‹ Le Christ d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 23 sur 48 · I.A l'I ISSANCE DE I.'aMF, DU CHRIST · texte numérisé non relu

I.A l'I ISSANCE DE I.'aMF, DU CHRIST

pic : il lui propose les signes rationnels par lesquels la vérité lui est démontrée. C'est ainsi que laprière est eause morale de ce qu'elle obtient: elle propose à celui (|u"on prie les motifs sur les({uels il lui conviendrait de se déterminer. Les partisans de la causalité morale de l'àmc du Christ dans les miracles se réclament surtout d'un texte de saint Thomas ([u'il convient de citer dans sa langue originelle : « Ntillam fuisse v'u'lulem in Christi anima ad immiitandam legem vel cursum natxirx sive ad patranda miracula, nisi per modum orationis aut iiitercessionis (1 . » Sur ce, nos adversaires revendiquent saint Thomas lui-même parmi les tenants de la causalité morale, et ils accusent l'Ecole dominicaine de ne pas comprendre ou de fausser la pensée du Docteur Angélique. Rien que cela ; — c'est ce que nous allons examiner.

Disons tout de suite que cette controverse nous amène à l'un des points de cristallisation de la synthèse thomiste. Toute la question de la causalité des sacrements dérive de la question de la causalité miraculeuse du Christ, puisque les sacrements opèrent par la vertu du Christ. Il y a, c'est vrai, des considérations propres au sujet qui nous occupe en ce moment, car l'humanité du Christ n'est pas, comme le sacrement, un instrument détaché de

(1) m Sent; disl. XVI, q. I, art. 3.

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lagcnl principal, mais, au contraire, un instrument uni à lui. Mais, ces difîérences posées, le principe général à discuter reste le même: Dieu peut-il se servir d'instrument, au sens physique du mot, pour produire'le miracle ou la grâce (1) ?

D'où viennent donc les répugnances de certains théologiens à admettre cette causalité physique de l'àme du Christ et de toute son humanité dans le miracle et dans la grâce ?

Il faut, dit-on, qu'un instrument ait toujours son action propre sous l'influence de l'agent principal. Cette action de l'instrument dispose la matière que l'agent principal transforme. Ainsi le tranchant d'un rabot opère le poli de la planche rabotée par le menuisier. Or, ni l'âme du Christ ni son corps n'ont absolument rien à faire, rien à produire dans l'effet de certains miracles. Quand Notre-Seigneur dit : « Lazare, viens dehors ! (2) », ni sa pensée, ni sa volonté, ni son imagination, ni sa parole, ni son cri, ne produisent absolument rien sur un cadavre incapable d'entendi'c ou sur une âme qui existe et qui vit séparément du corps. C'est la puissance divine qui réunit l'âme de Lazare à son corps ; les paroles du Christ n'interviennent ici que comme l'expression de son désir et celle de son crédit au-

(1) Cf. Joan. a S. Th., De Incarn., q. XIII, art. 2, n" 3 et 4. — {2} Jean, XI, 43.

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près de Dieu pour rédification des hommes. Il y a donc simplement une assistance divine qui coexiste à la parole du (Ihrist. Ht c'est pour cela, sans doute, qu'après avoir fait enlever la pierre du tombeau Notre-Seigneur lève les yeux au ciel et prie ; « Père, je te rends grâces de ce que tu m'as exaucé. Pour moi, je savais que tu m'exauces toujours ; mais j'ai parlé à cause de la foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé (1). » Notre- Seigneur juge bon de prier avant de ressuscitei' Lazare, et il regarde sa prière comme une prière toujours exaucée : preuve que c'est par ce moyen qu'il obtient le miracle, et dès lors preuve qu'il est, en son humanité, une cause morale de ce miracle. Quelque temps après la résurrection de Lazare, Notre-Seigneur confirme lui-même cette idée en priant publiquement : « Père, dit-il, glorifie ton nom ! » Et le miracle demandé vient tout de suite, car l'évangéliste ajoute : « Une voix vint du ciel : Je l'ai glorifié, et je le glorifierai encore (2) ».

A cela nous répondons que la causalité morale de la prière du Christ s'accorde sans contradiction aucune avec la causalité physique de sa puissance miraculeuse, La puissance miraculeuse n'est pas en lui comme une faculté naturelle, ou une vertu acquise, ou encore un don infus par manière de

(1) Jean, XI, '11-4?. - (2) Jetxu. XII, ?8.

qualité permanente : elle est en lui comme un mouvement divin, passager de sa nature, et à ce titre elle peut faire l'objet d'une demande. Sans doute, Notre-Seigneur est sûr que Dieu l'exaucera toujours et en ce sens le pouvoir miraculeux est à sa discrétion, — non pas toutefois que Dieu se soumette à l'âme du Christ, mais parce que l'âme du Christ s'offre à Dieu comme un instrument toujours d'accord avec ses vues ; pourtant, il prie afin que la foule, incapable de voir dans son âme le passage mystérieux de la puissance divine, en ait, par sa propre prière exaucée, un signe sensible. Ceci n'est pas une explication de fantaisie : c'est celle de Notre- Seigneur lui-même, et elle est décisive. Jésus ne prie donc pas pour obtenir le don des miracles et la puissance miraculeuse. Ainsi l'évangile de saint Jean appuie la thèse thomiste, bien loin de la miner.

Reste la difTiculté métaphysique. Comment Notre- Seigneur peut-il agir par sa pensée ou sa parole sur un cadavre qui ne comprend rien et n'entend même pas ? Il semble bien ici que l'action dispositive propre à tout instrument soit empêchée de s'exercer.

L'argument n'est pas sans réplique. On ne doit pas confondre les instruments de l'ordre naturel avec ceux de l'ordre surnaturel. Les instruments de

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