XVII — IN MEI MEMORIAM
(Fête-Dieu)
SOMMAIRE. — L’Eucharistie est un mystère de foi. — I. Le sacrifice de l’autel perpétue la mémoire de Jésus. — II. La manne, figure du sacrement eucharistique. — IH. Nous trouvons dans ce sacrement la vertu des mystères de Jésus. — IV. Comment y participer : par le sacrifice de la messe, la communion, la visite au saint Sacrement. Révérence profonde dont il faut entourer ce mystère. — V. Comment, par la foi, nous sommes unis au Christ dans ce sacrement et, par lui, au Père et à l’Esprit-Saint.
Tous les mystères du Christ sont essentiellement des mystères de foi ; sans la foi nous ne pouvons en accepter ni en contempler aucun.
Pourtant le degré de lumière qui éclaire notre foi dans chacun d’eux est différent. — Voyez à Bethléem : nous n’apercevons dans la crèche qu’un petit enfant ; sans la foi, nous ne reconnaîtrions pas en lui le Fils de Dieu, le maître souverain de toutes les créatures ; mais nous entendons la voix des anges du ciel célébrer la venue de ce Sauveur de la terre ; nous voyons une merveilleuse étoile amener à ses pieds les rois de l'Orient. — Au baptême de Jésus, nos yeux ne voient qu’un homme qui se soumet, comme les autres Juifs, à un rite de pénitence ; mais le ciel s’entr'ouvre, la voix du Père éternel se fait entendre et proclame que cet homme est le Fils de sa dilection, en qui il a mis ses infinies complaisances. — De même sur le Thabor ; dans ce mystère de la Transfiguration, la foi est puissamment aidée : la gloire de la divinité qui pénètre l'humanité de Jésus rejaillit visiblement jusque sur elle : les disciples éblouis se prosternent la face contre
terre. La divinité est, au contraire, voilée quand le Christ meurt sur la croix, comme le dernier des hommes, au milieu des tourments ; et cependant le centurion proclame qu'il est le Fils de Dieu ; la nature elle-même, par les bouleversements qu’elle subit en cet instant unique, rend un hommage solennel à son Créateur. — Dans la Résurrection, que voyons-nous ? Jésus est tout resplendissant de gloire ; mais il prouve en même temps à ses apôtres qu’il est toujours lui-même, homme aussi bien que Dieu : il se fait toucher, il mange avec eux, il leur montre les cicatrices de ses plaies, afin de leur manifester qu’il n’est pas seulement un esprit mais qu’il est le même Jésus avec lequel ils ont vécu durant trois ‘ans.
Vous le voyez donc : si dans chaque mystère du Christ, il se rencontre assez d'ombre pour rendre notre foi méritoire, il y brille aussi assez de lumière pour l'aider ; en tous, nous voyons se manifester l’ineffable union de la divinité avec l'humanité.
Mais il est un mystère où la divinité et l’humanité, loin de se révéler, disparaissent toutes deux à nos sens : c'est dans le mystère de l’Eucharistie.
Qu’'y a-t-il sur l'autel avant la consécration ? Un peu de pain, un peu de vin. Et après la consécration ? Pour les sens, le toucher, la vue, le goût, encore du pain et du vin. Seule, la foi pénètre sous ces voiles, jusqu’à la réalité divine qui s'y cache totalement. Sans la foi, nous ne verrons jamais que du pain et du vin, nous ne voyons pas Dieu, il ne s’y révèle pas comme dans l’Évangile ; « nous ne voyons pas même l’homme » :
In cruce latebat sola deitas, At hic latet simul et humanitas :.
Quand le Christ, durant sa vie terrestre, proclamait qu’il était le Fils de Dieu, il en donnait la preuve : on constatait certes qu’il était un homme, mais un homme « dont la doctrine ne pouvait venir que de Dieu » : Quem