‹ Le Christ d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 28 sur 48 · LK CHRIST · texte numérisé non relu

LK CHRIST

274 i.K CHRIST d'après saint THOMAS d'açjuix

pouvoir soutenir la laideur du Christ (1). Le docteur africain s'autorisait du texte d'Isaïe sur le Serviteur de lahvé : « Il n'avait n i éclat ni beauté pour attirer nos regards et son aspect n'avait rien pour nous plaire (2). » Mais, en somme, ce texte peut s'entendre bien plus naturellement du Christ défiguré parla passion puisque c'est de la passion qu'Isaïe prophétise dans tout le chapitre d'où ce verset est tiré. Il semble, au contraire, que Notre-Seigiieur ait dû recevoir de Dieu une certaine beauté physique. La laideur repousse toujours, même quand il s'y adjoint une expression sympathique d'intelligence et de bonté. Un Christ laid eût été peu attirant. Notre-Scigneur devait-il pour cela être un type de beauté plastique? — Nous ne le pensons pas davantage. Il fallait qu'en lui tout fût à sa place, et que le charme des lignes et du teint rehaussât l'expression de Tàme et de la divinité sans leur faire tort en attirant trop l'attention sur les avantages extérieurs de son humanité. Ilfallait au Christ cette beauté du corps qui manifeste une âme totalement maîtresse de son organisme ; et nous pouvons croire qu'il eut effectivement ce privi lège secondaire puisque son corps avait été conçu du Saint-Esprit dont l'action ne peut rien produire de manqué ou d'informe. Nous rattachons ainsi l'absence de laideur et la présence d'un certain agré-

(1) De Carne Chrisli, c. IX ~ (2) LUI* 2.

LES IM IHMITKS CORPOULLF.KS DU CIIHIST V/.)

ment de visage et de taille dans le Christ à ce principe de saint Thomas : Notre-Seigneur ne pouvait avoir aucune de ces infirmités corporelles qui proviennent en nous de causes particulières, et spécialement d'une hérédité malsaine. « 11 avait la beauté qui convenait à son état de Verbe fait chair et au respect de sa condition mortelle de Rédemp teur (1). »

Erreur donc de s'imaginer un Christ difTorme et repoussant. Erreur encore de s'imaginer un Christ violemment terrible et hautain commecelui du Jugement dernier de Michel-Ange, à la Sixtine. Saint Thomas dit encore à ce sujet avec un sens exquis de la mesure : « Le Christ n'avait pas cet extérieur splen dide et imposant qui faisait dire du vieux Priam : Il est né pour un trône. (2) » Ici, nous abandonnons quelque peu l'exégèse de Billuart à propos du 3® verset du psaume XLIV : « Tu es le plus beau des enfants des hommes ; la grâce est répandue sur tes lèvres : c'est pourquoi Dieu t'a béni pour toujours. » Qui peutcroire, dit Billuart, que le Christ ait été béni de son Père à cause de la beauté de sa figure (3) ? Nous ne le croyons pas plus que Billuart. Seulement, nous ajoutons que la beauté de l'âme transparaissant à travers son enveloppe de chair devait trouver en Notre-Seigneur un visage capable

(l)/rt Psalm. IV. — (2) In Isaïam, c. LUI. — (3) De Incarn., disp. XIV, art. 2.

27t) LE cuniST n'APPKS saint thomas d'aouin

par sa beauté propre de lui donner toute f-a valeur d'expression. Le corps est pour l'âme, et une âme informe et façonne d'autant mieux son corps quelle est une âme plus parfaite. L'âme du Christ est la plus parfaite de toutes, même au seul point de vue des qualités naturelles : nous pensons donc et nous aimons à penser que son corps est le mieux façonné de tous les corps humains.

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