‹ Le Christ d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 19 sur 48 · III · texte numérisé non relu

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l'intelligence du christ 205

Le Christ eut-il des connaissance âcquises(i)?

Il est dit dans TEpître aux Ilcbreux : «Bien que le Christ fût Fils de Dieu, il a appris l'obéissance par les choses qu'il a souffertes (2). » Assurément Notre- Scii^neur connaissait l'obéissance par sa science divine et par sa science humaine infuse. Ces deux sciences lui en donnaient la pleine intelligence, Alais par ses actes d'obéissance, il a touché d'une manière expérimentale aux réalités de cette vertuj et ce contact douloureux lui en a donné cette con. naissance à part que nous acquérons après avoir vu, goûté ou senti. Pareille connaissance ne se confond ni avec la science infuse ni avec la science divine : celles-ci sont la pure lumière essentielle de Dieu ou une lumière qui en dérive directement. La scienceexpérimentale, au contraire, est une lumière qui jaillit de l'observation des phénomènes naturels dans le mouvement ordinaire de notre vie, et de leur réaction sur nous. Jésus a, comme nous, acquis des idées, l'idée de la douleur par exemple à l'occa-

(l)Snm. Tlicol., III» P., q. IX, art. 4; — q. Xll.art. 1, 2 3, 4. -(21 V, 8.

206 LE CHKIST d'aPKÈS SAINT THOMAS D'aOUIN

sion des chocs pénibles qu'éprouvait sa sensibilité. Son intelligence n'était nullement immobilisée dans une incapacité radicale de tout progrès. Quand saint Luc nous dit « qu'il croissait en âge et en sagesse (1) », il indique bien clairement ce progrès de l'expérience et des découvertes au fur et à mesure de son développement physiologique. Il n'y avait donc pas en Notre-Seigneur une pure apparence de progrès intellectuel, mais la croissance d'un esprit actif largement ouvert aux leçons des choses et des événements.

La raison de cette croissance est, d'après saint Thomas, que toutes les énergies dont Dieu a enrichi notre nature devaient agir dans le Christ. Dès lors il ne convenait pas que le Christ ayant une intelligence normalement constituée, eût cette seule capacité de recevoir des idées, que la science infuse est venue combler, mais encore celle de s'en créer par le travail abstractif de la méditation, au jour le jour, en observant le rnondc. 11 la possédait ; et de là vient l'empreinte sensible des horizons galiléens et des mœurs de sa race sur la forme de ses paraboles et les images de son style. C'est ainsi que la vue des pasteurs sur les montagnes lui inspire de merveilleuses idées sur la miséricorde de Dieu pour le pécheur égaré loin du troupeau docile.

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