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A cette joie profonde nous devons joindre une confiance inébranlable, — Cette confiance trouve surtout son appui dans le crédit tout-puissant que possède le Christ auprès de son Père, non seulement en qualité de roi invincible inaugurant son triomphe, mais comme pontife suprême intercédant pour nous, après avoir offert à son Père une oblation d’une valeur infinie. Or, c’est au jour de son ascension que Jésus, d’une façon toute particulière, a commencé cette médiation unique.
Il y a ici un aspect très intérieur du mystère, auquel il est souverainement utile de nous arrêter quelques instants. S. Paul, qui nous l’a révélé dans l’Épître aux Hébreux, le déclare lui-même « ineffable » : Ininterprefabilis sermo*.
Je vais essayer pourtant, à la suite du grand apôtre, de vous en donner quelque idée. Que l’Esprit-Saint nous fasse comprendre combien sont merveilleuses les œuvres divines. ;
S. Paul rappelle d’abord les rites du plus solennel sacrifice de j’Ancienne Alliance. Pourquoi ce procédé ? Sans doute parce qu’il s’adressait à des Juifs ; il fallait leur parler un langage qu’ils pussent comprendre. Mais il y à une raison plus profonde. Quelle est-elle ? L’Apôtre nous la découvre lui-même. C’est la relation très intime, établie par Dieu, entre l’ancien cérémonial et le sacrifice du Christ. Et quelie est cette relation ?
Comme vous le savez, Dieu, dans sa prescience éternelle, embrasse toute la série des siècles ; de plus, sagesse infinie, il dispose toutes choses avec une mesure et un équilibre parfaits. Or, il a voulu que les principaux événements qui ont marqué l’histoire du peuple choisi et que les sacrifices par lesquels il avait fixé la religion d'Israël fussent autant de types inachevés et d’obscurs symboles des magnifiques réalités qui devaient leur succéder dès que le Verbe incarné apparaîtrait ici-bas : Haec
r Hebr,. V, 11.
omnia in figura contingebant illis”.… Umbra futurorum *.
C'est pourquoi l’Apôtre insiste tout d’abord sur le sacrifice des Juifs. Ce n’est pas pour le plaisir d'établir une simple comparaison qui faciliterait à ses auditeurs - Ja compréhension de son exposé; mais parce que l’Antique Alliance présageait, par ses ébauches, les splendeurs de la Loi Nouvelle fondée par le Christ Jésus.
S. Paul rappelle aussi quelle était la structure du temple de Jérusalem dont Dieu lui-même avait réglé tous les détails. « Il y avait, dit-il, un premier « tabernacle », appelé le Saint ; les prêtres y entraient en tout temps pour le service du culte ; — au delà d’un voile, se trouvait un second tabernacle appelé le Saint des saints, où étaient l'autel d’or de l’encens et l’arche d’alliance »”°.
Ce « Saint des saints » était l'endroit le plus auguste de la terre. — Il était le centre vers lequel convergeait tout le culte d'Israël, vers lequel se tendaient les pensées et s’élevaient les mains du peuple juif tout entier. Et pourquoi cela ? Parce que c'était là que Dieu faisait sa demeure toute spéciale ; là qu’il avait promis de « tenir toujours fixés ses yeux et son cœur »; Erunt oculi mei et cor meum ibi cunctis diebus*; là qu’il recevait les hommages, bénissait les vœux et exauçait les prières d'Israël, là qu’il entrait pour ainsi dire.en contact avec son peuple. -
Mais ce contact, comme vous le savez encore, n’était établi que par l'intermédiaire du grand-prêtre. Si redoutable, en effet, était la majesté de ce tabernacle, où Dieu habitait, que seul le pontife suprême des Juifs pouvait y pénétrer, et que l'entrée en était interdite à tout autre qu’à lui sous peine de mort. Le pontife y entrait, revêtu des habits pontificaux, portant sur sa poitrine le mystérieux « rational », assemblage de douze pierres précieuses sur lesquelles se trouvaient gravés les noms des douze tribus d'Israël : ce n’était que de cette façon symbolique, que le peuple avait accès dans le Saint des saints.
x, I Cor. X, 11, — 2. Col. II, 17. — 3. Hebr. IX, 2-4 — 4. III Reg. IX, 3.
De plus le grand-prêtre lui-même ne pouvait franchir le voile de ce tabernacle si saint, qu’une seule fois par année ; encore devait-il avoir immolé d’abord, en dehors, deux victimes, — l’une, pour ses péchés, l’autre, pour les péchés du peuple ; — il aspergeait de léur sang le propitiatoire où reposait la majesté divine, pendant que je lévites et le peuple remplissaient les parvis.
Ce sacrifice solennel, par lequel le grand-prêtre de la religion juive offrait à Dieu, une fois l’an, dans le Saint des saints, les hommages de tout son peuple et le sang des victimes pour le péché, constituait l’acte suprême et le plus auguste de son sacerdoce.
Et pourtant, comme je vous l’ai dit après S. Paul, « tout cela n’était que figures » : Quae parabola est temporis instantis'. Et que d’imperfections dans ces symboles ! Ce sacrifice était si impuissant qu'il fallait le renouveler chaque année ; ce pontife était si imparfait qu’il n’avait pas le pouvoir d'ouvrir l’entrée du sanctuaire au peuple qu’il représentait ; que lui-même ne pouvait y pénétrer qu’une fois l’an, et sous la protection, pour ainsi dire, du sang des victimes offertes pour ses propres péchés.
Où donc sont les réalités ? Où donc est le sacrifice parfait, unique, qui remplacera pour toujours ces offrandes répétées et impuissantes ?
Nous les trouvons, — et avec quelle plénitude ! — dans le Christ Jésus.
Le Christ, dit S. Paul, est le pontife suprême, mais un « pontife saint, innocent, séparé des pécheurs et plus élevé que les cieux »*; — il « pénètre dans un tabernacle non pas créé de la main des hommes » : Non hujus creationis*, mais dans le « ciel des cieux », dans le sanctuaire de la divinité; Ad interiora velaminis * comme le grand-prêtre, il y entre en portant le sang de la victime. Quelle victime ? Des animaux, comme sous
1. Hebr. IX, 0. — 2. Ibid. VII, 26. — 3. Ibid. IX, zx ; cf. Ibid. 24. — 4. Ibid. VI, 10.
l’'Ancienne Alliance ? Oh! non, ce sang n’est aufre que « son propre sang >»: Per proprium sanguinem', Sang précieux, d’une valeur infinie, versé « au-dehors » c’està-dire sur la terre, et répandu pour les péchés, non plus du seul peuple d'Israël, mais de l'humanité entière ; — il pénètre à travers le voile, c’est-à-dire par sa sainte humanité ; « c’est à travers ce voile que la voie du ciel nous est désormais ouverte » : Initiavit nobis viam novam per velamen, id est carnem suam? ; — enfin il y pénètre non pas une fois l'an, mais « une fois pour toutes »: Semel* ; car son sacrifice étant parfait et d’un prix infini, il est « unique et suffit à procurer pour toujours la perfection à ceux qu’il veut sanctifier » : Una enim oblatione consummavit in sempiternum sanctificatos *.
Mais — et c’est surtout en ceci que l’œuvre divine est admirable, que la réalité dépasse la figure — le Christ n'y pénètre pas seul. Notre pontife nous porte avec lui, non pas d’une façon symbolique, mais en réalité, car nous sommes ses membres, sa « plénitude »”°, comme dit l’'Apôtre.
Avant lui, on ne pouvait pénétrer dans les cieux ; cette interdiction était symbolisée par la défense redoutable de franchir le voile du Saint des saints ; c’est l’'Esprit-Saint lui-même qui le déclare, ainsi qu’en témoigne S. Paul : Hoc significante Spiritu sancto nondum propalatam esse sanctorum viam*.
Mais le Christ Jésus, par sa mort, a réconcilié l’humanité avec son Père ; il a lacéré de ses mains percées le décret dè notre expulsion‘ ; et c’est pourquoi, quand il a expiré, le voile du Temple, comme vous le savez, s’est déchiré en deux. Que signifiait ce prodige ? Non seulement que l’Ancienne Alliance avec le peuple juif avait cessé, que les symboles faisaient désormais place à une réalité plus haute et plus efficace, mais encore que le Christ nous rouvrait les portes du ciel et nous rendait l'entrée dans l'héritage éternel.
2 Hebr. IX, 12, — 2, Ibid. X, 20: —"3. Ibid. IX, 12° —"41" Ibid. °X, 14./— 8. Ephes. L, 23. =. 6. Hebr. .EX,.8/ "7. cf. Col IT 14
Au jour de son ascension, le Christ, Pontife suprême
de la race humaine, nous emporte avec lui dans les cieux,.
en droit et en espérance.
N'oubliez jamais que ce n’est que par lui que nous pouvons y entrer ; aucun homme.ne peut entrer dans le saint des saints qu'avec lui ; aucune créature ne peut jouir de la félicité éternelle qu’à la suite de Jésus ; c’est le prix de ses mérites qui nous vaut la béatitude infinie. Durant toute l'éternité, nous lui dirons : « O Christ Jésus, c'est par vous, par votre sang répandu pour nous, que nous sommes devant la face de Dieu ; c’est votre sacrifice et votre immolation qui nous valent à chaque instant notre gloire et notre béatitude : à vous, Agneau immolé, tout honneur, toute louange, toute action de grâces » !
En attendant que le Christ Jésus vienne nous chercher, comme il l’a promis, « il nous prépare une place », et surtout il nous aide de ses prières.
Car que fait dans les cieux ce pontife suprême ? S. Paul nous répond qu’il est entré au ciel « afin de se {enir désormais pour nous présent devant la face de Dieu »: Ut appareat NUNC vultui Dei pro nobis’. Son sacerdoce est éternel ; et par conséquent éternelle est sa médiation. Et quelle puissance infinie dans son crédit !
Il est là devant son Père, lui présentant sans cesse son sacrifice, rappelé par les cicatrices qu’il a voulu conserver de ses plaies ; il est là, « toujours vivant, priant pour nous »: Semper vivens ad interpellandum pro nobis *.
Pontife toujours écouté, il redit pour nous la prière sacerdotale de la cène : « Père, c’est pour eux que je prie. Ils sont dans le monde... Gardez ceux que vous m'avez donnés... Je prie pour eux, afin qu’ils aient en eux la plénitude de la joie... Père, je veux que là où je suis ils soient avec moi, afin qu’ils voient la gloire que vous m'avez donnée... afin que l’amour dont vous m'avez
1. Hebr. IX, 24. — 2. Ibid. VII, 25. Voir plus haut, p. 04 et suiv. ce que nous avons dit de l’oblation du Christ au ciel.