‹ Le Christ d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 5 sur 48 · TES CONVENANCES DE LINCARNATION · texte numérisé non relu

TES CONVENANCES DE LINCARNATION

chair. Ainsi double décret en vertu duquel le Verbe se fait chair.

Le jésuite Suarez admet aussi ce double décret ; mais il n'entend pas le second de la même manière que Scot. D'après lui, le péché ne fut pas seulement une circonstance accidentelle qui fit du Christ glorieux, tout d'abord décrété, un Christ souffrant ; mais le Verbe de Dieu trouva dans le péché un nouveau motif essentiel de son incarnation. En sorte que le Christ vint sur la terre aussi essentiellement comme rédempteur que comme glorificateur de l'humanité.

Enfin une troisième opinion, que saint Thomas soutint d'abord comme probable, aussi probable que son opposée (1), et que, dans la Somme Théologique, il soutient comme définitivement plus probable, affirme que le Verbe s'est incarné, essentiellement comme rédempteur.

Le fondement de cette dernière opinion de saint Thomas nous paraît très soll Je. Saint Thomas ne se place pas, en effet, dans une autre hypothèse que celle de l'ordre surnaturel actuellement existant et actuellement révélé par la Sainte Ecriture. Il est certain qu'à l'aide de considérations philosophiques sur Dieu et sur l'homme, on peut se placer dans l'hypothèse où l'homme n'eût pas péché et où Dieu

(1) III Sent., dist. I, q. I, arl.3.

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eût voulu pourvoira sa vie surnaturelle par d'autres décrets que par les décrets de l'ordre où nous sommes. Il est certain encore, comme leditBilluart, qu'un de ces décrets eût pu statuer l'incarnation du Verbe. En soi, que Dieu se fasse chair, ce n'est pas une œuvre qui présuppose, de sa nature, le péché d'Adam (1).

Mais nous sommes ici [dans Tordre des faits divins, et non pas dans l'ordre des possibilités divines. C'est l'Incarnation réalisée que nous avons à étudier, et non pas les incarnations possibles que Dieu eût été maître de réaliser dans une humanité demeurée innocente. Or les faits surnaturels qui procèdent de la seule volonté divine et qui sont audessus de tout ce que l'humanité est en droit d'exiger, ne peuvent nous être connus par aucune considération ni sur l'homme qui n'y a pas droit en vertu de ce qu'il est, ni sur Dieu qui n'y est pas nécessité par nature. « Lequel des hommes connaît les choses de l'homme, si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n'est l'Esprit de Dieu (2) ». En dehors de ces témoignages positifs de la Sainte Ecriture et de ceux de la Tradition réprésentée par les Pères de l'Eglise, les raisons de convenance sont toujours

(1) Billuai-t, de Inc., diss. III, art. 3. - (2) I Cor., II, 11 ; cf. Sag., IX, 13-19.

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caduques en cette matière purement dépendante du bon plaisir divin.

Il est assurément possible à la toute-puissance divine et conforme à sa bonté que le Verbe se fût incarné, quand bien même Adam n'eût pas péché. Mais, comme l'observent Billuart et Contenson, quand des théologiens apportent de ces raisons de convenances en des questions exclusivement réservées à la libre volonté de Dieu, ces convenances, très valables pour les œuvres que Dieu a faites, le sont beaucoup moins en faveur des œuvres qu'il n'a pas faites. Elles ont ainsi un degré de probabilité singulièrement variable suivant qu'elles s'appliquent aux faits divins accomplis dans le monde ou aux manifestations possibles de la puissance divine. Aussi peut-on trouver des convenances à des œuvres que Dieu n'a point réalisées, mais qu'il aurait pu réaliser, par [exemple à l'union de son Verbe avec une nature angélique ou avec toute l'humanité. Mais chacun voit que ces raisons de convenance demeurent très faibles, parce qu'il leur manque la première de toutes les convenances théologiques qui est d'expliquer rationnellement les faits accomplis en conséquence des décrets posés par Dieu. Ce que Dieu a fait est souverainement convenable; le grand signe pour nous de cette convenance, c'est qu'il l'a fait. Quant à en trouver des raisons adéquates, le seul Esprit de

Dieu, qui est Dieu, en est capable. Nous n'en trouverons jamais que des raisons approximatives dont la valeur intrinsèque, précaire en soi, ne prend quelque consistance que par son accord avec ce que Dieu nous a révélé de ses vrais décrets par l'Ecriture ou la Tradition (1).

11 s'agit donc ici de savoir ce que l'Ecriture et la Tradition nous révèlent des motifs dé l'Incarnation telle qu'elle est.

Or, comme le dit saint Thomas, la Sainte Ecriture donne toujours comme motif de l'Incarnation le seul péché, et jamais la glorification pure et simple de la nature humaine. Ainsi quand les pharisiens se scandalisent de voir Notre-Seigneur assister chez Lévi à un grand dîner de publicains et de gens mal famés parmi les scribes, Notre- Seigneur leur explique en ces termes l'esprit de sa mission : « Ce ne sont pas ceux qui sont en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais ceux qui sont malades. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, afin qu'ils fassent pénitence. (2)» Même déclaration très nette quand il répond à Zachée : « Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu (3). » C'est aussi l'affirmation de saint Paul à Timothée : « C'est donc une

(1) Cf. Billuart, art. cit., versus finem. — (2) Luc, V, 31-32. - (3) Luc, XIX, 10.

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parole certaine et entièrement digne d'adhésion, que Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier. (1) » De même quand l'Apôtre s'adresse aux Galates : « Dieu a envoyé son Fils né d'une femme et né sous la loi afin qu'il rachetât ceux qui étaient sous la loi, afin que nous reçussions l'adoption (2). » Notre-Seigneur dit enfin en saint Jean : « Dieu a " tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle (3). » L'Ecriture est donc bien explicite à attribuer le motif de l'Incarnation au rachat du péché.

Les Pères de l'Eglise parlent universellement dans le même sens que l'Ecriture. Saint Irénée : « Si la chair n'avait pas eu besoin d'être sauvée, jamais le Verbe de Dieu ne se serait fait chair (4) » ; saint Cyrille d'Alexandrie : « Si nous n'avions pas péché, le Fils de Dieu ne se serait pas fait semblable à nous (5) » ; saint Augustin : « Si l'homme n'avait pas péché, le Fils de l'Homme ne serait pas venu (6)» ; saint Augustin encore : « Le Christ n'avait aucune raison de venir, sinon pour sauver les pécheurs : pas de maladie, pas de blessure, pas non plus besoin de remède (7) » ; et ailleurs « Si Dieu

(1) I Tim.. I. 15. - (2) Gai., IV, 4-5. — (3) Jean, III, 16. — (4) Adu. haer.y 1. V, XIV. — (5) Dial. V de Trin., circa med. — (6) Serm. VIII, De uerbis Aposi. — (7) De verb. AposL, Serm. IX.

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n'aimait pas vraiment les pécheurs, il ne descendrait pas du ciel sur terre (1) » ; saint Léon le Grand : « Si l'homme fût demeuré dans sa perfection et sa dignité nalives, le Créateur ne se fût pas fait créature (2) » ; saint Athanase : « Si la détresse des hommes ne l'y avait poussé, jamais Dieu ne se serait fait homme (3). » Enfin la liturgie de l'Eglise qui est, elle aussi, un témoin de la tradition, selon l'adage « la prière publique de l'Eglise atteste la norme de sa foi (4), » se montre favorable à l'opinion unanime des Pères. Elle chante, le Samedi- Saint : « 0 heureuse faute qui nous a valu un pareil Rédempteur ! O péché d'Adam vraiment nécessaire! (5)». Le symbole deNicée qu'on récite chaque dimanche afTirme bien clairement que l'Incarnation a été réalisée « pour 'nous autres les hommes, et pour notre salut (6) », joignant ainsi au motif d'amour qui détermine Dieu à se faire homme un qualificatif de miséricorde envers l'humanité perdue. C'est dans ce sens également que doit s'entendre l'apparent paradoxe de VExultet : « O péché d'Adam vraiment nécessaire ! »

Devant cette accumulation imposante d'autorités, les adversaires de la doctrine thomiste répliquent,

(1) Tract. IV, in Joan. — (2) Serm. III, de Penl.— (3) Serra. III, Contra Arian.— (A) « Lex orandi, lexcredendi. » —(5) Chant de lExullel. — (6) Credo in unum. Deum....

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après Scot, que l'Ecriture et la Tradition ne parlent point de l'Incarnation en elle-même, en sa substance, mais de son aspect réparateur et rédempteur. El ainsi, d'après eux, toutes ces autorités valent comme explication du décret de Dieu qui veut le rachat du monde par l'Incarnation, mais elles ne portent aucune atteinte à l'idée d'un décret primitif qui incarne le Verbe de Dieu pour glorifier l'humanité et consommer l'œuvre de la divine bonté dans l'univers.

11 y a, en effet, arguent les tenants de cette opinion, des textes scripturaires favorables à ce premier décret. Ainsi le Christ nous est présenté par l'Ecriture comme le premier absolumeat de tous les prédestinés, hommes et anges, et comme prédestiné à être la fin de toutes choses. « Il est, dit saint Paul, l'image du Dieu invisible, le premierné de toute créature. Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui » (1).

Ainsi donc aucune créature du ciel et de la terre n'a été appelée à l'être qu'après le Christ, et à cause de lui. Et de même que l'intention du but précède le choix des moyens, l'intention d'incwner le Fils

(1) Colos., I, 15-10.

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de Dieu, qui est le but de toutes choses, a précédé le choix créateur de l'homme : avant qu'il eût péché et durant son état d'innocence, l'homme était ordonné au Christ. S'il^en était autrement, si le Christvenait seulement comme réparateur du péché, les grâces d'avant le péché ne lui seraient point attribuables comme à la source première de toute grâce ; ce ne serait point par lui qu'Adam eût été créé dans l'état de justice et que les anges eussent été prédestinés. Il n'aurait donc point sur les anges cette « primauté universelle » que lui reconnait l'épître aux Colossiens (1).

Il ne serait pas vraiment lé « premier-né de toute créature (2) », puisque d'autres seraient nés à la grâce divine avant que Dieu eût pensé à lui, mon pas sans doute en ce sens qu'il y ait eu une suecession réelle de temps dans la pensée de Dieu, mais en ce sens qu'Adam innocent et les anges prédestinés eussent été dotés d'une grâce ne dérivant point de lui. On se réclame également, pour soutenir la thèse, d'un passage de l'Ecclésiastique où il estdit de la Sagesse, c'est-à-dire du Verbe : « Je suis sortie de la bouche du Très-Haut, la première avant toute créature {3>). » Ce que le Concile de Sardes, dans sa lettre à tous les évêques, entend du Christ lui-même. •. v<^» :&<.•< .t. cv/.-

(1) l, 18. - (2) Ibid., 15. — (3) XXIV. 5.

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Mais ces intcrprctalions ne tiennent pas un romple suffisant de l'intégrité des textes sacrés. Ge nesi jias simplement de l'humanité de Notre-Seigneur Jésus-Christ que parle l'épître aux Colossiens, c'est tantôt de l'iiuipanité, tantôt de la divinité qui s'unissent en sa personne. Ainsi quand répîlre appelle le Christ « premier-né de toute créature», cela peut s'entendre et même doit s'entendre de la génération étcjnelle du Verbe antérieure à toute création; de même quand elle déclare « qu'en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre », cela rappelle de trop près le « toutes choses ont été faites par lui » du prologue de saint Jean pour ne pas s'entendre proprement du Verbe en tant que Dieu. Au contraire, quand saint Paul dit du Christ « qu'il est en tout le premier », le commencement du verset où il le dit montre bien qu'il s'agit de son humanité puisqu'il note que « le Christ est la tête du corps de l'Eglise ; il est les prémices, le premier-né d'entre les morts (1). » Ainsi donc il ne faut pas indûment attribuer la primauté al^solue du Verbe « en qui, par qui et pour qui tout a été fait » à l'humanité que le Verbe s'est unie. De la sorte, nous ne ferons pas dire à l'Ecriture que, purement et simplement,

(1} Loc. cil., 18.

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« tout a été créé pour le Christ », alors qu'elle dit « tout a été créé pour le Verbe ».

Il est vrai cependant, en un certain sens, que tout a crée dans le Christ et pour lui en tant qu'homme parce que, de tous les prédestinés de la race humaine, il est le premier-né du bon plaisir divin. C'est dans cette vue que saint Paul écrit aux Ephésiens : « Dans le Christ, Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, nous ayant prédestinés dans son amour à être ses enfants d'adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté, à la louange de la gloire de sa grâce qu'il nous a accordée en son bien-aimé (1). » Oui, le Christ a été prédestiné comme notre chef, et nous comme ses membres, c'est ce que dit fort bien l'épître aux Colossiens déjà citée, non pas toutefois à titre de membres saints, mais à titre de membres morts ressuscites par sa grâce de chef : « Il est le premier-né des morts, et c'est en cela qu'il tient la primauté (2). » Ce n'est donc pas en dehors de la prévision du péché que nous avons été créés enfants de Dieu dans le Christ son premier-né, — c'est, au contraire, dans la vue formelle de ce péché à réparer. Les termes « premier-né des morts » nous assurent de l'intention réelle des décrets divins

M.* Ephés.. I. 4-5 6. — (2) Loc. cit., 18.

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dans l'ordre présent des choses à notre éfi^ard.

Quant aux anges, ce n'est pas à cause du Christ qu'ils ont été prédeslinés. Et pourtant, nous le verrons mieux plus loin, le Christ est leur chef, soit par l'cminence de sa grâce, soit parleur destination secondaire à le servir comme adorateurs de son humanité sainte et comme auxiliaires de ses membres mystiques. Il en va de même pour le globe terrestre et ce qu'il contient : du moment qu'il est le lieu de la Rédemption et de l'Eglise militante, il est aussi pour le Christ et pour l'Eglise : « Tout est à vous : et vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu (Ij. »

Ainsile Christ dans sa gloire est la fin des œuvres de Dieu une fois produites, mais il n'est pas absolument la fin de leur production même. Le monde, Xen soi, peut très bien se passée" de l'ordre surnaturel et remplir son but : garder ses lois, produire des fleurs et des fruits, nourrir les espèces animales, et même porter l'homme. L'univers a d'abord été créé pour lui-même, et puis subordonné à la vocation surnaturelle de l'humanité ; enfin l'humanité ayant péché, l'univers a été ordonné définitivement à la gloire du Christ rédempteur.

Cependant ces interprétations de l'Ecriture Sainte que nous opposons à l'interprétation scolisteconiine

(1)1 Cor., III, 23."

plus adéquates au texte sacré n'ont jamais été définies comme de foi dans l'Eglise. Elles gardent donc simplement à nos yeux une valeur de haute probabilité ; et c'est une valeur de ce genre qu'ont également les témoignages des Pères et de la liturgie cités plus haut. Mais à nous personnellement cette probabilité semble aussi haute que possible. Nous pensons donc, avec saint Thomas, que notre opinion est plus conforme à la Sainte Ecriture et à la Tradition; mais l'opposée n'en rptientpas moins en sa faveur les probabilités de .convenance que saint Thomas lui-même, .bien avant Scot, lui a formellement reconnues : « LTncarnatipn, 4^*"^]^ dans un ouvrage antérieur à 1^ Somme Théologique, n'est pas seulement, pour l'humanité, le titre de son rachat, mais aussi le titre de sa suprême exaltation ; elle est encore pour l'univers entier comme un splendide couronnement. Dps lors, on peut fort bien soutenir, avec vraisemblance que, même dans l'hypothèse de l'état d'innocence à jamais gardée, le Verbe se fût fait chair. (1) »

Vraisemblance philosophique, oui ; iTiai^ ij importe, croyons-nous, de ramener cette vraisemblance à ses termes exacts. Il ne faudrait pas que cette hypothèseséduisante d'un monde immaculé, couronné par la royauté du Verbe fait chair, parût plus

(1) III Sent, dist. I, q. H, art. 3.

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digne de la btmtt' divine, que ce monde déchu ou il s'incarne comme réparateur du péché. On réproche, volontiers en effet, à saint Thomas de se faire comme une idée riioihs large, presque mesquine, de la borité divine. Il ne faut donc rien moins que le péché pour faire sortir d'elle-même cette infinie bienfaisance dont saint Thomas luimême a pourtant reconnu que le suprême désir était de se rapprocher intimement de Ihonime par l'union hypostatique ! Et l'on met ainsi saint Thomas, non sans habileté, dans une posture d'infidélité à la logique de ses propres principes.

C'est oublier que lorsque la bonté vient au-devant d'une très grande misère, elle est d'autfint plus généreuse, plus touchante et plus magnifique. Sans doute, du Christ glorificateur à l'humanité non pécheresse, il y a toujours la distance infinie du Verbe à la chair. Mais, en celle-ci, l'innocence primitive conservée eût empêché de surgir ces vices qui s'opposent tant au mouvement de l'esprit. x\u contraire pour s'incarner au milieu de notre race corrompue, et à cause de sa corruption même, le Verbe a dû vaincre tout à la fois la sainteté de sa propre justice et les révoltes de l'homme charnel que le Sauveur voulait s'unir comme membre de son corps mystique. Aussi la bonté divine éclate bien plus dans l'ordre de l'Incarnation rédemptrice que dans l'hypothèse d'une incarnation purement glorificatrice,

puisque la gratuité de la gloire s'y double de la gratuité du pardon. La toute-puissance de la divine miséricorde y déborde vraiment ; d'un plus grand mal Dieu tire l'occasion d'un plus grand bien : « Là où le péché abondait, la grâce a surabondé (1). »

(1) Rom., V, 20.

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