‹ Le Christ d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 24 sur 48 · LA PUISSANCE DE L AME DU CHRIST · texte numérisé non relu

LA PUISSANCE DE L AME DU CHRIST

l'ordre naturel viennent en aide à des causes qui ne peuvent se passer de leur concours : sans pinceau, le génie de Raphaël est stérile. Les instruments de l'ordre surnaturel ne viennent pas en aide à Dieu ; Dieu n'a pas besoin d'aide, et il peut fort bien, sans l'humanité du Christ, ressusciter Lazare. Cependant riiumanité du Christ ordonnant une résurrection, et non pas une guérison de fièvre, spécifie en quelque sorte la direction que prend la toute-puissance de Dieu. Ainsi l'instrument de l'ordre surnaturel ne doit pas nécessairement modifier le sujet sur lequel il agit, comme il en va pour l'instrument naturel. Mais, encore une fois, il spécifie et particularise le mode d'action de la toute-puissance divine. Ceci ne veut pas dire que, sans cette détermination, la toute-puissance divine demeure inactive et vague ; mais, au contraire, elle se sert de cette détermination précise à ressusciter un mort ou à guérir la belle-mère de saint Pierre pour faire prononcer par Xotre-Seigncur des paroles appropriées à ces divers miracles. En efi'et, Xotre-Seig»eur dit : « Lazare, viens dehors ! » parlant de sa propre bouche humaine, en un style qui convient ii celui seul qu'un mort peut entendre, puisque seul il atteint lame, po;ir lui faire reprendre son corps (1). En somme, l'ùme et le corps de Notre-Seigneur, en tant qu'iiis-

(1) Cf. Billuart, De Incarn., diss. XIII. art. 2.

truments de la puissance du Verbe, n'ont pas, comme les instruments naturels, à réaliser une disposition secondaire des sujets sur lesquels ils agissent. Le « Lazare, veni foras » ne fait rien par lui-même sur le cadavre de Lazare, tandis que par elle-même la brosse dont se sert Raphaël étend la couleur sur la toile. Au contraire, la toute-puissance divine dispose de la pensée," de la volonté, de la parole de Jésus pour exécuter des miracles spéciaux correspondant exactement à l'objet de cette pensée, de cette volonté, de cette parole. Et ainsi l'humanité du Christ se trouve être instrument de la toute-puissance divine pour délimiter l'objet qu'elle se propose, et non, à proprement parler, pour l'aider. Notons, d'ailleurs, qu'entre l'instrument de l'ordre surnaturel et l'instrument de l'ordre naturel, il y a analogie, et non identité de constitution, bien que l'un et l'autre soient, au sens propre, des instruments.

Quant au passage de saint Thomas tiré du commentaire sur le III® livre des Sentences de Pierre Lombard, — passage que nous avons consciencieusement cité dans son texte latin, — Cajetan le regarde comme Texpression d'une opinion de jeunesse, plus tard rétractée (1). Jean de Saint-Thomas

(1) Comment, in art. 2, q. XIII, III" P., Sum. Theol.

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