Hymne Adoro te. —.2. Credo de la messe. — 3. Gal. II
épisodes douloureux de la passion a été préordonné par la Sagesse et accepté par l'Amour pour notre salut.
O Christ Jésus, réellement présent sur l'autel, je me prosterne à vos pieds ; que toute adoration vous soit rendue dans le sacrement que vous avez voulu nous laisser la veille de votre passion, comme témoignage de l'excès de votre amour !
Nous traduirons encore cette « vénération » en allant visiter le Christ dans le tabernacle. Ne serait-ce pas, en effet, manquer de respect que de délaisser cet hôte divin qui nous attend? Il demeure là, réellement présent, celui qui était présent à la crèche, à Nazareth, sur les montagnes de Judée, au cénacle, sur la croix. C'est ce même Jésus qui disait à la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu ! Toi qui as soif de lumière, de paix, de joie, de bonheur, si tu savais qui je suis, tu me demanderais de l’eau vive... de cette eau de la grâce divine qui devient une source sans cesse jaillissante jusqu’à la vie sans fin »’.
Il est là, réellement présent, celui qui a dit: « Je suis la voie, la vérité, la vie...* Qui me suit ne marche pas dans les ténèbres... * Personne ne va au Père si ce n’est par moi... Je suis la vigne, vous êtes les branches ; celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là seul peut porter des fruits, car sans moi, vous ne pouvez rien faire... * Je ne rejette pas celui qui vient à moi...‘ Venez à moi, vous tous qui êtes accablés, et je vous soulagerai... Vos âmes ne trouveront le repos qu’en moi. »'
Il est là, le même Christ qui guérissait les lépreux, calmait les flots en courroux et promettait au bon larron une place dans son royaume. Nous trouvons là notre Sauveur, notre ami, notre frère aîné, dans la plénitude de sa toute-puissance divine, dans la vertu toujours féconde de ses mystères, avec l’infinie surabondance de ses mérites et l’ineffable miséricorde de son amour.
2. JO2AMIV, 10, 14 — "2. Ibid. XIV,.6. — 3. Ibid. VIII, 12. — 4. Ibid. XIV, 6. — 5. Ibid. XV, s. — 6. Ibid. VI, 37. — 7. Matth. XI, 28-20.
I1 nous attend dans son tabernacle, non seulement pour y recevoir nos hommages, mais pour nous y communiquer des grâces. Si notre foi en sa parole n’est pas un vain sentiment, nous irons près de lui, mettre notre âme en contact, par la foi, avec sa très sainte humanité. Soyez assuré qu'une « vertu sortira alors de lui »', comme jadis, pour vous combler de lumière, de paix, de joie.
Nous ne pouvons espérer de « participer sans cesse au fruit de la rédemption de Jésus » que si cette attitude de respect et de révérence pénètre profondément nos âmes. Il faut que cette vénération soit telle qu’elle nous fasse atteindre le don divin dans sa plus grande plénitude : ITA venerari UT fructum jugiter sentiamus.
Mais pourquoi donc, me demanderez-vous, pourquoi l’Église semble-t-elle ramener à la « vénération » toutes nos dispositions à l'égard de ce divin sacrement ? quelle raison a-t-elle d'en agir ainsi ?
C'est que ce respect est un hommage de foi. L'homme qui n’a pas la foi ne fléchit pas le genou devant l’hostie sainte. Cette révérence n’a de source et d’aliment que dans la foi.
Or, je vous l’ai dit souvent, la foi, racine de toute justification et condition fondamentale de tout progrès dans la vie surnaturelle, est la première des dispositions pour recevoir « le fruit de la rédemption » du Christ.
Quel est, en effet, ce fruit pour nos âmes ? En un mot, c’est de renaître à la vie divine de la grâce, de redevenir participants de l'adoption éternelle. Nous n’y parvenons que par la foi. La foi est la condition primordiale pour devenir enfant de Dieu et cueillir, dans sa substance, ce fruit de l’arbre divin de la croix : Quotquot autem receperunt eum, dedit eis potestatem filios Dei fieri, HIS QUI CREDUNT IN NOMINE EJUS... qui ex Deo nati sunt*.
Luc VIrr9 VIEIL MAG 2/8 Joan. I 12-130
La réception de l’Eucharistie nous unit d’abord à la sainte humanité du Christ, et cette union s'opère par la foi. Quand vous croyez que l'humanité de Jésus est l’humanité du Fils de Dieu, la propre humanité du Verbe, et qu’en lui il n’y a qu’une seule personne divine : quand, de toute la force et de toute la plénitude de votre foi, vous adorez cette sainte humanité, par elle vous entrez en contact avec le Verbe ; car elle est la voie qui vous mène à la divinité.
Lorsque le Christ Jésus se donne à nous dans la sainte communion, il nous pose la question qu’il faisait à ses apôtres : Quem dicunt homines esse Filium hominis : 2 « Que disent Îles hommes de moi »? Et nous devons répondre avec Pierre: Tu es Christus Filius Dei vivi : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant »’. Je ne vois qu'un fragment de pain, qu'un peu de vin; mais vous, qui êtes le Verbe, la Sagesse éternelle et la Vérité infinie, vous avez dit : Hoc est corpus meum, hic est sanguis meus : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang » ; et parce que vous l'avez dit, je vous crois présent sous ces humbles et infimes apparences. — Nos sens ne nous disent rien, c’est la foi qui nous fait pénétrer jusqu’à la réalité divine cachée sous les voiles eucharistiques : Praestet fides supplementum sensuum defectui*.
Et Notre-Seigneur nous dit comme au centurion : Sicut credidisti, fiat tibi: « Qu'il vous soit fait selon votre foi »*. Puisque vous croyez que je suis Dieu, je me donne à vous avec tous les trésors de ma divinité pour vous en combler, et vous transformer en moi; je me donne à vous avec les ineffables relations de ma vie intime de Dieu.
Car nous ne nous unissons pas seulement au Christ. Le Christ ne fait qu’ « un avec son Père » : Ego et Pater unum sumus, un dans l’unité de l’Esprit-Saint. La communion nous unit en même temps au Père et au Saint- Esprit. Le Christ, Verbe incarné, est tout entier à son
1. Matth. XVI, 13. — 2. Ibid. 16. — 3. Hymne Pange lingua. — 4. Matth. VIII, 13.
Père ; quand nous communions, il nous prend, il nous unit à son Père, comme lui-même lui est uni : « Je vous prie, à Père, disait Jésus à la dernière cène, après avoir institué la sainte Eucharistie, je vous prie non seulement pour mes apôtres, mais aussi pour ceux qui, par leur parole, croiront en moi ; afin que tous soient un comme vous, mon Père, vous êtes en moi et moi en vous, pour que, eux aussi, soient un en nous... qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et vous en moi »: Ego in eis et tu in me.
Le Verbe nous unit aussi à l’Esprit-Saint. Dans l’adorable Trinité, le Saint-Esprit est l'amour substantiel du Père et du Fils. Le Christ nous le donne, comme il le donnait aux apôtres, afin de nous diriger par lui ; il nous communique cet Esprit d'adoption qui, nous rendant d'abord témoignage que nous sommes les enfants de Dieu, nous aide par ses lumières et ses inspirations à vivre « comme des enfants bien-aimés ».
Quel sanctuaire que l'âme qui vient de communier ! L’Eucharistie lui donne d’abord le corps et le sang du Christ ; elle lui donne la divinité du Verbe uni indissolublement en Jésus à la nature humaine ; par le Verbe, l’âme est unie au Père et à l'Esprit, dans l’indivisibilité de leur nature incréée. La Trinité habite en nous ; notre âme devient le ciel où se produisent les mystérieuses opérations de la vie divine. Nous pouvons alors offrir au Père le Fils de sa dilection pour qu’il mette de nouveau en lui ses complaisances ; nous pouvons offrir ces complaisances à Jésus pour qu’en sa sainte âme soient renouvelées les joies ineffables qu’elle a éprouvées au moment de lIncarnation ; nous pouvons prier l'Esprit- Saint d’être le lien d'amour qui nous unisse au Père et au Fils...
Il n’y a que la foi pour comprendre ces merveilles et plonger dans ces abîmes : Mysterium fidei….
1, Joan. XVII, 20-23.
(Fête du Sacré-Cœur)
SOMMAIRE. — L'amour explique tous les mystères de Jésus’; combien nous devons avoir foi en la plénitude de cet amour ; l’Église nous le propose comme objet de culte dans la fête du sacré Cœur. — I. Ce qu'est, de facon générale, la dévotion au cœur de Jésus ;: combien cette dévotion plonge ses racines dans le dogme chrétien. — II. Ses divers éléments. — III. La contemplation des bienfaits que nous a valus l'amour de Jésus, symbolisé par son cœur, est la source de l’amour que nous devons lui rendre ; double caractère de notre amour pour le Christ : il doït être affectif et effectif ; Notre-Seigneur est en ceci notre modèle. — IV. Précieux avantage de la dévotion au sacré Cœur : elle nous fait prendre peu à peu l’attitude vraie qui doit caractériser nos rapports avec Dieu. Notre vie spirituelle dépend, en grande partie, de l’idée que nous nous faisons habituellement de Dieu ; diversité des aspects sous lesquels les âmes peuvent considérer Dieu. — V. Le Christ seul nous révèle la véritable attitude de l'âme en face de Dieu ; la dévotion au cœur de Jésus nous aide à l’acquérir. ,
Tout ce que nous possédons dans le domaine de la grâce nous vient du Christ Jésus ; « c’est à sa plénitude que nous puisons tous » : De plenitudine ejus nos omnes accepimus ”. Il a détruit le mur de séparation qui nous empêchait d'aller à Dieu ; il a mérité pour nous, avec une abondance infinie, toutes les grâces ; chef divin du corps mystique, il possède la puissance de nous communiquer l'esprit de ses états et la vertu de ses mystères, afin de nous transformer en lui
mi Joan 16.
Quand nous considérons ces mystères de Jésus, quelle est celle de ses perfections que nous y voyons éclater particulièrement ? — C’est l'amour.
L'amour a réalisé l’incarnation : Propter nos... descendit de caelis, et incarnatus est’; c’est l'amour qui fait naître le Christ dans une chair passible et infirme, inspire l'obscurité de la vie cachée, alimente le zèle de la vie publique. Si Jésus se livre pour nous à la mort, c’est parce qu’il cède à « l'excès d’un amour sans mesure »* ; s’il ressuscite, c'est « pour notre justification »°; s’il monte au ciel, c’est « en précurseur qui va nous préparer une place »* dans ce séjour de béatitude ; il envoie « l'Esprit consolateur » pour ne pas « nous laisser orphelins »°; il institue le sacrement de l’Eucharistie comme mémorial de son amour‘. Tous ces mystères ont leur source dans l’amour.
Il est nécessaire que notre foi en cet amour du Christ Jésus soit vivace et constante. Et pourquoi ? Parce qu’elle est un des plus puissants soutiens de la fidélité.
Voyez S. Paul : jamais homme n’a travaillé, ne s’est dépensé comme lui pour le Christ. Un jour où ses ennemis attaquent la légitimité de sa mission, il est amené, pour se défendre, à esquisser lui-même le tableau de ses œuvres, de ses labeurs et de ses souffrances. Ce tableau si vivant, vous le connaissez sans doute, mais c’est toujours une joie pour l’âme de relire cette page, unique dans les annales de l’apostolat. « Souvent, dit le grand apôtre, j'ai vu la mort de près ; cinq fois j'ai subi le supplice de la flagellation ; trois fois j'ai été battu de verges, une fois j'ai été lapidé; j'ai fait trois fois naufrage; j'ai passé un jour et une nuit au fond de la mer. Et mes voyages sans nombre, remplis de périls : périls sur les fleuves, périls de la part des brigands, périls de la part des gens de ma nation, de la part des infidèles ; périls dans les villes, dans les déserts, périls en mer; mes labeurs et mes souffrances, mes nombreuses veilles ; les
1. Credo de la messe. — 2. Joan. XIII, 1. — 3. Rom. IV, 25 — 4. Joan. XIV, 2 ; Hebr. VI, 20. — 5, Joan. XIV, 18. — 6: Luc. XXII, 10.
tortures de la faim et de la soif, les jeûnes multiples, le froid, la nudité ; et sans parler de tant d’autres choses encore, rappellerai-je mes soucis de chaque jour, la sollicitude de toutes les églises que j'ai fondées »? Ailleurs, il s'applique la parole du Psalmiste : « À cause de’ toi, Seigneur, tout le jour nous sommes livrés à la mort, on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie... » Et pourtant qu’ajoute-t-il aussitôt ? Mais « en toutes ces rencontres, nous sommes plus que vainqueurs » : Sed in his omnibus superamus*. Et où trouvet-il le secret de cette victoire? Demandez-lui pourquoi il supporte tout, même « l’ennui de vivre »°; pourquoi, dans toutes ses épreuves, il demeure uni au Christ avec une si inébranlable fermeté que « ni la tribulation, ni l'angoisse, ni la persécution, ni la faim, ni le glaive ne peuvent le séparer de Jésus ‘ ? il vous répondra : Propter eum, qui dilexit nos”: « par celui qui nous a aimés ». Ce qui le soutient, le fortifie, l’anime, le stimule, c’est sa conviction profonde de « l’amour que le Christ lui porte »: Dilexit me et tradidit semetipsum pro me*.
Et, en effet, le sentiment que fait naître en lui cette ardente conviction est qu’ « il ne veut plus vivre pour lui-même », — lui qui a blasphémé le nom de Dieu et persécuté les chrétiens’ — « mais pour celui qui la aimé au point de donner sa vie pour lui ». Caritas Christi urget me...° « L'amour du Christ nous presse », s’écriet-il « C’est pourquoi je me livrerai pour lui, je me dépenserai bien volontiers, sans réserve, sans compter » ; je m’épuiserai pour les âmes qui sont sa conquête : Libentissime impendam et superimpendar * !
Cette conviction que le Christ l’aime donne vraiment la clef de toute l’œuvre du grand apôtre.
Rien ne pousse à l’amour, comme de se savoir et de se sentir aimé. « Toutes les fois que nous songeons à Jésus-Christ, dit sainte Thérèse, rappelons-nous l'amour
DNTINCO TI 2728 2 ROM OV ALIEN 30227, 18: LIN COr Ar B EE 4. Rom. VIII, 35. — 5. Ibid. 37. — 6. Gal. II, zo. — 7. Cf. Act. XXVI, 0-10 01 Core XV, 9. — 8. IL Cor. V, 14: — 9, IL Cor. XII, 15,
avec lequel il nous a comblés de ses bienfaits... l’amour appelle l'amour » *
Mais comment connaître cet amour qui est au fond de tous les états de Jésus, qui les explique, et en résume tous les motifs ? où puiser cette science, si salutaire et si féconde que S. Paul en faisait l’objet de sa prière pour ses chrétiens * ? Dans la contemplation des mystères de Jésus. Si nous les étudions avec foi, l'Esprit-Saint, qui est l’amour infini, nous en découvre les profondeurs et nous mène à l'amour qui en est la source.
Il est une fête qui par son objet nous rappelle, d’une façon générale, l'amour que le Verbe incarné nous a montré : c’est la fête du Sacré-Cœur. L'Église, à la suite des révélations de Notre-Seigneur à sainte Marguerite- Marie, clôt, pour ainsi dire, par cette fête, le cycle annuel des solennités du Sauveur ; comme si, arrivée au terme de la contemplation des mystères de son Époux, il ne lui restait plus qu’à célébrer l'amour même qui les a tous inspirés.
A l'exemple de l’Église, je vous dirai donc, maintenant que nous avons passé en revue les principaux mystères de notre divin chef, quelques mots de la dévotion au Sacré-Cœur, de son objet et de sa pratique. Nous saisirons une fois de plus cette vérité si capitale, que pour nous tout se ramène à la connaissance pratique du mystère de Jésus.
« Dévotion > vient du mot latin devovere : se dévouer, se consacrer soi-même à une personne aimée. La dévotion envers Dieu est la consécration totale de notre vie à Dieu, c’est la plus haute expression de notre amour. « Vous aimerez Dieu de fout votre cœur, de foute votre
1. Wie écrite par ellemême, ch. XXII, Œuvres, trad. des Carmélites, t. I, p. 284. —- 2, Ephes. III, 19.
âme, de fout votre esprit, de foutes vos forces » : Diliges Dominum Deum tuum ex TOTO corde tuo, et ex TOTA anima tua, et ex TOTA mente tua’. Ce totus marque la dévotion : aimer Dieu de fout soi-même, sans rien réserver, ni jamais cesser, l’aimer à ce point qu’on se dévoue à son service avec promptitude et aisance, telle est la dévotion en général; et ainsi entendue, la dévotion constitue la perfection: car elle est la fleur même de la charité?.
La dévotion à Jésus-Christ est le dévouement de tout notre être et de toute notre activité à la personne du Verbe incarné, abstraction faite de tel état particulier de la personne de Jésus ou de tel mystère spécial de sa vie. Par cette dévotion à Jésus-Christ, nous tâchons de connaître, d’honorer, de servir le Fils de Dieu se manifestant à nous par sa sainte humanité.
Une dévotion particulière est soit le « dévouement » à Dieu considéré spécialement dans un de ses attributs ou une de ses perfections, comme la sainteté ou la miséricorde, ou encore à l’une des trois personnes divines, soit du Christ contemplé dans un de ses mystères, sous l’un ou l’autre de ses états. — Comme nous l’avons vu au cours de ces entretiens, c’est toujours le même Christ Jésus que nous honorons, c’est toujours à sa personne adorable que s’adressent nos hommages, mais nous considérons sa personne sous tel aspect particulier ou se manifestant à nous dans tel mystère spécial. Ainsi la dévotion à la sainte Enfance est la dévotion à la personne même du Christ contemplé spécialement dans les mystères de sa nativité et de sa vie d’adolescent à Nazareth ; la dévotion aux cinq plaies est la dévotion à la personne du Verbe incarné considéré dans ses souffrances, souffrances symbolisées elles-mêmes par les cinq plaies dont le Christ a voulu conserver les glorieuses cicatrices après sa résurrection. La dévotion peut avoir un objet spécial, propre, immédiat, mais elle se termine toujours à la personne elle-même *.
mn Marc. XIT,,30. 2, Cf. 5. “Thom. JI-II, q 82, a.,r. — 3. S. Thom. FET Ad E2S; Ar. \
Vous comprenez dès lors ce qu’il faut entendre par la dévotion au Sacré-Cœur. C’est, d’une façon générale, le dévouement à la personne de Jésus lui-même, manifestant son amour pour nous et nous montrant son cœur comme symbole de cet amour. Qui honorons-nous donc dans cette dévotion ? Le Christ Jésus lui-même, en personne. Mais quel est l’objet immédiat, spécial, propre de cette dévotion ? Le cœur de chair de Jésus, le cœur qui battait pour nous dans sa poitrine d’'Homme-Dieu ; mais nous ne l’honorons pas séparé de la nature humaine de Jésus ni de la personne du Verbe éternel auquel cette nature humaine a été unie dans l’incarnation. Est-ce tout? Non ; il faut encore ajouter ceci : nous honorons ce cœur comme symbole de l’amour de Jésus à notre égard.
La dévotion au Sacré-Cœur se ramène donc au culte du Verbe incarné nous manifestant son amour et nous montrant son cœur comme symbole de cet amour.
Je n’ai pas besoin de justifier devant vous cette dévotion qui vous est familière ; il ne sera pas toutefois sans utilité de vous dire un mot à ce sujet.
Vous savez que, d’après certains protestants, l’Église est comme un corps sans vie; elle aurait reçu toute sa perfection dès ses débuts, et devrait y rester figée ; tout ce qui a surgi dans la suite, soit en matière dogmatique, soit dans le domaine de la piété n’est, à leurs yeux, que superfétation et corruption.
Pour nous, l’Église est un organisme vivant, qui, comme tout organisme vivant, doit se développer et se parfaire. Le dépôt de la révélation a été scellé à la mort du dernier apôtre ; depuis, aucun écrit n’est admis comme inspiré, et les révélations particulières des saints n’entrent point dans le dépôt officiel des vérités de la foi. Mais beaucoup de vérités contenues dans la révélation officielle n'y sont qu’en germe ; l’occasion ne s’est donnée que peu à peu, sous la pression des événements et la conduite de l’Esprit-Saint, d'en venir à des définitions explicites qui fixaient en formules précises et déterminées
ce qui auparavant n’était connu que d’une façon implicite.
Dès le premier instant de son incarnation, le Christ Jésus possédait dans sa sainte âme tous les trésors de la science et de la sagesse divines. Mais ce n’est que peu à peu qu’on les a vus se révéler. À mesure que le Christ croissait en âge, cette science et cette sagesse se déclaraient, on voyait apparaître et fleurir les vertus dont il contenait en lui le germe.
Quelque chose d’analogue se passe pour l’Église, corps mystique du Christ. Par exemple, nous trouvons dans ie dépôt de la foi cette magnifique révélation : « Le Verbe était Dieu, et le Verbe s’est fait chair »’. Cette révélation contient des trésors qui n’ont été mis au jour que peu à peu; c’est comme une semence qui s’est épanouie en fruits de vérité pour augmenter notre connaissance du Christ Jésus. À l’occasion d’hérésies qui se sont élevées, l'Église, guidée par lEsprit-Saint, a défini qu’il n’y a en Jésus-Christ qu’une seule personne divine, mais deux natures distinctes et parfaites, deux volontés, deux sources d'activité ; que la Vierge Marie est la Mère de Dieu ; que toutes les parties de la sainte humanité de Jésus sont adorables à raison de leur union à la divine personne du Verbe. Sont-ce là des dogmes nouveaux ? Non. C’est le dépôt de la foi qui s'explique, s’explicite, se développe.
Ce que nous disons des dogmes s'applique parfaitement aux dévotions. Dans le cours des siècles, des dévotions ont surgi, que l’Église, sous la conduite de l’Esprit- Saint, a admises et faites siennes. Ce ne sont point des innovations proprement dites, ce sont des effets qui découlent des dogmes établis et de l’activité organique de l'Église.
Dès que l’Église enseignante approuve une dévotion, qu’elle la confirme de son autorité souveraine, nous devons nous faire une joie de l’agréer ;, agir autrement, ce ne serait plus « partager les sentiments de l’Église », sentire cum Ecclesia, ce ne serait plus entrer dans les
TA TOAL TL NIV Et T4.
pensées du Christ Jésus ; car il a dit à ses apôtres et à leurs successeurs : « Qui vous écoute m’écoute, qui vous méprise me méprise »’. Or, comment aller au Père si nous n’écoutons pas le Christ ?
Relativement moderne sous la forme qu’elle revêt actuellement, la dévotion au Sacré-Cœur trouve ses racines dogmatiques dans le dépôt de la foi. Elle était contenue en germe dans la parole de S. Jean : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous... Il a porté à ses limites l’amour qu’il avait pour les siens »”. Qu’est-ce, en effet, que l’Incarnation ? C’est la manifestation de Dieu, c’est « Dieu se révélant à nous par l'humanité de Jésus » : Nova mentis nostrae oculis lux tuae claritatis infulsit* ; c’est la révélation de l’amour divin au monde : « Dieu a aimé le monde à ce point qu’il lui a donné son Fils unique » ; et ce Fils lui-même a aimé les hommes jusqu’à se livrer pour.eux : « Il n’y a pas de plus grand amour que celui de donner sa vie pour ses amis » : Ma- Jorem hac dilectionem nemo habet‘ Toute la dévotion au Sacré-Cœur est en germe dans ces paroles de Jésus. Et pour montrer que cet amour avait atteint le suprême degré, le Christ Jésus a voulu qu’aussitôt après son dernier soupir sur la croix, son cœur fût percé par la lance d'un soldat.
Comme nous allons le voir, l'amour qui est symbolisé par le cœur dans cette dévotion est tout d’abord l'amour créé de Jésus, mais comme le Christ est le Verbe incarné, les trésors de cet amour créé nous manifestent les merveilles de l’amour divin, du Verbe éternel.
Vous saisissez à quelle profondeur cette dévotion plonge dans le dépôt de la foi. Loin d’être une altération ou une corruption, elle est une adaptation, à la fois simple et magnifique, des paroles de S. Jean sur le Verbe qui s’est fait chair et s’est immolé par amour pour nous.
HAUT X, 1002 Joan 0. 14 ; XIII, 1. — 3. Préface de la Nativité. — 4. Joan, XV, 13.
Si nous reprenons maintenant en peu de mots les divers éléments de ce culte nous verrons combien ils se justifient.
L'objet propre et direct en est le cœur physique du Christ. Ce cœur est, en effet, digne d’adoration. Pourquoi cela ? Parce qu’il fait partie de la nature humaine, et que le Verbe s’est uni à une nature parfaite : Perfectus homo”. La même adoration que nous donnons à la personne divine du Verbe atteint tout ce qui lui est uni personnellement, tout ce qui subsiste en elle et par elle. Cela est vrai de la nature humaine de Jésus tout entière, cela est vrai dé chacune des parties dont elle se compose. Le cœur de Jésus est le cœur d’un Dieu.
Mais ce cœur que nous honorons, que nous adorons dans cette humanité unie à la personne du Verbe, sert ici de symbole. Symbole de quoi ? De l’amour. Dans le langage usuel, le cœur est accepté comme le symbole de lamour. Quand Dieu nous dit dans l’Écriture : « Mon fils, donne-moi ton cœur »°, nous comprenons que le cœur signifie ici l'amour. On peut dire de quelqu'un : je l'estime, je le respecte, mais mon cœur, je ne puis le lui donner ; on marque par ces paroles que l’amitié, l’intimité et l’union sont impossibles.
Dans la dévotion au Cœur sacré de Jésus, nous honorons donc l’amour que nous porte le Verbe incarné.
Amour créé d’abord. — Le Christ Jésus est tout ensemble Dieu et Homme, Dieu parfait, homme parfait : c'est le mystère même de l’incarnation. En sa qualité de « Fils de l’homme », le Christ a un cœur comme le nôtre, un cœur de chair, un cœur qui bat pour nous de l’amour le plus tendre, le plus vrai, le plus noble, le plus fidèle qui soit.
Dans sa lettre aux Éphésiens, S. Paul leur disait qu’il priait Dieu avec instance de leur faire connaître la longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur du mys-