Préface de la Pentecôte. — 2. Joan. XIV
L’Esprit-Saint vient en nous pour demeurer ; il demeure pour nous sanctifier, pour guider toute notre activité surnaturelle ; il nous fait part de ses dons de sagesse et d'intelligence, de conseil et de force, de science et de piété, de crainte, qui sont autant d’aptitudes surnaturelles déposées en nous pour nous faire agir comme doivent agir les enfants de Dieu : Quicumque Spiritu Dei aguntur ii sunt filii Dei’.
Il demeure en nous ; hôte divin, plein d'amour et de bonté, il ne fait son séjour en nos cœurs que pour nous aider, nous éclairer, nous fortifier ; il ne nous quittera que si nous avons le malheur, par une faute mortelle, de le chasser de nos âmes. C’est ce que S. Paul appelle « éteindre l’esprit »*, bannir cet esprit d'amour, en lui préférant, d’une façon absolue, la créature. Suivons encore le conseil de l’Apôtre, et ne « contristons »° pas PEsprit, ne résistons pas à ses inspirations, par une faute quelle qu’elle soit, même légère, pleinement déli-. bérée, froidement accomplie, par un « non » répondu volontairement à tout ce qu’il nous suggère de bon et de bien.
Car son action est extrêmement délicate ; et quand l'âme lui résiste délibérément, fréquemment, elle froisse l'Esprit ;, elle le force peu à peu à se taire; alors elle s'arrête dans le chemin de la sainteté, et court grand risque de sortir même de la voie du salut. Que peut faire une telle âme, sans maître qui la guide, sans lumière qui l’éclaire, sans force qui la soutienne, sans joie qui la transporte ?
Soyons plutôt fidèles à cet Esprit qui vient en nous, avec le Père et le Fils, pour y établir sa demeure. « Ne savez-vous pas, disait encore S. Paul, que vous êtes, par la grâce, le temple de Dieu, et que l’Esprit-Saint habite en vous »*? Toute augmentation de grâce est comme une réception nouvelle de cet hôte divin, une nou-
1. Rom. VIII, 14: — 2. I Thess. V, 19. — 3. Ephes. IV, 30- — 4 I Cor. TI ere
velle prise de possession de nos âmes par lui, une nouvelle étreinte d'amour.
Et que ses opérations dans l’âme fidèle sont bienfaisantes ! Il lui fait « connaître le Père » : Per te sciamus da Patrem*; le lui faisant connaître, il produit en elle, par le don de piété, l'attitude d’adoration et d'amour qu’elle doit garder à l'égard du Père céleste. Écoutez ce que dit si explicitement S. Paul : « L'Esprit vient en aide à nos faiblesses, car nous ne savons pas ce que nous devons demander dans nos prières, mais l'Esprit lui-même prie pour nous par des gémissements inénarrables »*. Et quelle est cette prière ? « Vous avez, dit-il, reçu un Esprit d'adoption, en qui nous crions vers Dieu : Père, Père! Cet Esprit lui-même rend témoignage à notre âme que nous sommes enfants de Dieu »*.
Il nous fait « connaître aussi le Fils >»: Noscamus atque Filium ‘ ; il nous manifeste Jésus ; il est ce maître intérieur qui nous fait connaître le Christ, qui nous fait pénétrer dans l'intelligence de ses paroles et de ses mystères ; « parce que, dit Jésus, il procède de moi comme de mon Père, il me glorifie en vous » : Ille me clarificabit". En répandant en nous la science divine, en nous tenant par l'amour en présence de Jésus, en nous inspirant d'accomplir toujours ce qui lui est agréable, il fait régner le Christ en nous. Par son action infiniment délicate et souverainement efficace, il forme Jésus en nous. N'est-ce pas en cela qu'est la substance de toute sainteté ?
Demandons-lui donc de venir en nous, d'y demeurer, d'y augmenter l'abondance de ses dons. La prière fervente est une condition de sa venue en nos âmes.
L'humilité en est une aütre. — Présentons-nous à lui avec la conviction intime de notre pauvreté intérieure ; cette disposition d'âme est excellente pour recevoir celui
1. Hymne Veni Creator. — 2. Rom. VIII, 26. — 3. Ibid, 15 et 16. — 4. Hymne Veni Creator. — 5. Joan. XVI, 14.
dont l’Église chante : Sine tuo numine, nihil est in homine, nihil est innoxium ‘ : « Sans votre secours, il n’y a rien dans l’homme qui ne puisse lui nuire ». Empruntons, dès lors, à l’Église ses vives aspirations : « Venez, Esprit d'amour ; venez, repos dans le labeur ; venez, abri dans les ardeurs brûülantes ; venez, consolation dans les larmes. Lavez nos souillures, arrosez nos sécheresses, guérissez nos blessures ; assouplissez nos raideurs, échauffez nos froideurs, redressez nos pas qui s’égarent » :
Lava quod est sordidum, Riga quod est aridum, Sana quod est saucium ;
Flecte quod est rigidum, Fove quod est frigidum, Rege quod est devium*.
Malgré nos misères, invoquons l'Esprit-Saint ; à cause de ces misères mêmes, il nous exaucera.
Et puisqu'il ne fait qu'un avec le Père et le Fils, adressons-nous aussi au Père : « Père, envoyez en nous, au nom de votre Fils Jésus, l'Esprit d'amour pour qu’il nous remplisse du sentiment intime de notre divine filiation. — Et vous, Ô Jésus, notre Pontife, maintenant assis à la droite de votre Père, interpellez-le pour nous afin que cette mission de l'Esprit, que vous nous avez promise et méritée, soit abondante ; qu’elle soit « un fleuve impétueux qui réjouisse la cité des âmes » ; ou plutôt, selon votre parole même, Ô Jésus, « un fleuve d’eau vive dont la vertu jaillisse jusqu’à la vie éternelle ». Hoc autem dicebat de Spiritu Sancto quem accepturi erant credentes in eum.