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monde, mais tous les mondes si des créations nouvelles les faisaient chaque jour se multiplier à linfini dans rimmensité des espaces. C'est donc par sa constitution même, où le surnaturel, le divin, entre substantiellement, que Notre-Seigneur est capable de mériter pour nous tous. Et c'est là une prérogative qu'aucun homme ou qu'aucun ange ne peut avoir, car personne, en dehors de Jésus, n'est admis à partager la personnalité du Verbe. Les plus hauts degrés de la grâce sanctifiante, la mission illuminatrice d'un saint Michel ou la mission apostolique d'un saint Paul, donnent simplement à ceux qui en sont les bénéficiaires, soit un pouvoir d'intercession qui s'appuie sur la miséricorde, soit un pouvoir de mérite à titre de simple convenance. L'union au Verbe, au contraire, donne un prix divin à la moindre des prières ou des volontés du Christ. La justice divine ne peut se refuser à prendre en considération et à récompenser les actes d'un être égal à Dieu lui-même (1).
Toutefois, si le mérite de Nytre-Seigneur suffit à nous obtenir toutes les grâces, il n'exclut pas les autres causes de salut. Nous sommes rachetés uniquement par ce mérite, en ce sens que, seul, il désarme la justice divine ; mais pour qu'il nous soit
(1) r.f. !• H", (1. CXIV, art. 6; - De Veril., <[. \\\\, .ni. 7, ad 11".
appliqué, il faut que les actes intérieurs et extérieurs de la foi et de la charité, et spécialement les sacrements, coopèrent à notre salut comme autant de causes secondes. Mais encore, ces causes secOhdes, agents très réels de notre béatitude éternelle, n'ont d'efficacité que par la A-ertu universelle de la cause première du salut, les mérites mêmes de Jésus- Christ. Les mérites de notre Sauveur sont donc une cause lointaine de salut, qui réclame habituellement le concours de certains intermédiaires, soit extérieurs à nous, soit intimes h liôti-îe âme, pour produire leur effet (1).
Aujourd'hui Notre-Seigneur rie mérite plus ; il a mérité. Mais l'eifTet de ses mérites persiste dans l'acceptation de strictejustice qu'en a faite son Pèi'e. Jésus ne peut plus mériter parce qu'il n'est plus dans cet état d'acheminement vers la bcatithde qui est la condition subjective de tout méritant. Il pos-sède la plénitude de tout ce que Dieu peut lui donner en considération de ses travaux, il ne peut donc plusse créer des droits nouveaux à quelque supplément de récompense. Mais dans l'éternelle mémoire de Dieu et dans son éternelle justice, seis mérites sont encore efficaces. Face à face avec Dieu, le Christ «toujotirs vivant pour interpeller en notre faveur (2)» se trouve
(1) Cf. De Verit., q. XXIX, art. 7, ad S*" e't ad 12". - ;2) Héb., VII, 25.
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tel qu'il était figuré (iar le grand-piètre lors de son entrée solennelle dans le Saint des Saints: « Le Chrisi, dit l'Epître aux Hébreux, n'est pas entré dans un sanctuaire fait de main d'homme, image du véritable ; mais il est entré dans le ciel même afin de comp»iraître pour nous devant la face de Dieu (1).)) Et là il rappelle ses mérites à son Père, et il se les rappelle à lui-même, puisqu'il est en même temps Dieu et homme ; il interpelle Dieu d'égal à égal « assis à là droite du Père (2) » ; il nous applique, par l'autorité de son pouvoir divin et par l'instrument de son humanité déifiée, les largesses sans cessé renouvelées, ou pliitôt inépuisables, du tiésor infini de ses mérites.
Notre-Seigncur, dit TEcriture, est « toujours vivant pour interpeller en notre faveur.» Il y a donc eh lui un rriduvement spontané, une vie d'intercesseur qui dure dans le ciel. Mais le Christ n'est pas un intercesseur qui prie en sadressantà un pouvoir plus haut que le sien et dont il est sujet : c'est un interpellateut « stç tô èvxvyxdveiv imkQ aûtAv ». Il ëSt, comme dit saint .lean. l'avocat < naQ6.'KXr\xov » que nous avons auprès du Père. L'avocat nr prie pas : il fait valoir une cause et des droits devant la justice. Aussi saint Jean continue-t-il : « Nous avons pour avocat auprès du Père Jésus-Christ, le juste (3).»
(1) IX, 24. - (?; Iléh., X, 1?. - H) î Jonn. Il, 1.
C'est donc bien par esprit de justice, par droit acquis, que Jésus-Clirist interpelle son Père pour nous. Saint Jean nous l'enseigne encore dans la suite du texte que nous venons de rapporter : « Il est lui-même victime expiatoire pour nos péchcF. non seulement les nôtres, mais ceux du monde o ier.» II s'agit donc bien d'un rappel de son s;i> fice propitiatoire devant la justice de son Père, qui o ou est tenue satisfaite. Aussi saint Thomas, dans son commentaire du « scmper vivens ad interpellandum pro nohis », rapproche-t-il ce texte de saint Jean du texte de l'Epître aux Hébreux. lien conclut non moins justement que Jésus-Christ interpelle en montrant à Dieu cette humanité qu'il a prise et qui a mérité pour nous ; et puis il lui expose ce désir de notre salut qui est, dans son âme aux mérites infinis, autre chose et mieux qu'une prière : un rappel de ses droits devant Dieu qui lui doit de nous sauver (1).
Ces droits du Christ, du jour où le « Consummatumest)) en a déclaré l'acquisition pleine et ratifiée, ont changé du tout au tout l'état du monde par rapport au salut des âmes. Sans doute, comme avant le Christ, le démoules tente encore; sans doute, comme avant le Christ, Dieu hait le péché et punit le pécheur; sans doute, commeavant le Christ,
(1) C.r. s. Th., In epist. ad Ileb., c. Vll.lect. e'
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chactin doit moritiM' sou salut. Mais, depuis, le Cluisl. lo péché d'Adam qui louait toute l'humanité dans la servitude de ses eoiicupisceuces et du dcMuon, est reuiis par le baptême. Les hommes peuvcut libremeut mouter au ciel; Dieu ne les relient plus dans l'attente obscure des limbes. De môme, les peines éternelles dues personnellement à chaque pécheur pour ses fautes mortelles sont remises par la foi au Christ et l'absolution du prêtre. Les peines temporelles dont les justes sont encore passibles leur peuvent être remises par le pouvoii des clés de saint Pierre et parles indulgences. Les démons eux-mêmes sont liés daus leur pouvoir tentateur par l'influence de la passion qui les a vaincus. Satan s'est enfui du Calvaire comme un malfaiteur blessé, dont la plaie est incurable et la force amoindrie. Les sollicitations au mal par lesquelles il tente les fidèles sont moins violentes que celles dont il poursuivait les païens. Les fidèles enfin sont directement pourvus de grâces plus abondantes pour résister au diable, et les sacrements leur apportent des énergies appropriées pour bien faire et mériter dans tous les états de vie. Les mérites du Christ sont ainsi comparables à un trésor où nous pouvons puiser sans cesse pour combattre l'enfer et gagner le ciel (1).
(1) Cf. De Veril., (j. XXIX, ail. 7, ad 10".