INVITATIONS A L'EUCHARISTIE
PREMIÈRE LEÇON
L'Eucharistie est le pain des enfants de Dieu. Jésus-Christ les invite à sa table.
Venez à moi, vous tous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous donnerai une nourriture qui réparera vos forces. Math. xi.
Par l'Eucharistie, le Paradis descend sur la terre , l'Église militante devient triomphante , et le Dieu de la gloire étale tous les charmes de son amour pour gagner nos cœurs et porter la béatitude jusque dans le centre de notre misère. Saint Jérôme dit que c'est l'office des anges de nous inviter à la table de Jésus-Christ. Mais il me semble qu'il dit trop peu , et que ce n'est pas seulement l'emploi des anges , mais de Dieu même. Toutes choses ont leur charme , qui les attire et qui les lie avec des chaînes invisibles. L'aimant attire le fer, le pôle attire l'aimant , l'ambre attire la paille, la pierre sanguinaire attire le sang , le soleil attire les vapeurs du sein de la terre et de l'abîme. Qui attire les âmes prédestinées? la divine Eucharistie. C'est leur aimant,
c'est leur pôle . c'est leur attrait ; c'est le soleil qui les éclaire et les élève à soi. L'attrait du marchand , c'est le profit; du noble, l'honneur; du soldat, le butin; du capitaine, la victoire ; du courtisan, la faveur du prince; du prince, la couronne, le commandement et l'empire. Quel est l'attrait des fidèles? l'amour de Jésus-Christ, qui a caché dans le divin Sacrement tous les trésors , toute la gloire, tous les triomphes et toutes les couronnes du ciel. La vérité est l'attrait de l'esprit, la béatitude du cœur, la vie de l'âme, la joie des sens. Mais l'attrait général de toutes ces puissances ensemble, c'est la divine Eucharistie. Car celui qui mange avec ferveur ce pain céleste , dit saint Augustin, y trouve la vérité, la justice, la béatitude, la joie et la vie éternelle dans sa source. C'est donc à tous les fidèles et à tous les prédestinés en général que s'adressent ces paroles : Venez à moi, vous tous qui travaillez.
Ce n'est pas sans sujet que l'Église appelle la divine Eucharistie le pain des rois , qui leur fait goûter les délices immortelles (1). Si l'on entend par les rois ceux qui gouvernent les peuples et qui ont la puissance temporelle entre les mains , il est certain que le bonheur des États et la prospérité des roj-aumes chrétiens sont fondés sur la vertu de cet auguste sacrement ; que c'est de là que le Fils de Dieu , qui est le Roi des rois , gouverne l'univers et qu'il maintient les monarchies qu'il a établies dans le christianisme. Les aigles de l'empire volent au tour de son Corps sacré, et nous savons que la maison d'Autriche doit son élévation à la piété de Ro-
(l) Pinguis et panis Cristi , et praebebit delicias regibus (Rupert. /. de oper. Trim. c. 'V\. "/ Gen. 49).
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dolphe envers le saint Sacrement (1). Les lions d'Espagne en tirent la force et la douceur. L'histoire nous apprend que Charles-Quint, se présentant à la sainte Table , avait coutume de baiser la terre avec un profond respect et mettait bas son sceptre et sa couronne, comme s'il eût voulu dire adieu à toutes les grandeurs du monde , pour chercher son repos et son bonheur dans ce paradis de délices. Mais il faut avouer que les lis de France y sont attachés par de plus fortes racines: que nos rois , tenant le premier rang entre les enfants de l'Église , sont aussi les premiers à la table eucharistique , je veux dire qu'ils surpassent tous les autres par leur piété, et qu'ils ont regardé de tout temps ce divin nrystère comme l'objet de leur vénération particulière. Us se sont fait gloire de tenir leur couronne de l'Agneau. Et Charlemagne voulut que son fils Louis-le- Débonnairelaprît sur l'autel, parce qu'il n'y avait point d'autre main que celle de Jésus-Christ qui fût digne de la lui mettre sur la tête. Us ont tenu à honneur de lui en faire un hommage. Louis XI, ayant été soudainement guéri après la communion , fît présent de celle de son sacre à la sainte hostie de Dijon; avouant, par ce tribut respectueux , qu'il n'y a que Dieu qui soit assez puissant pour protéger et soutenir la couronne de France. Us se sont délogés pour le recevoir dans leurs chambres et dans leurs cabinets , et ils ont estimé que le Fils de Dieu voulant établir sa résidence parmi les hommes, ne pouvait trouver de demeure plus sortable a sa grandeur que la maison des rois de France. Hugues Capet, après avoir reçu le sceptre du ciel, lui donna sou
r Ubicumque fuerit corpus, illiccongrop:abuntur et aquihr.
palais pour y bâtir une chapelle , où est maintenant l'église de Saint-Barthélémy, et crut que sa maison étant devenue royale, ne pouvait croître davantage, s'il ne la rendait toute divine. Robert son fils lui dédia le sien , pour bâtir l'église de Saint-Nicolas (1). Henri Ier lui donna son hôtel , pour bâtir celle de Saint-Martin , et Louis XII, l'hôtel d'Orléans, pour bâtir l'église des Filles-Repenties, se persuadant que sa maison avait été consacrée depuis que le sceptre y était entré ; que la maison de France est la maison de Dieu , et que le cabinet de nos rois est un sanctuaire où il rend sa présence adorable (2) . Enfin , ils se sont estimés heureux de porter non seulement la qualité de prêtres, comme Charlemagne, mais encore de sergents , c'est-à-dire serviteurs de Jésus-Christ , comme saint Louis , et de sacristains , comme Robert , qui prit par honneur la commission de garder le saint Sacrement et les vases sacrés qui sont destinés à l'autel , pour obliger le ciel à veiller perpétuellement au salut et à la protection de son Etat. Si bien qu'on peut dire avec raison que nos rois sont les hôtes du saint Sacrement , puisqu'ils le logent dans leurs maisons ; ses hommes-liges , puisqu'ils lui font hommage de leur couronne , et les gardiens du corps de Jésus-Christ , puisqu'ils ont tant d'ardeur pour sa défense.
Mais si le saint Sacrement est le pain des rois de la terre et la racine de leur prospérité temporelle, il est encore avec plus de vérité le pain des élus et des enfants
(1) V. Louis d'Orléans, dans ses Harangues.
(2) Vide Adrianum Valerium, in discertatione de Basilici* quas primi Francorum reges considérant.
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de Dieu, qui sont les rois du ciel et les princes de l'éternité. Car c'est le sentiment commun des saints Pères, que ce Pain céleste appartient proprement aux prédestinés ; que s'ils aspirent à la couronne du ciel, ils la doivent prendre sur l'autel ; que leur salut est attaché à la divine Eucharistie, et qu'en la même façon que le Fils de Dieu s'est fait homme dans l'incarnation, les hommes sont faits enfants de Dieu dans la communion.