEN

IVe CONSIDERATION.

Le corps ne tient pas seulement la force de l'esprit qui le fait vivre, mais encore tout ce qu'il a de perfections qui peuvent lui donner de l'éclat. Il en est de même de l'Église. Le corps de Jésus-Christ dans le très-saint Sacrement, est tout son bien, sa gloire, son ornement et sa beauté. « Quel est son bien, dit le prophète Zacharie, et quelle est sa beauté , sinon le froment des élus, et le vin qui produit les vierges (1), » les martyrs, les confesseurs, les docteurs, et tout ce qu'il y a de saints dans le monde ? Le sang de Jésus-Christ est la rançon de l'univers. Avec ce sang, il a racheté son Église ; avec ce sang, il l'a ornée et embellie. Car, comme celui qui achète des esclaves pour le servir, y emploie l'or, et, s'il veut avoir un train leste et magnifique, emploie encore l'or pour les habiller , de même Jésus-Christ nous a rachetés de son sang, qu'il a répandu sur la croix, et maintenant dans ce mystère il nous pare encore de son sang (2) . Tout le bien de l'Église et toute sa beauté viennent de ce pain des élus : parce que bien que ses enfants la nourrissent tous les jours de leurs crimes, Jésus-Christ répare continuellement la beauté de son épouse par ce sacrement, afin qu'elle soit sans tache et sans ride (3).

Cela ne paraîtra pas étrange, si l'on considère que l'Église est cette femme miraculeuse de l'Apocalypse.

(1) Zach. 9. 17.

(2) S. Chrysost. hom. 61. ad populum.

(3) Paschasius, de Corp. Dom. c. 21.

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revêtue du soleil, qui a la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles, dont la lumière relève l'éclat de son visage. Car si l'Apôtre dit que tous ceux qui sont baptisés sont revêtus de Jésus- Christ, à plus forte raison peut-on le dire de tous ceux qui communient. Ceux qui participent au sacrement sont compagnons des anges, des archanges et des vertus célestes. Ils sont revêtus de la pourpre royale de Jésus-Christ : que dis-je, de sa pourpre royale? ils sont revêtus du roi même, qui est le soleil de justice, sans lequel l'Église ne serait que ténèbres (1). Otez le saint Sacrement de l'Église, dit saint Bonaventure, il n'y aura qu'infidélité dans le monde ; le peuple ne sera plus qu'un troupeau d'animaux immondes. Que feriez- vous donc vous-mêmes, si vous vous éloigniez de la table eucharistique, et si votre tiédeur vous faisait oublier de manger ce pain divin? Pesez ces paroles de David : « Mon cœur est devenu tout sec, parce que j'ai oublié de manger mon pain (2). »

I s. Chrysost. hom. 65. ad populum.

' Psal. 101 . 5.

TROISIÈME LEÇON

Excellence admirable de l'Eucharistie en qualité de sacrifice.

« Jésus entrant dans le monde dit :

Vous n'avez point voulu d'hostie, ni d'oblation, mais vous m'avez formé un corps. Vous n'avez point agréé les holocaustes pour le péché. Alors j'ai dit : Me voici, je viens. »

Hebr. 10. 3. Psal. 39. 7.

I" CONSIDERATION

Le sacrifice est inséparable de la religion et du culte de Dieu ; mais l'unique sacrifice, le sacrifice par excellence que Dieu, de toute éternité, a prédestiné pour son honneur et pour sa gloire, est le sacrifice de la croix, dont le Souverain Pontife de nos âmes a voulu que l'Eucharistie fût une continuation perpétuelle jusqu'à la consommation des siècles, disent le Prophète et Notre-Seigneur Jésus. Tous les sacrifices de l'ancien Testament, de la loi de nature n'ont été que des ombres et des figures prophétiques de celui-ci. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner s'ils ont pris fin et s'ils ont cédé à la vérité, puisque tout ce qu'ils promettaient est maintenant accompli et consommé. Il a voulu que ce

sacrifice, « qui est lui-même, » fût offert dans l'Église au lieu de tous les autres (1). Saint Léon, suivant la même pensée, dit que toutes les différentes espèces de victimes qu'on offrait dans l'ancien Testament, sont réunies et consommées par l'unique oblation du corps et du sang de Jésus-Christ (2). Le bienheureux Alger s'explique sur ce sujet en des termes considérables : Cet unique sacrifice couvre, par sa grandeur et son excellence, la vertu et la dignité de toutes les autres victimes. Ici est l'holocauste, ici est l'hostie pacifique, ici est le sacrifice propitiatoire (3). Ici le Fils de Dieu abrège la multiplicité des anciens sacrifices par l'unité de la victime qu'il offre, et, diminuant le nombre des cérémonies légales et des services qu'on lui rend, il multiplie les grâces intérieures qu'il nous confère, il remet les péchés, il nous comble de biens spirituels, et, par un progrès continuel de la foi et des autres vertus, il nous conduit à la vie éternelle et bienheureuse. Bien davantage, saint Augustin dit que Jésus- Christ n'a pas seulement supprimé les véritables oblations de l'ancien Testament, mais encore que tous les faux sacrifices des païens ont enfin cédé à ce souverain et véritable sacrifice (4). Saint Vincent Ferrier, faisant la même remarque, dit que ni les Agaréniens, ni les Juifs, ni les autres infidèles, n'ont plus de sacrifices, et que Dieu par sa providence en a ainsi disposé, afin

(1) Vide S. August. 1. 17. contra adveisar. legis. c. 10. 1. 3. de Baptismo, c. ult.; 1. 20. contra Faustum, c. 18 et 21. et 1. I. contra advers. legis.

(2) S. Léo. serm. 7. de Passione.

(3) B. Alger. 1. 2. de Sacranient. c. 3.

(4) L. 1. contra advers. legis et proph. c. 20.

qu'il ne se fasse plus qu'un sacrifice dans le monde, à cause de sa singulière excellence (1). Si bien que nous pouvons dire maintenant avec toute l'Église : « 0 Dieu, qui avez renfermé dans la perfection d'un seul sacrifice la diversité des victimes légales, recevez le sacrifice que vous offrent vos dévots serviteurs, et sanctifiez-le par une bénédiction semblable à celle dont vous bénîtes les dons d'Abel, afin que ce que chacun a offert en l'honneur de votre majesté, serve pour le salut de tous (2). »

IIe CONSIDÉRATION.

Les quatre fins pour lesquelles on offre cet admirable sacrifice, font voir clairement avec quelle éminence il comprend tous les autres.

Il surpasse infiniment tous les holocaustes qu'on offrait autrefois à Dieu, et que l'on consumait entièrement par le Jeu pour honorer le souverain domaine qu'il a sur toutes les créatures. C'est pourquoi on choisissait toujours les victimes les plus grasses et des meilleures pour les sacrifier, suivant ce que dit le Prophète-Roi : « Je vous offrirai des holocaustes gras, avec la fumée des moutons consumés par le feu (3). Or, quelle victime peut-on trouver plus excellente et plus précieuse qu'un Homme-Dieu, qui est tout embrasé du feu de l'amour (4), et qui, pour ainsi dire,

(1) S. Vinc. Fcit. in Cœna Domini.

(2) Secret. Dom. 7. post. Pentecosten.

(3) Psal. 65. 15.

;4) G-uill. Arver. tract.de Euchar. c. ï.

a l'école du tabernacle. 23

s'anéantit sous les espèces du pain, pour rendre hommage à son Père, et reconnaître le suprême domaine qu'il a sur sa sainte humanité, dont la vie est plus précieuse que celle de toutes les créatures ensemble ?

IIP CONSIDÉRATION.

Il surpasse tous les sacrifices propitiatoires qu'on offrait pour les péchés, soit dans la loi de nature, ou dans la loi écrite. Car, dit saint Augustin, tous ces sacrifices qu'on offrait pour les péchés, n'étaient que des figures de cet unique sacrifice par lequel les péchés sont véritablement remis (1). C'est pourquoi saint Thomas dit avec beaucoup de raison, « que l'Eglise offre ce sacrifice pour les vivants et pour les morts, afin qu'il serve à tous, comme il est établi pour tous (2). » Et le Concile de Trente : « Si quelqu'un dit que le sacrifice de la Messe n'est qu'un sacrifice de louanges et d'actions de grâces, ou une simple commémoration du sacrifice de la croix, et non pas un sacrifice propitiatoire, ou qu'il ne sert qu'à celui qui le reçoit, et qu'on ne doit point l'offrir pour les vivants et pour les morts, ai pour les péchés, ni pour les peines, satisfactions et autres nécessités, qu'il soit anathème (3). »

IV CONSIDÉRATION

Enfin, il surpasse toutes les hosties pacifiques qu'on immolait pour rendre grâces à Dieu des faveurs reçues,

M) S. Aug. quœst. 17. in Leviticimi.

(2) S. Thomas, opusc. 57.

3 Conc. Trid. sess. 22. cap. 2. Cnn. ?>.

ou pour en impétrer de nouvelles. « Le sacrifice de louanges, dit le Psalmite, m'honorera, voilà le sacrifice eucharistique, et je ferai voir le salut de Dieu à celui qui vient à moi par cette voie (1) : % voilà le sacrifice impétratoire ; sur quoi saint Augustin dit ces paroles remarquables : Quel sacrifice de louanges est plus saint que l'action de grâces, et de quoi devonsnous rendre de plus grandes actions de grâces, que de la grâce que nous avons reçue de Dieu par Jésus- Christ? ce que les fidèles font dans le sacrifice de l'Église, dont toutes les sortes de sacrifices qui ont précédé n'étaient que les ombres (2). Aussi saint Jérôme dit qu'il a été établi afin que nous ne fussions point ingrats envers Dieu (3).

Il ne reste donc plus que l'impétration, qui est la dernière fin du sacrifice de la Messe, dont il ne faut point douter que la vertu ne soit plus efficace que de tout autre, pour obtenir de Dieu toutes sortes de faveurs. Nous lisons, dans l'ancien Testament, que David offrit des victimes pacifiques pour détourner la peste qui désolait la ville de Jérusalem, et qu'il impétra cette grâce : que le pontife Onias offrit une hostie salutaire, pour conserver la vie à Héliodore, et qu'il obtint l'effet de sa demande; que Job offrit un sacrifice pour ses amis, selon que Dieu le lui avait ordonné , et qu'il obtint le pardon de leur faute. A combien plus forte raison devons-nous espérer que Dieu nous accordera ce que

(l) Psal. 49. 23.

(•2) Vide S. Aug. 1. 1. contra advers. legis. et proph. 18. et in Enchir.vc. HO.

(3) S. Hieron. 1. 4. contra Haeret. c. 3*2.

nous lui demandons au nom de son Fils, en lui offrant le sacrifice de l'autel? Car que peut-il nous accorder qui égale la valeur d'une si précieuse victime, s'il ne se donne lui-même ? Écoutons donc l'avis salutaire de saint Paul, qui recommande aux fidèles de faire des prières pour tout le monde, en célébrant la sainte Messe. « Je vous conjure, leur dit-il, que l'on fasse des supplications, des prières, des demandes et des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie p)aisible et tranquille dans toute sorte de piété et d'honnêteté. ( ' a r cela est bon, et agréable à Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés (1). » Par ces paroles, saint Augustin dit que l'Apôtre enjoint particulièrement ce que toute l'Eglise pratique dans la célébration des divins mystères, soit avant de bénir ce qui est sur la table du Seigneur, soit en le bénissant et le sanctifiant, et puis en le rompant pour en faire la distribution (2). Car alors les prélats, faisant office d'avocats, offrent par l'imposition des mains, à la trèsmiséricordieuse puissance de Dieu, ceux pour lesquels ils prient ou qu'ils reçoivent à la participation de ce grand mystère, après laquelle pour conclusion suit l'action de grâces, qui est aussi la dernière chose que saint Paul recommande par les paroles que nous avons alléguées. Mais il ne faut pas omettre ce que remarque ici saint Augustin, que l'Apôtre veut qu'on fasse toutes

(1)1. Tim. 2. 1. 4.

(2) S. Aug. op. 59. ante mcdium. S. Ambr. 1. 6 de Sacr. c. ult. S. Chrysost. Theophyl. œcum. ad illum Pauli locum.

ces prières et ces vœux, c'est-à-dire, comme il l'explique, ces oblations, car on voue tout ce que Ton offre à Dieu, et principalement l'oblation du saint autel; qu'on fasse, dis-je, ces vœux pour tous les hommes, parce que Dieu veut que les hommes soient sauvés. Et afin que personne ne dise qu'on peut se sauver par la bonne vie, et par le culte d'un seul Dieu tout-puissant, sans la participation du corps et du sang de Jésus-Christ, saint Paul dit immédiatement après : Il y a un Dieu, et un médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ qui est homme; pour montrer que ce qu'il avait dit, que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, ne peut s'accomplir que par un médiateur, non seulement qui soit Dieu, que ce Verbe était de toute éternité, mais aussi qui soit homme, ce qui est arrivé lorsque le Verbe s'est fait chair et qu'il a habité parmi nous.

QUATRIÈME LEÇON

Respect avec lequel il faut assister au sacrifice de la messe.

« J'entrerai dans votre maison, je vous adorerai dans votre saint temple avec une respectueuse crainte. Seigneur, conduisez-moi dans votre justice à cause de mes ennemis : dressez ma voie en votre présence. »

Psal. 5. 8.

Ire CONSIDERATION.

Lorsque vous assistez au sacrifice de la messe, considérez l'honneur que le Fils de Dieu rend à son Père dans l'état où il est réellement présent sur les saints autels. Car il y est en forme de suppliant et d'adorant, dans le plus grand anéantissement et la plus respectueuse soumission qui puisse être, pour nous donner exemple, pour nous instruire de nos devoirs, et pour suppléer à nos défauts. Il nous apprend, par ce profond respect, que la majesté de Dieu est si élevée audessus de toutes les grandeurs créées, qu'il n'y a ni ange, ni homme, qui puisse lui rendre l'honneur que mérite son indépendance infinie, sinon son propre Fils, qui s'est

immolé une ibis pour sa gloire d'une manière sanglante, et qui s'immole encore tous les jours d'une manière très-amoureuse, très-sainte et très-innocente. Il nous fait concevoir une haute idée de son immensité et de son éternité, puisque pour l'adorer il fallait qu'il eût un prêtre éternel, et qu'il n'y eût ni jour, ni heure, où on ne lui présentât son corps et son sang en quelque partie de l'univers. Enfin, il nous enseigne la soumission que nous lui devons, par l'obéissance prodigieuse qu'il lui rend en cet état ; car ce n'est pas seulement à son Père qu'il s'assujettit, mais encore à un homme, pour son amour ; et, ce qui est plus admirable, ce n'est pas toujours à l'homme juste, mais souvent à l'homme impie qu'il se soumet. Eh ! que cet exemple est puissant pour confondre notre irrévérence ! Quand nous voyons les plus grands monarques de la terre se prosterner aux pieds des autels, les plus grands rois du ciel mettre leurs diadèmes au bas du trône de l'Agneau, et les plus sublimes intelligences se couvrir le visage en sa présence, nous sommes touchés d'une sainte frayeur à la seule pensée de son incompréhensible grandeur. Que devrions-nous donc faire, quand nous voyons le Verbe incarné s'abîmer, pour ainsi dire, dans le néant, pour nous apprendre la révérence qui est due à son Père et à notre créateur? Avec quel sentiment d'humilité faudrait-il dire : Mon Dieu, je reconnais que vous êtes mon souverain Seigneur, qui avez tout droit et tout pouvoir de disposer de ma vie et de ma mort sans être obligé d'avoir égard à mes inclinations? car je suis l'ouvrage de vos mains, je ne subsiste que par vous, et je ne suis que pour vous. Je n'ai rien en moi qui ne relève de votre souverain domaine, qui ne dépende de votre

infinie bonté, et qui ne doive être entièrement consacré aux intérêts de votre gloire. Voici donc qu'en hommage de votre souveraineté et de ma dépendance, je viens, Seigneur, me présenter devant vos autels comme une victime toute prête à y être immolée et consumée en holocauste, si vous l'aviez agréable. Mais parce que vous n'agréez pas la destruction de mon être, et que d'ailleurs, en déposant ma vie à vos pieds et la faisant évaporer devant vos yeux, je ne ferais rien qui fût digne de votre excellence suprême ; pour suppléer à ce défaut, je vous présente la vie de votre Fils, et vous offre le sacrifice qu'il vous offrit sur la croix, et qu'il renouvelle tous les jours par son immolation mystique. Il s'est donné tout à nous, pour être notre victime: recevez-le, s'il vous plaît, en hommage de votre souveraine grandeur, et acceptez l'offrande que je vous fais de sa vie, avec tous ceux qui vous la présentent aujourd'hui, protestant que votre majesté mérite qu'une vie si précieuse soit employée pour votre gloire.

IIe CONSIDÉRATION.

Le Fils de Dieu n'est pas seulement en forme de suppliant et d'adorant dans l'Eucharistie, il y est encore adorable pour deux raisons. La première, parce qu'il est notre souverain Seigneur et notre Dieu, égal en tout à son Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu. « Il n'y a donc aucun lieu de douter que tous les fidèles, selon la coutume reçue de tout temps dans l'Eglise catholique, ne soient obligés d'honorer le très-saint Sacrement du culte de latrie, qui est dû au

vrai Dieu. Car pour avoir été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ à dessein qu'il soit pris et reçu par les fidèles, on ne doit pas moins l'adorer, puisque nous y croyons présent le même Dieu, duquel le Père éternel, en l'introduisant dans le monde, a dit : Et que tous les anges de Dieu l'adorent ; le même que les mages, en se prosternant en terre, ont adoré; enfin le même que l'Écriture témoigne avoir été adoré par les apôtres en Galilée (1). » La seconde, parce qu'il est notre souverain bienfaiteur et Sauveur, l'unique source de tous les biens que nous possédons en ce monde et que nous espérons en l'autre. « Le saint Concile déclare que la coutume a été très-saintement et très-pieusement introduite dans l'Eglise, de destiner tous les ans un certain jour et une fête particulière, pour rendre honneur à cet auguste et adorable sacrement avec une vénération et une solennité singulières, et qu'il fût porté en procession avec respect et avec pompe par les rues et par les places publiques, étant bien juste qu'il y ait certains joiîrs de fête établis, auxquels tous les chrétiens puissent, par quelque démonstration solennelle et extraordinaire, témoigner leur gratitude et leur reconnaissance envers leur commun maître et rédempteur, pour un bienfait si inestimable et si divin, par lequel la victoire et le triomphe de sa mort sont représentés (2). »

« Venez donc, adorons Dieu, et nous prosternons devant lui ; pleurons devant le Seigneur, qui nous a créés; car c'est lui qui est if Seigneur notre

jl) Conc. Trid. sess. 13. cap. 5, (?.)Conc.Trid. sess. 13. cap. 5,

Dieu, et iious son peuple, et les brebis qu'il nourrit lui-même, et que sa main conduit (1). » Pensons que celui qui est assis là-haut dans le trône de sa gloire, et que les anges adorent, est ce que nous mangeons ici-bas. P'aites-y réflexion, je vous prie : la table du Roi est couverte, les anges vous y servent, le roi même est présent : et vous bâillez lâchement en sa présence. Vos habits sont malpropres, et vous ne vous en souciez pas. Mais ils sont nets, me direz-vous : adorez donc, et communiez. Et pendant qu'on présente le sacrifice, que Jésus-Christ, l'Agneau du Seigneur, est immolé; en même temps que vous entendez ces paroles : « Prions tous ensemble, » et que vous voyez tirer les voiles, pensez que le ciel s'ouvre, et que les anges descendent, et environnent les autels (2). Joignez-vous donc avec eux pour offrir le sacrifice dont Jésus-Christ est le prêtre et la victime d'une manier* admirable et ineffable, dit saint Ambroise (3).

IIP CONSIDÉRATION.

Votre intérêt est inséparable du respect et de l'adoration que vous lui rendez. A la vérité, il faut apporter un grand soin et une grande exactitude, pour participer religieusement et saintement à tous les autres sacrements de l'Église catholique, mais surtout pour administrer

(1) Ps. 94. 6. 7.

(2) S. Chrysost. hom. Gl. ad pop. Antioch. et hom. 3. in epist. ad Eph.

(3) S. Ambr. in Prœparat. ad Missam.

et recevoir le très-saint Sacrement de l'Eucharistie, parce que l'Église catholique n'a rien de plus saint, de plus digne et de plus admirable, vu qu'il contient le principal et le plus grand don de Dieu, et Jésus-Christ même qui est la source et l'auteur de toute grâce et de toute sainteté (1). Heureux celui qui s'approche des saints mystères du Sauveur avec révérence, et avec crainte et honneur, étant certain qu'il reçoit en luimême la vie éternelle (2). « Je vous prie donc tous, mes frères, que vous rendiez tout le respect et tout l'honneur qu'il vous sera possible, au corps et au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui tout ce qui est dans le ciel et sur la terre a été pacifié et réconcilié avec Dieu tout-puissant (3). »

(1) In rituali Rom. de sanct. Euchar. sacram.

(2) S. Ephretn. de Beatitudine.

(3) 8. Francise, opusc. tom. 1. opus. 12.

a l'école du tabernacle. 33

CINQUIÈME LEÇON

Excellence admirable de 1 Eucharistie en qualité de sacrement.

« Prenez, mangez : ceci est mon corps. » Matth. 26. 26.

I" CONSIDERATION

Le pape Alexandre (1) dit avec raison que dans tous les sacrements, aussi bien que dans tous les sacrifices, il n'y a rien de plus admirable ni de plus grand que le mystère du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Non seulement il n'y a rien de plus grand, mais il n'y a rien qui l'égale et qui ne soit infiniment au-dessous. C'est par cette raison que le concile de Trente condamne l'erreur de ceux qui disent que tous les sacrements sont égaux, parce que de tous les sacrés mystères que Notre-Seigneur nous a recommandés comme des instruments très-certains de la grâce divine, il n'y en a aucun qui puisse entrer en comparaison avec le trèssaint Sacrement (2) .

Son excellence par-dessus tous les autres paraît pre-

(1) Alex. Papa, ep. Décret.

(2) Catechismus Romanus.

;>'i LE CHRÉTIEN

mièrement en ce que toutes les grâces qui se trouvent ailleurs, y sont comprises avec éminence. Les sacrements de la loi nouvelle ont cet avantage sur toutes les bonnes œuvres, qu'ils ne confèrent pas seulement la grâce qui est due au mérite de celui qui les reçoit dignement, mais encore celle qui est due à l'œuvre même. D'où vient qu'il n'y a point de moyen plus efficace pour nous sanctifier et pour arriver à la perfection, que le bon usage qu'on en fait. Mais le très-saint Sacrement a cela de surcroît, dit Albert-le-Grand, que toutes les grâces qui se trouvent éparses dans les autres, sont recueillies dans celui-ci. Yoici à peu près ses paroles : « C'est ici le Sacrement des sacrements, l'Eucharistie contient toutes les grâces en éminence. C'est un aliment qui nous nourrit à la vie éternelle. Toutes les grâces qu'on peut recueillir de tous les sacrements et de toutes les vertus, se trouvent ici renfermées dans une seule (1). »

IIe CONSIDÉRATION.

En second lieu, son excellence consiste principalement en ce que les autres sacrements confèrent effectivement la grâce sanctifiante, mais ils ne la contiennent pas, c'est-à-dire qu'elle n'y réside pas formellement : elle est seulement dans l'âme qui la reçoit. Mais l'Eucharistie contient en soi l'auteur même de la grâce, et le communique à tous ceux qui s'en approchent. Les autres ne confèrent que la grâce sanctifiante, mais

(!) Albert. Magn. tract. I. de Eucli. o. et in Prologo.

celui*» nous porte la grâce subsistante, qui est la source de toutes les grâces et de tous les dons de Dieu. Qui peut suffisamment exprimer la dignité de ce trèsexcellent sacrement? Il surpasse toute la gloire des anges et des hommes; tout y est divin. Car enfin Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est réellement présent sous les accidents (1), car c'est lui-même qui le dit : « Ceci est mon corps (2) : » ce corps, dit saint Antoine de Padoue, qui a été conçu du Saint-Esprit, ce corps qui a été formé en un instant, ce corps qui "si né dune vierge, ce corps qui a été lié de chaînes, qui a été élevé sur la croix, abreuvé de fiel et blessé du 1er d'une lance; enfin, ce corps qui est ressuscité, qui est monté au ciel, et qui est adoré des anges, qui admirent l'éclat de sa gloire (3). 0 miracle! s'écrie saint Chrysostôme : celui qui est dans le ciel, et qui règne parmi les bienheureux, est en même temps dans es mains du prêtre, et sur les saints autels, et dans es entrailles de tous ceux qui mangent sa chair et boivent son sang. Cependant il se trouve encore, dans un siècle aussi éclairé que le nôtre, des esprits assez meugles pour douter de la vérité et de la sincérité de ces paroles sacrées que la sagesse incarnée a prononcées ; assez téméraires pour entreprendre de rompre le Testament du Fils de Dieu, qui est conçu en termes si clairs et si formels ; assez aheurtés pour résister à 1 autorité des Pères et des conciles, qui les ont toujours prises dans leur sens naturel; assez emportés

(1) S Laur. Just. de Discip. et perfect. Mor. c. 19.

(2) Matth. 26. 26.

(3) S. Anton. Batav. serin, de CœnâDom.

pour oser renverser ce que Jésus-Christ a établi, ce que les apôtres ont pratiqué et enseigné par toute la terre, ce que les martyrs ont signé de leur sang, et enfin ce que toutes les Églises d'Orient et d'Occident ont reçu par un consentement général, dont la perpétuité n'a jamais été interrompue. Eh! qui ne s'étonnera de la hardiesse avec laquelle l'hérétique se joue de tout ce que l'Écriture nous dit de cet adorable mystère ? Jésus-Christ dit : « Ceci est mon corps ; ceci est mon sang (1). » Toute l'Église reçoit ces paroles dans leur sens naturel et les croit avec une foi respectueuse : l'hérétique, au contraire, les réforme et soutient que le Fils de Dieu a parlé improprement, et qu'il a voulu dire tout le contraire de ce qu'il a dit en effet. L'Apôtre dit : « Le calice que nous bénissons. n'est-ce pas la communion du sang de Jésus- Christ ? et le pain que nous rompons, n est-il ])as la participation de son corps (2)? ¥ L'Église le croit sans contredit ; l'hérétique, au contraire, le nie. et proteste que ce n'est que la figure de la participation de son corps et de son sang. Saint Paul dit : « Quiconque mangera ce Pain, et boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable de la profanation du Corps et du Sang de Jésus-Christ (3). » L'Église, déférant à sa parole, croit que celui qui communie avec un péché mortel communie indignement : et qu'il offense le Corps et le Sang du Seigneur. Le calviniste y forme opposition et dément l'Apôtre par

(1) Matth. 26. 27. 28.

(2) 1. Cor. 10. 16.

(3) \. Cor. 11. 27.

a l'école du tabernacle. 37

ses maximes, car il soutient que nul ne communie que par la foi et que nul n'a la foi qui ne soit juste; par conséquent, que personne ne communie indignement. Car le juste qui communie, ayant la foi, n'est coupable d'aucun crime contre le corps de Jésus-Christ, et le pécheur , qui n'a point la foi , ne communie jamais. C'est donc en vain que saint Paul nous menace, et veut nous donner de la crainte d'une communion mal faite, si personne n'en fait jamais de mauvaise.

IIIe CONSIDERATION.

N'entrons point plus avant dans cette controverse, que nous avons traitée ailleurs assez amplement. Retournons à notre sujet, et pour faire voir l'excellence de la divine Eucharistie par une troisième preuve qui mérite d'être considérée, disons que les autres sacrements ne subsistent qu'autant qu'on en use, et passent avec l'action par laquelle on les confère ; mais le trèssaint Sacrement de l'autel est permanent, et dure autant que les espèces sous lesquelles Notre-Seigneur demeure, tandis qu'elles ne sont point altérées. En quoi il fait paraître un trait admirable de sa sagesse, qui a trouvé le moyen de monter au ciel sans nous quitter, et de se faire voir là-haut aux bienheureux, sans nous priver de sa présence. Pourquoi ? pour être notre oracle et nous dire quelle est la voie du ciel la plus droite et la plus sûre, afin d'y entrer avec courage et d'achever heureusement notre voyage.

Pour être notre trésor inépuisable, notre viatique, notre pain de tous les jours, « ce pain qui fortifie le cœur de l'homme (\), » ce pain qui est la subsistance et le renfort de l'Église militante (2).

Pour être l'objet de nos adorations et de notre amour, qui allume dans nos cœurs les plus pures flammes de la charité (3) .

Enfin, pour être notre Emmanuel, un Dieu qui demeure avec nous : jusqu'à quand? jusqu'à la fin du 'monde ; « jusqu'à ce que le jour de la clarîé éternelle commence à paraître, et que les ombres soient dissipées. Lorsque cet état parfait sera arrivé, l'usage de ce sacrement cessera, parce que les bienheureux n'ont plus besoin du remède de ce sacrement divin, étant remplis d'une gloire toute céleste (4). »

Quelques-uns ont cru que la durée de ce mystère égalerait l'éternité, et qu'un ange enlèverait une hostie consacrée dans le ciel, pour y être adorée à jamais. Cette opinion n'a point de fondement dans l'Écriture ni dans les Pères, et s'il fallait agir par la seule raison, elle n'y trouverait aucun appui solide qui pût la soutenir. Car, dit Théodoret, lorsque le corps du Sauveur paraîtra clairement tel qu'il est, on n'aura plus besoin de le regarder sous des symboles qui le cachent à tous nos sens (5) .

C'est, dit ce Père, la raison pourquoi saint Paul dit

i) Psal. 103.

(2) S. Hieron. in Psal. LÔ3.

(3) Guill. Ep. Paris, tract, de Euch. c. 2.

(4) Imit. Christ, lib. 4. cap. 11. n. 2.

(5) Theodorctus, in o. 11. prima? ad Cor.

a l'école du tabernacle. 39

aux Corinthiens : « Toutes les fois que cous mangerez ce pain et que tous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne (1). » C'est-à-dire, comme le concile de Trente l'explique, jusqu'à ce qu'il vienne lui-même juger le monde (2). L'Eucharistie n'est pas seulement un signe mémoratif de la passion de Jésus-Christ, et démonstratif de son corps réellement présent, ainsi qu'il faut entendre saint Augustin lorsqu'il dit « que le Seigneur, donnant le signe de son corps, ne douta point de dire : « Ceci est mon corps; » car ce l'était en effet. Mais, outre cela, c'est encore un signe prophétique de la gloire future. Or, les figures prophétiques cessent lorsque les choses qu'elles prédisent sont présentes, comme l'ombre disparaît en la présence de la lumière. Il est donc raisonnable que ce divin sacrement ne passe point la consommation des siècles, non plus que l'état de l'Église militante. Il ne sera plus nécessaire dans le ciel, ni pour la gloire de Jésus-Christ, ni pour l'intérêt des fidèles, qui le recevront et le posséderont d'une manière plus parfaite, parce qu'ils le verront, qu'ils l'aimeront et qu'ils l'adoreront sur le trône de sa gloire sans aucun voile, selon ces paroles du concile de Trente : « Ils mangeront sous un même voile le même pain des anges que, peu auparavant, ils mangeaient caché sous de saintes apparences (3).

Admirez ici la sagesse et la bonté du Fils de Dieu à qui nos âmes sont si précieuses, qu'il veut que ses plus

! 1 Cor. 11. 26.

(2) Concil. Trident, sessione 13. c. 3. Concil. Trident, sess. 13. c. 8.

excellents ouvrages cessent d'être, lorsqu'ils cessent de nous être nécessaires, quoi qu'il pût les conserver pour son seul plaisir par sa toute-puissance. 0 amour infini! cet abrégé de tous les miracles, ce chef-d'œuvre de la puissance et de la magnificence de Dieu doit prendre fin lorsqu'il n'y aura plus d'âmes à retirer du purgatoire ni à sauver. Que ne devrions-nous pas faire pour le reconnaître?

SIXIÈME LEÇON

Pouvoir admirable que Jésus-Christ a donné au prêtre sur son Corps et sur son Sang. Comment il en doit user pour traiter dignement les saints mystères.

« Faites ceci en mémoire de moi.

Luc. 23. 19.

I" CONSIDERATION

Lorsque l'évêque confère le sacrement de Tordre, et qu'il élève le prêtre à la dignité du sacerdoce, il prononce ces paroles saintes et divines : « Recevez ; au nom du Seigneur, le pouvoir d'offrir le sacrifice à Dieu, et de célébrer les messes tant pour les vivants que pour les morts. Ainsi soit-il (1). » Oh! quel honneur! oh ! quelle obligation !

(1) Pontificale Rom. pag. 32.

a l'école du tabernacle 41

En vertu de ce pouvoir, le prêtre, dit saint Denis, est fort proche de ces bienheureuses intelligences, qui sont si élevées au-dessus de nous par l'excellence de leur nature. Il est semblable au chérubin qui fut mis au paradis terrestre pour garder l'arbre de vie; son ministère égale et surpasse même celui des anges : on en a vu servir les prêtres qui consacraient, mais on n'en a jamais vu consacrer comme les prêtres. Si donc ils ont tant de rapport et d'alliance avec les anges par conformité d'office, ne devraient-ils pas en avoir autant par conformité de vie et de mœurs? Ne faudrait-il pas qu'ils fussent spirituels comme les anges, détachés du corps comme les anges, dégagés des fantômes et des impressions des sens comme les anges, et toujours occupés de Dieu comme les anges?

IIe CONSIDERATION.

En vertu de ce pouvoir, on peut dire, avec un savant théologien, que le Fils de Dieu s'incarne entre leurs mains, à proportion comme il s'incarna dans le sein de sa très-sainte Mère (1). Ils devraient donc traiter ces adorables mystères, non seulement avec autant de respect qu'un ange en aurait en les célébrant, mais encore avec la même révérence, modestie et circonspection avec laquelle la Sainte Vierge coucha son Fils

I Gabriel. Biel. lect. I. in Oanonom, littcrâ G.

dans la crèche et l'enveloppa de langes le jour de sa naissance. 0 saints ministres des autels, faites-y réflexion, et jugez s'il est bienséant de porter, d'élever, ou de faire descendre ce sacré corps sans considération, vu principalement que l'Église ne vous permet pas seulement de l'approcher, ou de vous en éloigner, beaucoup moins de le manger qu'après l'avoir adoré. « Oh ! que le ministère des prêtres est grand et honorable ! Car c'est à eux qu'il a été donné de consacrer le Dieu de majesté par des paroles sacrées, de le bénir de leurs lèvres, de le tenir dans leurs mains, de le prendre dans leur bouche et de le donner à tous les autres (1). Oh! combien les mains du prêtre doiventelles être nettes! combien sa bouche doit-elle être pure ! combien son corps doit-il être chaste ! combien son cœur doit-il être exempt de souillure, puisque l'auteur de toute pureté vient à lui si souvent pour y faire sa demeure ! Il ne doit sortir de la bouche du prêtre aucune parole qui ne soit sainte, qui ne soit honnête, qur*ne soit utile, puisqu'il prend si souvent le sacrement; ses yeux doivent être simples et chastes, puisqu'ils regardent si souvent le corps de Jésus- Christ ; ses mains doivent être pures, et toujours élevées au ciel, puisqu'elles sont accoutumées à toucher le créateur du ciel et de la terre. C'est particulièrement aux prêtres qu'il est dit dans la loi : Soyez saints, parce que je suis saint, moi qui suis votre Seigneur et votre Dieu (2) . »

(!) De Imit. Christ. 1. 4. c. i 1. in fine (2) lbid.

a l'école du tabernacle, 43

IIP CONSIDERATION.

En vertu de ce même pouvoir, le prêtre qui célèbre les divins mystères devient un, pour ainsi dire, avec Jésus-Christ, qui sacrifie en lui, dit saint Amhroise, et qui sanctifie par sa parole tout ce qui est offert dans le sacrifice. « Le prince des prêtres, dit ce Père, s'est lait voir en venant à nous : nous lavons vu, nous l'avons entendu, lorsqu'il offrait lui-même son sang pour nous. Suivons-le, nous autres prêtres, selon notre pouvoir ; car bien que nous soyons peu considérables par notre mérite, nous sommes néanmoins vénérables par le sacrifice, parce que si Jésus-Christ ne s'offre pas maintenant visiblement, c'est lui néanmoins qui est offert en terre, lorsqu'on offre le corps de Jésus- Christ. Et même c'est lui qui est reconnu offrir en nous, puisque c'est sa parole qui sanctifie le sacrifice qui est offert (I). » Si donc le prêtre est si étroitement uni au Fils de Dieu par son office, n'est-il pas obligé de l'être aussi par respect et par amour? Si Jésus- Christ est le premier sacrificateur, dont il représente la personne, ne doit-il pas, avant que d'aller à l'autel, élever son cœur vers le ciel pour prendre les ordres de son maître et recevoir sa bénédiction ? Ne doit-il pas lui dire avec un profond respect : « Grand prêtre et vénérable Pontife, Jésus-Christ, qui vous êtes offert à Dieu votre Père comme une victime pure et sans tache

(1) S. Ambr. in Psal. 38. post médium.

pour nous, pauvres pécheurs, qui nous avez donné votre chair à manger et votre sang à boire, et qui avez établi ce mystère par la vertu du Saint-Esprit, en disant : Toutes les lois que vous ferez ces choses, faitesles en mémoire de moi , je vous prie, par ce même sang, par ce prix inestimable de notre salut, je vous prie par cette admirable et ineffable charité, qui vous a porté à un tel excès d'amour pour de misérables et indignes créatures, qu'il vous a plu de laver nos péchés dans votre sang ; faites-moi la grâce de m 'instruire, puisque vous m'avez appelé par le seul motif de votre miséricorde, et non pas en considération de mes mérites, pour vous servir, quoique j'en suis indigne, dans la fonction du sacerdoce. Enseignez-moi, s'il vous plaît, par votre Saint-Esprit, le respect, l'honneur, la dévotion et la crainte que je dois avoir pour un si haut mystère ; faites-moi la grâce de me donner une ferme et confiante foi, des lumières, des sentiments, des paroles et des pensées qui vous soient agréables, et qui me soient utiles pour le salut de mon âme. Que votre Saint-Esprit entre dans mon cœur, et que, par une voix intérieure, il me fasse entendre sans parole les vérités de ces profonds mystères qui sont couverts d'un voile sacré. Ayez la bonté de m 'accorder cette faveur, que je puisse célébrer la solennité de la messe avec un cœur et un esprit épurés. Par la vertu de ce haut mystère, et par le secours de voire saint ange, bannissez de moi et de tous vos serviteurs l'esprit d'orgueil, de vaine gloire, d'envie, de colère, d'impureté, de doute et de blasphème. Que ceux qui nous persécutent soient confus : faites périr ceux qui cherchent à tout perdre. »

a l'école du tabernacle. 45

De plus, si c'est le Fils de Dieu qui parle par la bouche du prêtre, lorsqu'il prononce ces paroles toutespuissantes : « Ceci est mon corps; » si ces paroles sont les paroles de Jésus-Christ, pour être digne de parler comme Jésus-Christ et de représenter la personne de Jésus-Christ, ne devrait-il pas vivre comme Jésus-Christ et être saint comme Jésus-Christ? Qu'y a-t-il, et que fait-il, ou que voit-il dans ce mystère, qui ne soit un motif pour le porter à la sainteté, ou un moyen pour l'acquérir? Le changement de la substance du pain et du vin au corps et au sang de Jésus- Christ, dont il est l'organe, ne doit-il pas l'exciter à changer ses mœurs et à se transformer en son Sauveur? L'honneur qu'il a de lui donner tous les jours une nouvelle vie mystique, de le tenir dans ses mains, de le porter dans ses entrailles, de traiter familièrement avec lui, de recevoir ses grâces et ses lumières, de l'entretenir et de lui parler cœur à cœur, n'est-ce pas un excellent moyen de se sanctifier? La seule consommation du sacrifice ne doit-elle pas lui faire prendre les qualités toutes célestes de cet Agneau qui lui sert de nourriture? Voyant l'humilité, le respect, le zèle de la gloire de Dieu, que ce cher Fils pratique dans l'état où il se met sous les espèces du sacrement, avec quelle modestie intérieure et extérieure, avec quel sentiment de sa bassesse et de la grandeur du Dieu qu'il adore doit-il paraître en sa présence? Peut-il sans confusion, à la vue d'un tel exemple, précipiter les paroles sacrées, former brusquement les signes de croix, qu'il fait'si souvent sur le corps même et sur le sang de Jésus-Christ, égarer la vue avec une indécence honteuse, prier sans intention, et porter les vœux de toute

l'Eglise jusqu'au trône de Dieu avec moins de révérence et d'application que le moindre officier n'en aurait en servant son maître ?

IVe CONSIDERATION.

Car enfin le prêtre, en vertu de son pouvoir, est le médiateur entre Dieu et les hommes, que Jésus-Christ comme pontife universel, premier et souverain médiateur, a commis et député pour traiter en son nom de la paix et du salut des fidèles qui attendent son secours, et pour leur dispenser les biens qu'il leur a acquis par sa mort. C'est pour cela qu'il leur a confié les clefs du ciel, du purgatoire et de l'enfer : du ciel, pour l'ouvrir à ceux qui suivent ses conseils ; de l'enfer, pour le fermer; du purgatoire, pour en tirer les âmes qui n'ont pas encore satisfait la justice divine : à cause de quoi l'Église ne donne pas le baiser de paix à la messe qui se dit pour les défunts, ni la bénédiction aux assistants, pour nous apprendre que ces saintes épouses du Fils de Dieu n'ont pas encore reçu le baiser de l'Époux, après lequel elles soupirent, ni entendu de sa bouche ces paroles si désirées : « Venez, les bénis de mon Père ; » et pour nous obliger à leur procurer ce bien le plus tôt que nous pourrons.

Que si cela est véritable, comme on n'en peut douter, le concile de Trente n'a-t-il pas eu raison de recommander à l'évêque « d'avoir soin que les prêtres célèbrent la messe, au moins les dimanches et les jours de fêtes solennelles, et s'ils ont charge d âmes, aussi souvent qu'il sera nécessaire pour satisfaire à leurs

A [/ÉCOLE DlT TABERNACLE. \~

obligations (1). » Saint Bonaventure condamne de péché mortel celui qui par une négligence notable omet de célébrer la messe, aussi bien que celui qui l'omet par mépris. C'est un effroyable crime, dit ce Père, de s'approcher indignement de l'autel, et ne pas s'en approcher par une notable négligence, ou par mépris, c'est une faute qui mérite la damnation (2). Pourquoi? à cause du tort considérable que le prêtre fait à Dieu, à l'Eglise et à lui-même. Car, dit le vénérable Bède (3), n'ayant aucun empêchement légitime, si par négligence il ne fait pas un bon usage du pouvoir qu'il a reçu par son sacre, il prive la très-sainte Trinité d'une grande gloire ; les anges, d'une singulière joie ; les pécheurs, de la rémission de leurs crimes ; les justes, d'un secours et d'une grâce considérables ; les âmes du purgatoire, d'un grand soulagement; l'Église, d'un spécial bienfait de .Jésus-Christ ; et lui-même, d'un puissant remède contre les péchés et les faiblesses qui nous arrivent tous les jours; parce que, dit saint Ambroise, si toutes les fois que l'on offre le précieux sang de Jésus-Christ, on l'offre pour la rémission des péchés, je dois toujours le prendre, afin que mes péchés me soient toujours remis, et, puisque je pêche toujours, je dois toujours prendre la médecine qui peut me guérir (4). Je sais bien que ce n'est pas une obligation de précepte de célébrer tous les jours la messe, mais c'est un salutaire conseil, parce que « la fonction du prêtre n'est pas la fonction d'uu

(1) Conc. Trid. sess. 23. cap. 15.

I S. Bonavent. de Prœpar. ad Miss, r l

3) Beda, de Venerab. Sacra m.

(4) S. Ambr. 1. 4. de Sacram. c. 6.

particulier, mais une fonction publique ; le sacrifice qu'il offre n'est pas utile à lui seul, mais à toute l'Eglise. C'est pourquoi, bien qu'il soit imparfait, pourvu qu'il ne soit point en état de péché qui le rende indigne de célébrer, et qu'il y apporte une diligence morale, il ne doit point s'abstenir de ce sacré ministère. » C'est le sentiment et la pratique commune des saints. Je sacrifie tous les jours à Dieu un agneau sans tache, disait saint André à son tyran (1). Cette sainte coutume a toujours été observée dans l'Eglise. N'est-il pas vrai que Jésus-Christ, disent saint Cyprien et saint Augustin, n'a été immolé qu'une fois en lui-même, et néanmoins il est immolé dans le sacrement, non seulement toutes les fêtes de Pâques, mais encore tous les jours, pour le bien des peuples? Il en sera de même jusqu'à la fin du monde, lorsque le juge des vivants et des morts, s'adressant aux prêtres, dit saint Hippolyte, fera leur éloge dans l'Assemblée générale de tous les hommes, en leur disant : Venez, pontifes qui m'avez offert de jour et de nuit un pur sacrifice, et qui avez immolé tous les jours mon précieux corps et mon précieux sang.

(1) Vide Quaresmium, tom. 4. 1. 1. c. 11. sect. 14. et ^uarem, tom. 3. disput. 80. sect. 2.

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