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Christ sa prérogative unique d'influer la grâce.
En certains actes du ministère ecclésiastique pourtant et en particulier dans l'administration des sacrements, il arrive qu'un homme communique direclement la grâce aux âmes. — Oui. mais alors le ministre n'agit plus en vertu d'un pouvoir possédé en propre à titre de chef dislinct du Christ : il agit par une communication transitoire de la grâce capitale de Notre-Seigneur, dont son caractère sacerdotal le fait cire l'instrument désigné. Il est alors, en quelque sorte, le substitut du Christ, comme pourrait être, pensons-nous, par occasion, un apôtre dont telle parole inspirée porte à une âme le coup de la conversion.
Le Christ s'adjoignant ainsi, comme instrument de sa grâce, la parole d'un homme qui n'y peut rien et n'y pense même pas est un cas extraordinaire; le cas sacramentel est ordinaire dans la communication de la grâce. Mais ni dans l'un ni dans l'autre de ces cas, les hommes ne détiennent la grâce en leur pouvoir : ils ne font que prêter au Christ le ministère de leur parole et de leurs actes (1).
Dans la mesure même où des hommes sont chefs de l'Eglise, ils le sont moins que le (Christ. Car Notre-Seigneur est chef pour l'universalité des espaces, des temps et des étals, tandis que le pou-
(1) Cf. De Vérlt., q. XXVIII, art. 2. ad 12-, 14-, in^, 10,.
voir des autres chefs se particularise toujours. Le pape n'est chef universel que dans l'Eglise militante de son temps ; mort, il n'est plus pape, et la tiare le cède à la mitre sur le front de sa dépouille. D'autres, comme les évoques, les prélats, les abbés, ne sont que des chefs locaux. Tous enfin ne sont chefs que par la vertu du Christ qui se les substitue; lui est chef par lui-même, à raison de la grâce plénière qui découle comme naturellement de son union hypostatique. Il peut produire la grâce. Nous n'avons pas à insister sur ce point. Nous avons vu, en effet, que, par suite de son union à la personne du Verbe, l'âme du Christ a reçu la grâce à son degré le plus éminent. Cette éminence fait précisément que toute l'humanité de Jésus peut elle-même communiquer la vie surnaturelle par manière d'instrument intimement uni à Dieu sanctificateur. Et voilà le privilège incommunicable au plus parfait des saints, au plus élevé des anges, à la Sainte Vierge elle-même ! Donner la grâce, c'est produire directement dans l'essence de l'âme une ressemblance formelle avec la nature divine. Or Dieu seul peut atteindre directement l'essence de l'âme. Les créatures, hommes ou anges, n'agissent que parle dehors sur nos facultés spirituelles : hommes ou anges nous proposent des signes, nous soumettent des motifs et des buts, et c'est tout. Donner la grâce, c'est encore achever cette déification de notre
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essence spirituelle par une déification de nos facultés, rendues capables désormais de voir Dieu comme il se voit et de Tainier en conséquence. La grâce sinsinue ainsi du fond le plus caché de notre àme jusque dans les plus libres inspirations de notre volonté et dans les plus subtiles déterminations de notre pensée. C'est le propre de Dieu d'actionner notre intelligence et notre liberté, non plus à la surface et plus ou moins efficacement, mais par le dedans, et avec un irrésistible succès. C'est sa prérogative de Cause première et universelle de l'être et de toutes les modalités de l'être, sans eu exclure les plus intimes, les plus délicates et les plus jalousement autonomes.
On peut se demander ici pourquoi ce pouvoir moteur de la vie surnaturelle que nous déclarons propre à Dieu et incommunicable s'est pourtant communiqué à l'humanité du Christ, c'est-à-dire à une créature. — C'est c|ue le Christ n'est pas simplement une créature. Il est une nature humaine et une nature divine réunies dans l'unique personnalité du Verbe. Sa nature humaine demeure humaine sans confusion avec la nature divine, mais pourtant elle lui est substantiellement unie ; elle subsiste dans le Verbe et par lui, et le Verbe se l'annexe en vue de toute œuvre capable d'être faite à l'aide d'un instrument. Or la production delà grâce, à la diiTc-
rence de la production des choses, se fait dans un sujet préexistant, et, par suite, comporte certaines dispositions et modifications de ce sujet sur lesquelles peut opérer un instrument. Dieu a tout créé par son Verbe en sa pure nature de Verbe divin et ne pouvait créer par aucun instrument créé luimême ; mais il peut réparer en nous les ruines du péché et nous sauver en se servant de l'humanité du Verbe fait chair. L'humanité de Notre-Seigneur tient donc son privilège de concourir à la produc tion de la grâce, de ce degré suprême d'union à Dieu où la place l'union hypostatique.
Un mot en passant au sujet du pouvoir de grâce de la Sainte Vierge. La liturgie de l'Eglise le lui reconnaît en des termes singulièrement expressifs. A la fin des hymnes de ses fêtes on salue « Marie, Mère de grâce et Mère de miséricorde » ; dans la prose Inviolala, selon la lecture qui en est au-torisée au rit dominicain, on lui demande de nous « accorder le pardon » ; et dans l'antienne du Salve Regina, on l'adjure « de nous montrer Jésus, le fruit béni de son sein, après l'exil de cette vie. » Ces formules prises à la rigueur de la lettre sembleraient dire que la Bienheureuse Vierge donne la grâce, accorde la rémission des fautes et assure finalement aux justes leur récompense. Mais elles doivent s'entendre au sens de cette « toute-puissance
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dans la prière » que saint Bernard attribue justement à la Mère du Sauveur et des hommes. Elles ne prétendent pas mettre sur le même plan la Sainte Vierge et Celui « par lequel » l'Eglise sollicite toujours les dons de la grâce parce qu'il en est le maître et le donateur.
La dévotion catholique veut simplement placer l'intercession de la Mère de Jésus au-dessus de toute intercession des anges et des hommes. Sa sainteté hors de pair place Marie assez près de Jésus et assez au-dessus des hommes pour qu'elle soit autorisée à demander tout pour tous, alors que les autres bienheureux paraissent avoir plutôt un crédit limité à certains genres de faveurs. Une des formules les plus expressives de son pouvoir de supplication toute-puissante se trouve dans cette prière de l'Eglise : 0 Vierge-Mère, lorsque « vous serez en présence de Dieu, n'oubliez pas de solliciter pour nous toutes sortes de biens, et mettez-nous à l'abri de sa colère (1). »
(1) Offert, ia fcst. Compassionis B. M. V., in Miss. Praed.