L'ABSOLUE PURETÉ D'AIYIE DU CHRIST
Le Christ a-t il commis des péchés (1) ?
Il est certain, nous le savons par la foi révélée et par l'enseignement commun de l'Eglise, qu'il n'y eut en Notre-Seigneur aucun péché, ni originel, ni actuel.
L'ange Gabriel dit à Marie lorsqu'il lui demande sa coopération au mystère de l'Incarnation : « Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la vertu du Très- Haut te couvrira. C est pourquoi l'être saint qui naîtra de toi sera nommé Fils de Dieu (2). » C'est donc un être saint, et non un être pécheui', qui naît de la Sainte Vierge ; et, de cette sainteté, lange donne la raison quand il en attribue l'origine à une conception produite par l'Esprit Saint tout seul
(1) Sum. Theol., III» P.,q. \V, nrf. 1. — f?) I,iic, I, 35.
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dans son sein. La conception du Verbe Incarné échappe en même temps à la loi naturelle de toutes les conceptions humaines et à l'héritage de péché qui en résulte. Quant au péché actuel, Notre- Seigneur défie les Juifs, malgré toute leur haine, de jamais l'en convaincre : « Qui d'entre vous me convaincra (.'3 péché ? (1) « Saint Pierre écrit de lui : « Il n'a point commis de péché, et dans sa bouche il ne s'est point trouvé de fraude (2) . » L'Epître aux Hébreux ajoute, par allusion aux trois tentations typiques du désert : « Il a été tenté comme nous en toutes choses sans commettre de péché (3). » D'ailleurs, Notre-Seigneur se rend à luimême ce témoignage décisif : « Ce qui est agréable à mon Père, je le fais toujours (4). » Et dans le discours de la Cène, il renforce ce témoignage : « Le prince de ce monde vient. Il ne peut rien sur moi; mais il faut que le monde sache que j'aime le Père, et que j'agis selon l'ordre que le Père m'a . donné (5). »
Appuyée sur ces textes explicites de l'Ecriture, l'Eglise a porté plusieurs définitions de foi. Le Concile d'Ephèse (431), dans son 10« canon, déclare « anathème quiconque dit que le Verbe fait chair s'est offert en sacrifice pour lui-même, et non pour nous seuls, car il n'eut pas besoin d'oiïrande à son
(1) Jean, VIII, 46. - (2) I Pierre, II, 22. - (3) IV, 15. - A] Jean, VIIl, 29. — .'5) Jean. XIV, 30. 31.
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profil, uayanl jamais conimls de pêche (1). » I.e Concile de Chalcédoine (451) insère dans sa longue définition que « le Christ nous fut semblable en tout, sauf le péché (2). » En 649, sous le pape Martin I", le 5" canon du Concile de Latran rappelle la même doctrine (3). En 675, le 11° Concile de Tolède, plus tard déclaré authentique par le pape Innocent III, renouvelle les définitions déjà portées dans son Symbole de la foi (4). Enfin le décret d'Eugène IV, promulgué pour les Jacobites au Concile de Florence (1441), réitère la même doctrine (5).
Cette préservation de tout péché rentre essentiellement dans les fins de l'Incarnation. En revêtant notre chair, le Verbe devait prendre sur son humanité une partie de nos misères humaines. Il le fallait, nous l'avons vu, pour satisfaire à la justice divine, pour manifester la réalité de son Incarnation, et alin de devenir pour nous un exemplaire de vertu. Mais pour aucune de ces raisons il ne convenait que le Christ fût pécheur.
Le péché eût été un obstacle radical à son œuvre satisfactoire. Un homme qui pèche est indigne de satisfaire par lui-même à la justice de Dieu
(l)Denz.,doc.XII,H2. — (2)Den£.,doc. XVII,134. — (3)Denz.. doc. XXV, 206.- (4) Denz.,doc. XXVI. 233. — (5) Denz., doc. LXXIII,602.
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dont il a ofTeiisé l'infinie majesté. C'est pour cela que nous avons besoin, selon l'Epître aux Hébreux, « d'un grand-prêtre comme le Christ, saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, et plus élevé quelescicux. (i)» La sainteté des saints et des anges bienheureux no suffit même pas au Christ-Rédempteur : il lui faut une sainteté « plus élevée que les cieux » qui sont remplis de ces saints et de ces anges. Leur sainteté est, après tout, bornée comme leur nature. Mais la sainteté de THomme-Dieu est infinie comme la personne divine en qui elle sub-' siste et de qui elle tient l'être par une union souverainement intime. Aussi l'Epître ajoute-t-elle: « Il n'a pas besoin, comme les grands-prêtres, d'ofFrir chaque jour des sacrifices, d'abord pour ses propres péchés, ensuite pour ceux du peuple, car ceci il l'a fait Une fois pour toutes en s'offrant lui-même. En effet, la loi établit grands-prêtres des hommes sujets à la faiblesse ; mais la parole du serment,, après la loi, établit le Fils qui est parfait pour l'éternité (2). »
Ln second motif pour le Verbe Incarné de prendre sur lui nos misères, c'est de nous démontrer la réalité de sa chairhumaine. Il mange vraiment après avoir souffert de lafaim ;il s'endort d'un vrai sommeil sur la barque de Pierre où il est descendu