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Dieu aimé en soi, ou sur Dieu aimé dans les œuvres de sa bonté. Nous ne pouvons donc prétendre à un éclaircissement total de la difficulté ; cependant il nous semble que les théologiens dont nous proposons l'explication ont réussi à montrer qu'il n'y a pas contradiction à ce que le même amour dont le Christ aime Dieu soit tour à tour nécessaire quand il se porte sur l'absolu divin, et libre quand, de Dieu, il dérive vers les créatures, et qu'il s'attache à Dieu comme au principe même de l'amabilité des êtres.
Nous trouvons ce même mystère au terme des observations psychologiquesles plus incontestables en philosophie. C'est un mouvement nécessaire de notre volonté qui nous fait aimer le bonheur, et, universellement, tout ce c|ui a raison de bien. N'empêche que, de ce mouvement nécessaire vers le bien universel, dérivent naturellement tous nos libres vouloirs des biens particuliers. Quoid'étonnant, puisque le premier mouvement naturel de notre âme vers le bien en général n'est qu'une recherche voilée, implicite, vaguement consciente de ce qui, au fond, ne se concrétise qu'en Dieu ! Ainsi la présence du mystère de la liberté sortant de la nécessité s'impose dans Tordre naturel de nos vouloirs, tout autant qu'elle s'affirme dans l'ordre surnaturel des vouloirs du Christ. Et si l'on veut chercher plus haut que nous-mêmes et plus
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haut que l'huniaïuté du Christ la h)i typique de cette dérivation du nécessaire au libre, il faut chercher dans cet amour incréc par lequel Dieu s'aime nécessairement lui-mcme et aime librement toute créature émanant de lui. Notre volonté qui aime le bien, et le Christ qui aime son Père en son âme d'homme, ne sont-ce pas des participations et des ressemblances de cet amour incréé, nécessaire quand Dieu s'aime en soi, et libre quand il s'aime en ses œuvres (1)?
Il semble d'ailleurs que cet essai d'explication ait un fondement assuré dans l'Ecriture. Notre-Seigneur ne se contente pas d'affirmer la liberté de son immolation en disant que c'est lui-même « qui dépose sa vie, et qu'il a le pouvoir de la reprendre comme delà déposer (2)», — il ajoute qu'il la dépose par amour pour son Père: « 11 faut que le monde sache que j'aime le Père (3). » Voilà bien lalfirmation de l'acte d'amour divin dont s'inspire toute la passion. Et puisque, d'autre part, Nolre-Scigneur affirme qu'il marche à la mort en toute liberté, il s'affirme également libre dans l'amourqui guide ses pas. Aussi quand saint Paul, dans le texte cité plus haut, donne auxPhilippiens lénumération des mérites acquis par la liberté du Christ, de quoi parle-
(1) Jean, a S. Tli.,disp. XVII.arl. 3, n- 12 (2) Jean, X, 18. -
(3) Jean, XIV, 31.
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t-il ? — Il parle de son humiliation, de son obéissance jusqu'à la mort, de la croix sur laquelle il est mort. C'est indiquer bien clairement qu'en face de ces odieux objets, le Christ se retrouvait libre, quelle que lût la nécessité de l'amour qui l'entraînait vers Dieu.
La liberté n'est pas la seule condition du mérite à l'égard de Dieu : la liberté est une simple condition naturelle ne méritant, de soi, que des récompenses naturelles. Ainsi l'honnêteté naturelle d'un païen peut-elle lui valoir des joies toutes naturelles, le contentement de soi-même, l'estime de ses voisins, la fortune. Mais pour mériter la grâce de Dieu , c'est-à-dire la participation de la nature divine et l'habitation de Dieu en nous , nous avons besoin d'être déifiés par une première grâce et une première approche de Dieu qui sont des dons purement gratuits. Le Christ a-t-il reçu ces dons ? Nous n'avons plus à l'examiner, car nous avons déjà dit et répété qu'il possédait la plénitude de la grâce, soit la grâce sanctifiante, soit même la grâce d'union qui lui est toute personnelle.
Cependant, entre nos mérites et les mérites du Christ, il y a une différence qui est infiniment à l'avantage de ceux-ci. Nous participons de la nature divine en possédant une activité d'esprit et de cœui qui nous rend capables d'agir comme agit Dieu,