‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 104 sur 134 · Joan. XIV, 16-17. — 2. Ibid. XV, 26; XVI · texte numérisé non relu

Joan. XIV, 16-17. — 2. Ibid. XV, 26; XVI

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avec ses apôtres, il leur recommande de « ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d'attendre l'Esprit »°; la venue de cet Esprit devait « servir à la glorification de Jésus » ; en même temps, l'Esprit « les remplirait de force », pour qu’ils pussent « rendre témoignage à Jésus dans la ville sainte, dans la Judée, la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre »*. Ce sont les propres paroles du Christ Jésus.

Ainsi donc, vous le voyez : cette mission du Saint- Esprit aux apôtres appartient bien à Jésus. Cela est si vrai que S. Paul appelle l’Esprit-Saint, « l'Esprit du Christ, l'Esprit de Jésus »°. C’est pourquoi nous ne pouvons parcourir le cycle des mystères du Christ sans con-

templer cette œuvre merveilleuse qui se réalisa dix jours

après l’ascension.

Demandons à l'Esprit-Saint de nous faire connaître lui-même qui il est, en quoi consiste sa mission et son œuvre au jour de la Pentecôte. « Venez, Esprit de vérité, illuminez nos intelligences pour que dans nos cœurs s’al-

lume le feu de l’amour dont vous êtes le foyer infini ».

Nous ne pouvons comprendre les paroles de Jésus au sujet du Saint-Esprit que si nous nous rappelons d’abord ce que la Révélation nous apprend de la vie de cet Esprit dans la sainte Trinité. Vous connaissez déjà ce mystère * ; mais, à le contempler de nouveau, votre foi y trouvera un accroissement de joie. Pénétrons donc, avec une profonde révérence, dans le sanctuaire de la divinité.

Que nous dit la foi ? — Qu'il y a en Dieu, le Père, le Fils et le saint-Esprit : trois personnes distinctes dans une même unité de nature.

Comme vous le savez, le Père ne procède de personne ; il est Principe sans principe, le principe premier de toute

3 Act. PA MDI 03. RomaNAIT, 2otiiof Act. XVI; #74eELI Petr. I, 11. — 4. Voir la conférence : L’Esprit-Saint, Esprit de Jésus dans le volume Le Christ vie de l’âme.

la vie intime en Dieu, l’origine première de toutes les ineffables communications dans la Trinité. Le Père, se connaissant, engendre par une Parole infinie, un Fils unique et parfait, auquel il communique tout ce qu’il est, excepté la propriété personnelle d’être Père : Sicut enim Pater habet vitam in semetipso, sic dedit et Filio habere vitam in semetipso *. — Le Fils est égal en tout au Père; il est l'expression adéquate, l’image parfaite du Père; il possède avec lui la même nature divine. — Le Père et le Fils se donnent l’un à l’autre avec un amour parfait, et c’est de cette donation d'amour du Père au Fils et du Fils au Père, que procède, d’une façon mystérieuse, l’Esprit- Saint, troisième personne. Le Saint-Esprit termine le cycle des opérations intimes en Dieu, il est le terme final des communications divines dans l’adorable Trinité.

Entre ces personnes distinctes, vous le savez encore, il n’y a ni supériorité ni infériorité : ce serait une grave erreur que de le croire ; toutes trois sont égales en puissance, en sagesse, en bonté, parce que toutes trois possèdent également, d’une manière indivisible, la même et unique nature divine avec toutes ses infinies perfections. Et c'est pourquoi toute notre louange s'adresse à la fois au Père, et au Fils et au S. Esprit : Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto.

Pourtant, s’il ny a entre elles ni inégalité ni dépendance, il y a un ordre de nature, d’origine, marquant les communications elles-mêmes. La « procession » du Fils présuppose, sans qu’il y ait cependant inégalité de temps, le Père, principe premier ; la « procession » du Saint- Esprit présuppose le Père et le Fils, dont il est le don mutuel.

I y a là une façon de parler que nous ne pouvons rejeter. Jésus veut que tous ses disciples soient baptisés « au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit »° : c'est là le langage même du Verbe incarné ; il contient une réalité divine dont la compréhension intime nous

à, Joan. V, 26. — 2. Matth. XXVIII, 10.

échappe ; mais parce que c’est le langage de Jésus, nous devons respecter inviolablement l’ordre entre les personnes de la Trinité. Autant nous devons sauvegarder intacte, dans notre doctrine et notre prière, l’unité de nature, autant aussi nous devons reconnaître la distinction des personnes, cette distinction qui se fonde sur les communications qu’elles ont entre elles et leurs mutuelles relations. Il y a, à la fois, égalité et ordre ; il y a perfec- . tion identique et distinction de propriétés.

Ces vérités constituent un ineffable mystère dont nous ne pouvons parler qu’en balbutiant. Pourtant Notre- Seigneur a voulu nous en révéler l'existence ; il a voulu nous faire cette révélation dans ses derniers entretiens avec ses disciples, la veille de sa mort, « afin que notre joie fût entière » ‘ ; il nous dit même que si nous sommes ses amis, c'est parce qu’il nous a fait connaître ces secrets de la vie intime de Dieu *, en attendant que nous en jouissions dans la félicité éternelle. Et pourquoi nous les aurait-il révélés, ces secrets, s’il n'avait jugé, lui, Sagesse infinie, que cette révélation nous serait utile ?

Mais remarquez-le encore: cet ordre de principe, d’origine, qui existe dans les ineffables communications des personnes entre elles et qui fondent leur distinction, Dieu ne nous l’a pas seulement révélé par sa parole, il a voulu aussi ie manifester dans ses œuvres,

Jésus nous dit, dans l'Évangile, que « la vie éternelle est de connaître que le Père est le vrai Dieu et que Jésus- Christ est celui qu’il a envoyé »*; il dit souvent que « son Père l’a envoyé »‘. Ce terme « envoyer » fréquemment employé par le Christ Jésus marque la distinction des personnes. C’est le Père qui « envoie » ; c'est le Fils qui « est envoyé »: l’ordre d’origine qui existe de toute éternité dans le ciel entre le Père et le Fils, est ainsi manifesté dans le temps. Car, nous dit le Christ au même endroit, en parlant de son Père : « Nous

1. Joan. XV, 11. — 2. Ibid. 15. — 3. Ibid. XVII, 3. — 4. Ibid. TII, TA IV, 34 6UVI, 20) etc.

sommes un »'; « tout ce qui est à mon Père est à moi et tout ce qui est à moi est à mon Père »*.

Jésus emploie le même terme « envoyer » en parlant du Saint-Esprit. Il dit aux apôtres que « son Père leur enverra l’'Esprit-Saint », Paracletus autem Spiritus Sanctus quem mittet Pater°; il dit aussi qu’ « il l’enverra lui-même » : Si autem abiero, mittam eum ad vos*. Vous le voyez : c’est le Père et le Fils qui envoient ; ainsi parle Jésus de l'Esprit : et Notre-Seigneur veut marquer par là l'ordre qui existe en Dieu dans la « procession » du Saint-Esprit.

Nous touchons ici à la raison profonde pour laquelle Jésus disait à ses apôtres : « Quand je serai retourné aux cieux, je vous enverrai l'Esprit ».

Le Christ Jésus, dans sa nature divine, est, avec le Père, le principe dont procède l’Esprit-Saint. Le don du Saint-Esprit à l’Église et aux âmes est une grâce sans prix, puisque cet Esprit est l’amour divin en personne. Mais, ainsi que je vous l’ai dit tantôt, ce don, cet envoi a été mérité pour nous, comme toute grâce, par Jésus ; il est le fruit de sa passion ; le Christ en a soldé le prix par les souffrances endurées dans sa sainte humanité. N’était-il pas dès lors équitable que cette grâce ne fût donnée au monde, que lorsque l'humanité, qui l'avait méritée, serait glorifiée ? Cette exaltation de l’humanité en Jésus ne s’est accomplie dans sa plénitude et n’a atteint son épanouissement qu’au jour de l'ascension. C'est alors seulement que cette sainte humanité est entrée définitivement en possession de la gloire qui lui revenait à double titre d'humanité unie au Fils de Dieu, et de victime offerte au Père pour mériter toute grâce

1. Joan. X, 30. — 2. Cf. Joan. XVII, ro. En tant que « personne divine » ; car l'humanité de Jésus considérée en elle-même, comme nature, est créée et par conséquent inférieure ; c’est en ce sens que Jésus dit ailleurs : « Mon Père est plus grand que moi », Pater major me est. Joan. KIV, 28. — 3. Joan. XIV, 26. — 4. Ibid. XVI, 7.

aux âmes. Assise à la droite du Père dans la gloire des cieux, l'humanité du Verbe incarné sera ainsi associée à | « envoi » qui sera fait du Saint-Esprit par le Père et le Fils.

Nous comprenons maintenant pourquoi Notre-Seigneur disait lui-même à ses apôtres : « Il vous est avantageux que je m'en aille ; car si je ne m’en vais pas, je ne vous enverrai pas l'Esprit ; mais si je retourne à mon Père, je vous l’enverrai ». C’est comme s'il disait: Je vous ai mérité cette grâce par ma passion ; pour qu’elle vous soit donnée, il faut qu'à ma passion succède d’abord ma glorification ; quand la gloire qui me revient m’aura été donnée par mon Père, lorsque je serai assis à sa droite, je vous ernverrai l'Esprit de consolation.

Les Pères de l’Église’ ajoutent une autre raison, relative aux disciples.

Jésus adressait un jour aux Juifs ces paroles : « Celui qui croit en moi, de son sein couleront des fleuves d’eau vive ». L’Évangéliste S. Jean, en rapportant cette promesse, ajoute que le Christ « disait cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croient en lui. Car l’Esprit n’était pas encore donné parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié »°. — La foi était donc la source, pour ainsi dire, de la venue de lEsprit-Saint en nous. Or, tant que le Christ Jésus vivait sur la terre, la foi des disciples était imparfaite. Elle ne serait entière, elle ne pourrait s'épanouir en toute plénitude, que lorsque l’ascension aurait dérobé à leurs regards ia présence humaine de leur divin Maître. « Parce que tu as vu, tu as cru, disait Jésus à Thomas, après sa résurrection ; mais bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru »°! — « Après l’ascension, la foi des disciples, plus instruite, ira chercher le Christ plus loin, plus haut, siégeant près du Père et égal au Père »*.

1. Cf. S. Augustin. Enarr. in Psalm. CIX ; Sermones CXLIIL et CCLXIV : S. Leo, Sermo II de Ascensione. — 2. Joan. VII, 38-39. — 3. Ibid. XX, 29. — 4. S. Leo, Sermo II de Ascens. C. 4.

C'est parce que la foi des apôtres, après l’ascension, est devenue plus pure, plus intérieure, plus vive, plus efficace, que « les fleuves d’eau vive » se sont versés en eux avec une telle impétuosité.

Nous savons en effet, avec quelle magnificence Jésus a accompli sa divine promesse, comment dix jours après l'ascension, l’'Esprit-Saint, envoyé par le Père et le Fils, est descendu sur les apôtres réunis au cénacle, avec quelle abondance de grâces et de charismes cet Esprit de vérité et d'amour s’est répandu dans l’âme des disciples.

Quelle a été, en effet, l'œuvre du Saint-Esprit dans l’âme des apôtres au jour de la Pentecôte ?

Pour bien la comprendre, je dois vous rappeler d’abord l’enseignement de l’Église sur le caractère des œuvres divines. — Vous savez que dans le domaine de la vie surnaturelle, de la grâce, aussi bien que dans les œuvres de la création naturelle, tout ce qui est produit en dehors de Dieu, dans le temps, est accompli par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, sans distinction de personnes. Les trois personnes agissent alors dans l'unité de leur nature divine. La distinction des personnes n'existe que dans les communications incompréhensibles qui constituent la vie intime de Dieu en lui-même.

Mais afin de nous faire souvenir plus aisément de ces révelations sur les personnes divines, l’Église, dans son langage, attribue spécialement telle ou telle action à l’une des trois personnes divines, à raison de l’affinité qui existe entre cette action et les propriétés exclusives par lesquelles cette personne se distingue des autres.

Ainsi, le Père est le premier principe, qui ne procède d'aucun autre, mais dont procèdent le Fils et l’Esprit- Saint. C’est pourquoi l’œuvre qui marque l’origine première de toute chose, la création, lui est attribuée spécialement. Le Père a-t-il seul créé ? Certainement non; le Fils et l’Esprit-Saint créaient en même temps que le

Père et en union avec lui. Mais il y a entre la propriété, spéciale au Père, d’être le premier principe dans les communications divines, et l’œuvre de la création une affinité, en vertu de laquelle l’Église peut, sans erreur de doctrine, attribuer spécialement la création au Père. | Le Fils, le Verbe est l'expression infinie de la pensée du Père, il est considéré surtout comme sagesse, Les œuvres dans lesquelles cette perfection éclate surtout, comme celle de l'ordonnance du monde, lui sont particulièrement attribuées. I1 est en effet, « cette sagesse qui sortie de la bouche du Très-Haut atteint et fixe toutes choses dans un parfait équilibre, avec autant de force

que de douceur .». O sapientia, quae ex ore Altissimi pro-

diisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviterque disponens omnia*.

L'Église applique la même loi au Saint-Esprit. Qu’estil dans l’adorable Trinité ? Il est le terme, l’aboutissement Suprême, la consommation de la vie en Dieu; il clôt le cycle intime des admirables opérations de la vie divine. Et c’est pourquoi, afin que nous nous souvenions de cette propriété qui lui est personnelle, l’Église lui attribue spécialement tout ce qui, dans l’œuvre de la grâce, de la sanctification, regarde l’achèvement, le couronnement, la consommation : c’est l'artiste divin qui, par ses dernières touches, amène l’œuvre à sa souveraine perfection : Dextrae Dei tu digitus”. L'œuvre attribuée au Saint-Esprit, dans l’Église comme dans les âmes, est de conduire à sa fin, à son terme, à sa perfection ultime, le travail incessant de la sainteté.

Contemplons maintenant, durant quelques instants, les opérations divines de cet Esprit dans l’âme des apôtres. I! les remplit de vérité. — Vous me direz tout de suite : le Christ Jésus ne l’avait-il pas fait ? Oh ! certainement. Ne le proclamait-il pas lui-même : « Je suis la vérité »°? I1 était venu en ce monde pour rendre témoignage à la

1. Antienne du x7décembre.tlCf. Eccli. XXIV, 5 ; Sap” VIII, 1. — 2. Hymne Veni Creator. — 3. Joan. XIV, 6.

vérité’, et nous savons, par lui encore, qu’il accomplit entièrement sa mission : Opus consummavi *.

Oui, mais à présent qu'il a quitté ses apôtres, c'est l'Esprit-Saint qui va devenir le maître intérieur. « Il ne parlera pas de lui-même », disait Jésus, voulant signifier par là que l’Esprit-Saint, — procédant du Père et du Fils, recevant d'eux la vie divine, — nous donnera la vérité infinie qu'il reçoit par sa procession ineffable. « Il vous dira tout qu’il a entendu, c’est-à-dire toute vérité »; « il vous rappellera tout ce que je vous ai enseigné » ; « il me fera connaître à vous ; il vous montrera combien je suis digne de toute gloire » : Ille me clarificabit*. ,

Quoi encore? « Les apôtres ne se mettront pas en peine de chercher ce qu’ils devront répondre quand les Juifs les traîneront devant les tribunaux et leur défendront de prêcher le nom de Jésus ; c’est le Saint-Esprit qui leur inspirera les réponses »*. Et ainsi, « ils pourront rendre témoignage de Jésus » : Accipietis virtutem supervenientis Spiritus Sancti in vos, et eritis mihi testes. usque ad ultimum terrae*.

Et comme c’est par la langue, organe de la parole, qu'on rend témoignage, que la prédication du nom de Jésus doit se répandre dans le monde, cet Esprit, au jour de la Pentecôte, descend visiblement sur les apôtres sous la forme de langues. ;

Mais ce sont des langues de feu. Et pourquoi ? Parce que l’Esprit-Saint vient remplir d'amour les cœurs des disciples. — Il est l'amour personnel, subsistant, de la vie en Dieu. Il est aussi comme le souffle, l’aspiration de l'amour infini où nous puisons la vie. Il est raconté dans la Genèse que Dieu « insuffla la vie à la matière formée du limon de la terre » : Inspiravit spiraculum vitae*. Ce souffle vital était le symbole de l'Esprit auquel nous devons la vie surnaturelle. Au jour de la Pentecôte, l'Esprit

1, Joan XVIIL, 3% 42, Ibid. XVII, 4 3. Ibid XIV, 26 XVI 13-14 —4. Matth. X, 10-20; Marc. XIII, rr ; Luc XI, "rx. — "5 Act. I, 8 — 6. Gen. IL, 7.

divin apportait une telle abondance de vie à toute l’Église que pour la signifier « un bruit venu du ciel, semblable à un vent impétueux, remplit toute la maison où se trouvaient réunis les apôtres »:.

En descendant sur eux, l'Esprit-Saint répand en eux cet amour qui est lui-même. Il faut que les apôtres soient remplis d'amour pour qu’en prêchant le nôm de Jésus, ils fassent naître l'amour de leur Maître dans l’âme de leurs auditeurs ; il faut que leur témoignage, dicté par l'Esprit, soit si plein de vie qu’il attache le monde à Jésus-Christ.

Cet amour, ardent comme la flamme, puissant comme un souffle de tempête, est encore nécessaire aux apôtres pour qu’ils puissent affronter les dangers prédits par le Christ, lorsqu'ils auront à prêcher son nom: lEsprit- Saint les remplit de force.

Voyez S. Pierre, le prince des apôtres. La veille de la passion de Jésus, il promet de le suivre jusqu’à la mort ; mais, la nuit même, à la voix d’une servante, il renie son divin Maître; il jure qu «il ne connaît pas cet homme »°. — Voyez-le maintenant au jour de la Pentecôte. Il annonce le Christ à des milliers de Juifs ; il leur reproche, dans un langage plein de liberté, de lavoir crucifié ; il rend témoignage de sa résurrection, et il les exhorte vivement à faire pénitence et à recevoir le baptême*. Ce n’est plus le disciple timide qui craint le danger et « se tient à distance »‘, c’est le témoin qui proclame devant fous, en des paroles fermes et hardies, que le Christ est le Fils de Dieu. |

Quelle force dans les paroles de S. Pierre ! L’apôtre n’est plus reconnaissable. La vertu du Saint-Esprit Pa changé, l'amour qu’il porte à son Maître est désormais fort et généreux. Notre-Seigneur avait prédit lui-même cette transformation quand il avait dit à ses disciples avant de monter aux cieux : « Demeurez à Jérusalem jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut »°.

1. ACT II, 2 = 2, Matth. XXVI, 74; Marc, XIV, 719 —.3. Act. IT, 23-24, 38 — 4. Marc. XIV, 54. — 5. Luc. XXIV, 40.

Voyez encore ce même Pierre et les autres apôtres,

peu de jours après l'événement. Voici que les Juifs s’émeuvent de leurs paroles, des miracles qu’ils accomplissent, des conversions qu’ils opèrent au nom de Jésus. Les princes des prêtres et les Sadducéens qui ont fait périr le Christ, font venir ses disciples et leur défendent de prêcher le Sauveur. Vous connaissez leur réponse : « Nous ne pouvons obéir à vos ordres, nous ne pouvons pas ne pas rendre témoignage de ce que nous avons vu et entendu »:.

Qu'est-ce qui les fait parler avec un tel courage, eux qui, la nuit de la Passion, abandonnaïent Jésus ; qui, pendant les jours qui suivirent la Résurrection, « se tenaient cachés, portes fermées, à cause de la peur que leur inspiraient les Juifs » : Propter metum Judaeorum * ? — C'est l'Esprit de vérité, l'Esprit d'amour, l'Esprit de force.

C'est parce que leur amour du Christ est fort qu'ils se livrent pour lui aux tourments. Car les Juifs, voyant que les apôtres ne tiennent aucun compte de leur prohibition, les rappellent devant le tribunal ; mais Pierre déclare au nom de tous qu’ils doivent « obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes »*,

Vous savez ce que firent alors les Juifs. Pour avoir raison de cette constance, on battit les apôtres de verges avant de les relâcher. Mais remarquez ce qu’ajoute l’écrivain sacré. En sortant du tribunal, dit-il, « les apôtres étaient remplis de joie d’avoir été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus »‘. Et d’où leur venait cette joie dans les souffrances et les humiliations ? De l’Esprit-Saint. Car il n’est pas seulement l'Esprit de force, il est aussi l'Esprit de consolation. « Je prierai mon Père, leur avait dit Jésus, et il vous donnera un autre consolateur » : Æogabo Patrem, et alium Paracletum dabit vobis... Spiritum veritatis*.

1. Act. IV, 18-20. — 2. Joan. XX, 19. — 3. Act. V, 29. — 4. Ibid. 41. — 5. Joan. XIV, 16-17.

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