LA PLISSANCE DH I/AME DU CHRIST
maison, désirant que personne ne le sût, mais il ne put rester cache (1). » Au retour de ce voyage, il guérit un sourd-muet en traversant le pays de Décapole : « Jésus recommanda aux témoins du prodige de n'en parler à personne ; mais plus il le leur recommanda, plus il le publièrent (2). » La même indiscrétion est commise par deux aveugles qu'il guérit en Galilée : « Jésus, dit saint Matthieu, leur fit cette recommandation sévère : Prenez garde que personne ne le sache. Mais dès qu'ils furent sortis, ils répandirent sa renommée dans toute la région (3). » Voilà trois faits qui semblent mettre en échec l'affirmation de saint Augustin.
A cette difficulté, saint Thomas répond que la volonté humaine du Christ avait bien tout pouvoir sur ce qu'elle faisait elle-même, mais non sur ce que faisaient les autres. Elle respectait le libre-arbitre d'autrui ; il le fallait bien d'ailleurs car elle n'avait point, ni par nature, ni par pouvoir infus habituel, la faculté rv'>servée à Dieu de déterminer les volontés sans les contraindre. C'est seulement en tant qu'instniinent du Verbe divin qu'olh' pouvait toucher, du dedans, les ressorts dos vouloirs humains par une inoîioii efficace. Dès lors, quand Noire-Seigneur voulait, comme insliumcnt du Verbe divin, qu'un homme fît telle chose, cet
U) Marc, VII. 24. — (2) Marc, VII, 31).- (.3)I\', ?,0-3K
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homme la faisait ; mais quand il se bornait à le vouloir de sa volonté naturelle, cet homme pouvait lui résister.
Notre-Seigneur se soumet ainsi à l'empire des circonstances extérieures qui entravent notre puissance humaine d'agir. Quand il sait que Dieu ne veut pas ou ne permet pas tel ou tel événement, il ne lèvent pas non plus de cette volonté toute-puissante d'instrument du Verbe qui lui met tout en mains ; il le veut de sa seule volonté humaine et, par suite, court risque de rencontrer des obstacles et des résistances. Dans ce dernier cas, sa volonté est efficace autant qu'elle peut létre et par rapport à tout ce qui dépend d'elle ; absolument parlant, elle ne l'est pas puisqu'il lui manque cette réalisation de l'effet qui est la pierre de touche du ne réelle et pleine efficacité.
L'Evangile nous rapporte que Notre-Seigneur priait, priait souvent, prolongeait sa prière (1). Cetteprière de Jésus ne prouve pas du tout l'inefficacité radicale de la volonté ; elle prouve seulement que l'efficacité de. sa volonté humaine lui venant de la volonté divine avec laquelle elle s'accordait toujours, Jésus demandait à Dieu ce « velle et perficere » que Dieu opère en tous. Il n'ignorait pas que son Père le glorifierait un jour ; néanmoins il demandait sa
(1) Luc, VI, 12.
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glorification parce qu'il savait que sa prière était un moyen choisi par la volonté divine pour sa propre exécution. 11 priait de même pour la conservation de son Eglise, à laquelle il avait lui-même assuré l'infaillible assistance du Saint-Esprit, parce que sa prière était voulue de Dieu comme une cause secondaire de cette assistance. Loin de démontrer l'inefficacité de sa volonté, la prière de Jésus est une condition providentielle de sa puissance.