‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 105 sur 134 · PANIER STEN · texte numérisé non relu

PANIER STEN

Le Christ Jésus n'est-il pas déjà lui-même un consolateur ? Certes ; ne nous a-t-il pas dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes dans la peine, et je vous soulagerai » ‘? N'’est-il pas, comme nous le révèle S. Paul, « un pontite qui sait compatir à nos souffrances, parce qu'il a passé lui-même par la douleur »*°? Mais ce divin consolateur devait disparaître aux yeux charnels des disciples ; c’est pourquoi il priait son Père de leur envoyér un autre consolateur, égal à lui-même, Dieu comme lui.

Parce qu’il est l'Esprit de vérité, ce consolateur apaise les besoins de notre intelligence ; parce qu’il est l'Esprit d'amour, il comble les désirs de notre cœur ; parce qu’il est l'Esprit de force, il nous soutient dans le labeur, les épreuves et les larmes : l’Esprit-Saint est le consolateur par excellence.

Consolator optime, Dulcis hospes animae, Dulce refrigerium* !

Oh! « Venez en nous, père des pauvres, distributeur des dons célestes, consolateur plein de bonté, hôte suave de l’âme, réconfort plein de douceur » !

C’est pour nous que l’Esprit-Saint est venu ; l’assemblée du Cénacle représentait toute l’Église. L'Esprit ne vient que « pour demeurer à jamais avec elle ». C'est la promesse même de Jésus : UE maneat vobiscum IN AETER- NUM“.

A la Pentecôte, il est descendu visiblement sur les apôtres ; à partir de ce jour, la sainte Église s’est répandue sur toute la terre ; elle est le royaume de Jésus ; et c’est l'Esprit-Saint qui gouverne, avec le Père et le Fils, ce royaume. Il achève dans les âmes l’œuvre de sainteté

1. Matth. XI, 28. — 2, Hebr. IV, 15; V, 2 — 3. Séquence Veni:

Sancte Spiritus. — 4. Joan. XIV, 16.

commencée par la rédemption. Il est, dans l’Église, ce que l’âme est au corps : l'esprit qui l’anime et le vivifie, qui sauvegarde l’unité, encore que son action produise des effets multiples et variés ; qui lui apporte toute vigueur et toute beauté.

Voyez, en effet, quelle abondance de grâces et de charismes inonde l’Église au lendemain de la Pentecôte. Nous lisons dans les « Actes des apôtres », qui sont l’histoire de l’Église à ses débuts, que le Saint-Esprit descendait visiblement sur ceux qui étaient baptisés et les remplissait de grâces merveilleuses. Avec quelle complaisance $S. Paul les énumère ! « Il y a diversité de dons, mais c’est le même Esprit qui en est la source... À chacun est donnée, pour l’utilité commune, la manifestation de l'Esprit. A l’un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse, à l’autre une parole de science ; à celui-ci le don d’une foi extraordinaire ; à celui-là le don des guérisons ; ici la puissance d'opérer des miracles ; là le don de prophétie ; ailleurs le discernement des esprits, la diversité ou l'interprétation des langues ». Et l’Apôtre ajoute : « Mais c’est un seul et même Esprit qui produit tous ces dons, les distribuant à chacun en particulier comme il lui plaît »:.

C’est l’Esprit-Saint promis et envoyé par le Père et par Jésus, qui donnait cette plénitude et cette intensité de vie surnaturelle aux premiers chrétiens ; tout différents qu’ils étaient, ils n’avaient pourtant, à cause de l’amour que l'Esprit répandait en eux, « qu'un cœur et qu’une âme »*.

Depuis, lEsprit-Saint demeure dans l’Église d’une façon permanente, indéfectible, y exerçant une action incessante de vie et de sanctification : Apud vos manebit, et in vobis erit*. Il la rend infaillible dans la vérité : « Quand l'Esprit de vérité sera venu, disait Jésus, il vous guidera dans toute vérité »* et vous gardera de toute erreur, Il fait éclater dans l’Église une merveilleuse fé-

2, T Cor. XII, 4%sq: == 2" Act. IV, 32° — 3. Joan. XIV, x7.— 24 Ibid. S'ENAÉE

condité surnaturelle ; il fait naître et s'épanouir dans les vierges, les martyrs, les confesseurs, ces vertus héroïques qui sont l’une des marques de la sainteté. En un mot, il est l'Esprit qui travaille au fond des âmes, par ses inspirations, à rendre l’Église, — que Jésus s’est acquise une fois pour toutes par son précieux sang, — « pure, immaculée, sans ride », digne d’être présentée par le

Christ à son Père au jour du triomphe final.

Cette action intérieure de l'Esprit est incessante. — Car la Pentecôte n’est pas terminée. Sous sa forme historique, comme mission visible, elle l’est sans nul doute. Mais elle dure toujours dans sa vertu ; la grâce de la Pentecôte demeure. La mission du Saint-Esprit dans les âmes est désormais invisible, mais elle n’est pas moins féconde.

Voyez l’Église, le jour même où elle célèbre l’Ascension. Quelle est sa prière, après avoir chanté la gloritication de son divin Époux et s’en être réjouie avec allégresse ? Elle s'adresse au Christ Jésus : « O Roi de gloire, Seigneur, dont les œuvres font éclater la puissance, qui êtes monté aujourd'hui triomphant au plus haut des cieux, ne nous laissez pas orphelins, mais envoyez-nous celui que le Père a promis, l'Esprit de vérité » : O Rex gloriae, Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes caelos ascendisti, ne derelinquas nos orphanos, sed mitte promissum Patris in nos, Spiritum veritatis:. O Pontife tout-puissant, maintenant que vous êtes assis à la droite de votre Père et que vous jouissez en toute plénitude de votre triomphe et de votre crédit, priez votre Père, ainsi que vous nous l’avez promis, afin qu’il nous envoie un autre consolateur ; par les souffrances de votre humanité, vous avez mérité cette grâce pour nous; le Père vous écoutera, parce qu’il vous aime ; parce que vous êtes son Fils bien-aimé, il enverra avec vous l'Esprit qu'il a promis lui-même quand il a dit: « Je répandrai l'Esprit de grâce et de prières sur tous les habitants de

Page 1