SUJÉTION DK LA NATIHE HUMAINE DU CHRIST
l'Eglise. C'est en ce sens que saint Cyrille d'Alexandrie, clans une épître que le Synode d'Ephèse reçoit comme l'expression de la loi orthodoxe, nie « que le Christ puisse ctro son serviteur et son maître à soi-même. » C'est aussi le sens de cette négation sous la plume de saint Jean Damascène : « Le Christ, être un, ne peut être à soi-même son serviteur et son maître (1). » Il importe de remarquer, avec saint Thomas, au sujet de ces textes des Pères grecs, qu'ils visent spécialement l'erreur de la dualité des personnes moralement unies dans le Christ. Car, à prendre ces textes en toute rigueur de lettre, sans tenir compte des intentions de la controverse on pourrait croire qu'ils nient absolument tout domaine et toute sujétion du Christ à l'égard de soi-même, lis ne le nient, au contraire, que dans le cas où l'on voudrait concevoir le moi du Christ comme une simple personnalité morale résultant de l'entente parfaite de deux personnes réellement distinctes. C'est ce qui explique le langage de saint Augustin et des Pères latins ; étrangers qu'ils sont aux disputes des grecs sur « liiomme du Seigneur », ils expliquent en un tuut autre sens la sujétion et le domaine du Christ à l'égard de luimême.
(I) IV De Fide orlfi., c. 21,
438 LE CHRIST d'après SAINT THOMAS d'aOUIN
Quelle est donc la manière orthodoxe d'entendre la question ?
C'est de l'entendre d'une sujétion de la nature humaine àla nature divine qui est dans le Verbe, et d'un domaine du Verbe sur la nature humaine qu'il s'est unie. Sujétion et domaine, ces mots expriment la relation réelle de l'humanité du Christ à sa divinité. Dans une seule personne, il peut fort bien y avoir sujétion des éléments inférieurs aux éléments supérieurs. Par exemple, en nous qui sommes des êtres complexes, Tàme spirituelle doit gouverner l'animal : nous devons être nos maîtres selon notre nature raisonnable, et nous assujettir à nous-mêmes selon notre nature animale. C'est un cas analogue à celui des deux natures parfaites qui coexistent dans la personne du Verbe Incarné. L'homme y est tout entier l'inférieur de Dieu, non seulement par la simple infériorité de sa perfection naturelle, mais surtout par son obéissance absolue aux dispositions du Verbe à son égard. C'est en ce sens que saint Augustin écrit que « le Fils est moindre que lui-même, seipso minorem Filium{l).»
Il y a donc au terme de cette question, toute de controverse dans ses origines et d'apparence bien technique, un nouvel aspect d'une vérité pratique et vitale. Le Christ nous offre jusqu'en son adorable
(1) De Trin., lib. I, c. VII. •