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210 LE CllUIST d'aPRKS PAINT THOMAS D'aQIIN
Y eut-il de Vignorance dans le Christ (1) ?
Il 11 y a plus à sattarder sur cette question puisque saint Thomas nous a fait voir que Notre-Seigneur possède comme Dieu et comme hommcla plénitude de la science.
Comme Dieu, évidemment, Xotre-Seigneur ne peut rien ignorer.
Comme homme, il connaît Dieu pleinement puisqu'il le voit face à face. Si, à cause des limites qui circonscrivent toute créature, il ne voit pas Dieu avec l'infinie clarté dont le Verbe rayonne, ce n'est pas une ignorance qui en résulte pour lui. 11 sait tout ce qu'une créature peut connaître de Dieu, ri sait tout de Dieu. Seulement, le mode de cette science reste fini, comme tout acte vital d'un esprit humain.
Par sa science infuse, il sait des choses divines et humainestout ce qu'il lui convient de savoir comme rédempteur de la race d'Adam, comme chef des hommes et des anges, comme roi et dominateur de
(1) Sum. Theol., III» P., q. XV, art. 3.
l'intf.i.mgence du ciiniST 211
toute créature. Sa science s'étend ainsi à toute réalité présente ou future et à tous les effets possibles de ce qui existe ou existera. Sans doute, il ne sait pas les infinies variétés des choses et des mondes qui pourraient sortir de la puissance divine, mais ceci ne constitue pas encore une ignorance. L'ignorance, c'est le manque de savoiren celui quiest apte aie posséder. Or, ni par nature, ni par grâce, Notre- Seigneur n'est apte à posséder dans sa raison humaine l'idée adéquate de ce qui est possible à Dieu. Comprendre, c'est égaler ; comprendre la toutepuissance divine en son entier, c'est l'avoir, ou plutôt, c'est l'être soi-même. Cette nescience des infinis possibles à Dieu n'est pas une ignorance en Notre- Seigneur parce que, entant qu'homme, il n'est point apte à les connaître. Il possède toute la plénitudede science que peut porter une intelligence humaine, non seulement parce qu'il est proche de la lumière incréée, mais surtout parce qu'il est intimement uni à la splendeur de cette lumière en la personne du Verbe. Dès lors le Verbe fera pour l'instruire ce qu'il n'a fait ni pour les hommes ni pour les anges. Il en fait « le Soleil levant nous visitant d'en haut pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, pour diriger nos pas dans le chemin de la paix (1). »
(1) Luc, I, 78-79.
212 LE CHRIST d'aPHÈS SAINT THOMAS d'aOUIN
L'Evangile témoigne précisément de cette perfection de connaissance dans le Christ. Après les épanchements deladernièreCèhe, les disciples s'écrient: «Maintenant nous savons que tu sais tontes choses, et que tû n'as pas besoin que personne t'interroge. C'est pourquoi nous croyons que tu es sorti de Dieu (1). >) Les apôtres reconnaissent V oimiiscience du Sauveur à son signe le plus saisissant : eux qui ont vécu dans son intimité, en témoins de tout son ministère, ils l'ont vu tant de fois pénétrer le secret des pensées de ses interlocuteurs, lire dans leurs âmes, dans l'âme de la Samaritaine, dans celles des convertis de la première heure, qu'ils déclarent par la bouche de saint Jean que Jésus est le premier des sages, des psychologues, et plus encore. 11 ne s'agit pas seulement d'intuitions, de profondeur d'analyse^ attribuables à une science purement naturelle, car voici le texte de l'évangéliste : « Pendant que Jésus était à Jérusalem, à la fête de Pâque, plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait. Mais Jésus ne se fiait pointa eux, parce qu'il les connaissait tous, et parce qu'il n'avait pas besoin qu'on lui rendît témoignage d'aucun homme : il savait lui-même ce qui était dans Ihomme (2j. » Stupéfâitspar cette lumineuse pénétration des consciences, les apôtres y découvrent le si^ne de la
(Il Jean, XM, 30. — [2) II, 23-25.
l'intelligence du christ 213
mission du Ycvbe fait chair, et ils font leur profession de foi : « C'est pourquoi nous croyons que tu es sorti de Dieu. » Jésus leur répond, approuvant ce raisonnement et cette croyance : « Maintenant vous croyez (1). »
(l)Jean, XVI, 30-:U.