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tique et arbitraire, comme lui en prêtent si copieusement les évangiles apocryphes à tendance gnostique. Jésus, prévenant de loin cet idéalisme excentrique, voulait se montrer véritablement homme en se soumettant aux conditions de son âge, pour ensuite révéler sa plénitude d'homme parfait selon les temps et l'opportunité.
II était donc impossible qu'en soi ou par rapport à son développement dans le Christ, la grâce de celui-ci augmentât. C'est entendu. Mais de quelle impossibilité s'agit-il ici ? — Ce fut l'occasion d'une discussion fameuse dans l'École.
D'un côté, Richard de Saint-Victor, saint Bonaventure, Scot, Durand, Cajetan soutiennent qu'absolument parlant, la toute-puissance divine ne peut réaliser un degré de grâce plus élevé que celui du Christ. Del'autre, Jean de Saint-Thomas, Gonet, Billuart affirment cette possibilité, avec cette réserve toutefois que, dans Tordre de la sagesse divine, le degré de grâce qui se trouve dans le Christ est le degré suprême qu'il est convenable et nécessaire de réaliser. Les deux opinions qui divisent les thomistes eux-mêmes, puisque Jean de Saint- Thomas y tient tête à Cajetan, arguent, tout naturellement, de textes du Docteur Angélique. Faut-il entrer à fond dans cette bataille d'idées, d'allure quelque peu subtile ? — Nous le croyons médio-
crement utile ; et peut-être qu'en somme les thomistes belligérants sont plus d'accord entre eux qu'ils ne se le disent. Un mot du moins.
Voici le point d'appui de Jean de Saint-Thomas. La charité et la grâce sont des participations de l'infinie charité qui est le Saint-Esprit. Or, entre l'infinie charité et la charité créée qui en est une image, il y a des degrés possibles à l'infini ; par suite, aucun degré de charité existante ne peut se concevoir au-delà duquel aucun autre n'existe. De plus , le sujet doté de la grâce, homme ordinaire ou Homme-Dieu, n'a pas, vis-à-vis de la grâce, les mêmes capacités que vis-à-vis de la science ou de tout autre développement naturel proportionné à son espèce. L'homme acquiert naturellement la science et une certaine mesure de science ; c'est la toute-puissance divine seule qui appelle à la grâce. En face de cette toute-puissance, l'homme reste en état de réceptivité indéfinie. Quoi que Dieu fasse de sa créature, il peut toujours en faire mieux encore ; jamais la capacité d'un homme à recevoir la grâce, cet homme fût-il le Christ, ne peut se combler. Et donc, conclut notre théologien, en vertu de sa toute-puissance, Dieu peut augmenter la grâce même du Christ, liien que, de fait, il ne l'augmente point, puisqu'il lui a donné la mesure de . grâce suffisante aux exigences de l'union hypostatique et de la rédemption.
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A rencontre de ces arguments, Cajetau soutient qu'absolument parlant Dieu ne peut donner au Christ plus de grâce qu'il ne lui en a donné. En effet, cette grâce, comme l'enseigne saint Thomas est à la mesure de ce que réclame l'union hypostatique, et dans l'ordre réel et présent de cette union elle ne peut s'accroître. Car il ne faut pas considérer la grâce sanctifiante du Christ dans son espèce de qualité, ni abstraction faite de ses rapports avec l'union au Verbe. P^nvisagée sous cet aspect, elle est évidemment quelque chose de fini et de perfectible, et la toute-puissance divine peut faire progresser jusqu'à Tinfini les participations d'elle-même qu'elle octioie à une âme. Dans cette hypothèse, nous le concédons tout de suite, les considérations de Jean de Saint-Thomas paraissent concluantes. Mais ce n'est pas le point de vue à prendre. La grâce sanctifiante dans le Christ n'a pas un rapport accidentel ou extrinsèque avec la grâce d'union : elle est, au contraire, connnandée et mesurée par celle-ci. Et celle-ci est, rigoureusement, dans l'ordre même de la toute-puissance divine, l'union la plus étroite avec Dieu. Ainsi donc la grâce sanctifiante du Christ est réellement à la limite suprême de son intensité parce que le Christ lui-même est d'un seul coup, par l'union hypostatique, à la limite suprême de toutes les unions possibles entre les créatures et Dieu. De même que,