‹ Le chrétien a l'ecole du tabernacleChapitre 4 sur 12 · VERITE FONDAMENTALE · texte numérisé non relu

VERITE FONDAMENTALE

Il faut poser, pour vérité fondamentale, ce que dit saint Augustin, que le Fils de Dieu s'est fait homme afin de nous faire des dieux ; et que cette déification, qui fait le bonheur de tous les prédestinés, est le plus beau chef-d'œuvre de la religion, le plus grand dessein de Dieu et la plus généreuse prétention du cœur de l'homme. C'est le plus beau chef-d'œuvre de la Religion, parce que toutes ses forces tendent à nous transformer en Dieu par trois opérations hiérarchiques, dont la première nous tourne vers lui par l'éloignement du péché ; la seconde nous approche de lui par l'imitation de ses vertus ; la troisième nous unit à lui par la participation de la gloire. C'est aussi la plus généreuse prétention du cœur de l'homme qui répond à l'impression de la grâce que la Religion lui donne; parce qu'étant pauvre de sa nature, mais noble , il veut toujours monter et s'avancer en honneur, en biens, en repos, jusqu'à ce qu'il soit parfaitement satisfait. Or, il ne le peut être, s'il ne s'élève à Dieu ; parce que ce qui est capable de Dieu, ne peut être rempli que de Dieu,

dit saint Bernard. La capacité regarde l'acte ; le vide, la plénitude ; l'indigence, la suffisance ; l'image, le prototype. Donc la capacité infinie regarde un acte infini, le vide infini regarde une plénitude infinie, l'indigence extrême regarde une suffisance souveraine, l'image de Dieu regarde Dieu. Enfin, c'est le plus grand dessein de Dieu, parce qu'un ouvrier aussi excellent qu'il l'est en effet, ne peut avoir d'autre dessein en travaillant hors de lui-même que de faire un ouvrage parfait comme il est parfait en lui-même. Or, il ne le peut rendre parfait qu'en l'unissant à soi ; d'autant que la perfection n'étant pas essentielle à la créature, elle ne la peut trouver que dans son auteur. Et comme il n'y a qu'un soleil, une lumière primitive et originale, qui dispense sa clarté sur tous les astres ; de même il n'y a qu'un Dieu, un être souverainement et essentiellement parfait, qui donne la perfection à toutes choses. Pour rendre donc l'homme parfait, il faut que Dieu l'attire, qu'il l'élève, qu'il l'unisse à sa bonté, qu'il le déifie et le transforme «en lui-même parles traits de la grâce et de la gloire. Et, parce que Dieu et l'homme sont deux extrémités infiniment éloignées, il est nécessaire, pour les unir, que l'un et l'autre s'approchent. Par conséquent, il faut que Dieu descende, et que l'homme monte; que Dieu commence l'union, et que l'homme l'achève ; que Dieu s'abaisse vers l'homme, et que l'homme s'élève à Dieu. Le premier se fait dans l'Incarnation, le second dans la Communion. Comment cela ? En trois manières, qui feront les trois points de cet entretien.

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Pe CONSIDERATION.

Premièrement, le Fils de Dieu se faisant homme prend pour mère la bienheureuse Vierge ; et empruntant le plus pur de son sang pour se former un corps, il contracte avec elle une alliance si étroite qu'ils ne font tous deux qu'une même chair. Ce qui a donné sujet à saint Bernardin de dire que la bienheureuse Vierge est liée au Fils de Dieu par unité de substance et par la participation d'une même chair, la chair de Marie étant devenue la chair du Fils de Dieu (I). C'est pourquoi elle est comparée à cette lumière qui éclaira le monde les trois premiers jours de sa naissance, et qui depuis servit de matière pour former le corps du soleil. Je sais bien que les Pères ne sont pas tous du même sentiment au sujet de cette première clarté qui dissipa les ténèbres de l'univers. Saint Cyrille d'Alexandrie (2) croit que c'était l'élément du feu, qui, s'éievant vers le ciel, comme un globe lumineux, jetait ses rayons sur la terre. Quelques autres pensent que c'était la clarté du ciel empyrée. Saint Augustin la veut faire passer pour une lumière spirituelle des célestes intelligences. Saint Denis tient que c'était le soleil même, qui n'était pas encore au point de la perfection de sa lumière. La plus constante opinion est que c'était quelque matière brillante, quelque corps lumineux duquel le soleil fut formé le quatrième jour,

(1) S. Bern. Serm.de nom. Maria, t. 1, serm. 61.

(2) S. Cyr. Alex. I. II. contra Jul. c. 2.

à cause de quoi saint Thomas l'appelle un commencement de soleil. Mais, quoi qu'il en soit de la première lumière de la nature, il est évident que Marie est la première lumière de la grâce, qui a produit le Soleil de justice dans la plénitude des temps. Or, si elle est mère du Soleil, c'est-à-dire mère du Fils de Dieu dans l'Incarnation, elle est par suite mère des étoiles dans la Communion, je veux dire de tous les prédestinés, qui ne peuvent vivre de la vie divine qu'ils reçoivent dans le saint Sacrement, s'ils ne la reconnaissent pour mère et si elle ne les avoue pour ses enfants.

Qu'elle soit mère des élus, c'est un privilège dont tous les fidèles se glorifient. Marie, dit saint Bonaventure, est-elle seulement mère de Jésus-Christ? Non, certes, elle n'est pas seulement mère particulière de Jésus-Christ ; mais, par une grâce pleine de consolation et de douceur, elle est encore mère universelle de tous les hommes.

Qu'elle soit mère des prédestinés dans la Communion de son Fils* il est aisé de le montrer. Premièrement, parce qu'elle en fait l'office : car elle nous nourrit, et nous donne ce pain de vie. Venez, dit-elle, mangez mon pain, et bavez le vin que je vous ai préparé (1). Dans l'Incarnation, elle nous a conçus par le mouvement du Saint-Esprit; dans la Passion, elle nous a enfantés avec beaucoup de douleurs ; mais elle nous nourrit dans la Communion. Nous mangeons de son pain. Cette manne céleste n'est pas formée de la main des Anges, mais du sein de Marie. Prenez ce pain de mes mains, c'est mon Fils bien-aimé que je vous

(l)Prw. IX. 5.

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donne. Secondement, elle n'est pas seulement notre nourrice dans ce mystère, mais encore notre véritable mère, parce qu'en vertu de la Communion, nous sommes unis au corps de Jésus-Christ comme ses membres. Et si nous sommes les membres du Fils, certainement, dit saint Augustin, nous appartenons à la mère et nous avons part à son enfantement (1). Ajoutez à cela que c'est de sa chair que les prédestinés tirent la vie éternelle, parce que c'est la chair qu'elle a donnée à son Fils qui les vivifie, et qui est le principe de la lumière de gloire qui les fait naître dans le ciel. Les âmes prédestinées sont précieuses comme la perle. La perle s'engendre de la chair, comme dit saint Ephrem ; et l'âme prédestinée s'engendre de la chair de l'Agneau qu'il a prise de Marie, pour nous la rendre sur la table de l'autel. Vous savez ce que dit le concile de Trente (2), parlant de cet ineffable mystère, qu'il y a quelque chose qui s'y trouve directement en vertu des paroles de la consécration, d'autres seulement par compagnie. Que trouvez- vous dans le Sacrement en vertu des paroles? La divinité? Non, elle n'y est que par compagnie. L'âme de Jésus-Christ? Non, elle n'y est que par l'union inséparable qu'elle a avec son corps immortel et glorieux. Quoi donc? Ce qu'il a pris de Marie, c'est-à-dire simplement son corps et son sang : Hoc est corpus meum. Dans le mystère de l'Incarnation, dit un célèbre théologien (3), la divinité marche la première, l'humanité est à la suite : mais

iy Serm. 16.

(2) Sess. 13. c. 3.

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