IV
De même que l'Esprit-Saint n’appelle pas toutes les âmes à briller d’une égale façon par les mêmes vertus, de même, en matière de dévotion particulière, il leur laisse une sainte liberté, que nous devons nous-mêmes respecter soigneusement. Il y a des âmes qui se sentent poussées à honorer spécialement les mystères de l’enfance de Jésus ; d’autres sont attirées par les charmes tout intérieurs de sa vie cachée ; d’autres encore ne peuvent se détacher de la méditation de la Passion.
Cependant la dévotion au cœur sacré de Jésus est de celles qui doivent nous être le plus chères. Et pourquoi ? Parce qu’elle honore le Christ Jésus non plus dans un de ses états ou de ses mystères particuliers, mais dans la généralité et dans la totalité de son amour, de cet amour où tous les mystères trouvent leur explication la plus profonde. Bien qu’elle soit spéciale et nettement caractérisée, cette dévotion revêt donc quelque chose d’universel : en honorant le cœur du Christ, ce n’est plus à Jésus enfant, adolescent ou victime que s'arrêtent nos hommages, mais à la personne de Jésus dans la plénitude de son amour.
De plus, la pratique générale de cette dévotion tend, en dernière analyse, à rendre à Notre-Seigneur amour pour amour : Movet nos ad amandum mutuo”; à saisir toute notre activité pour la pénétrer d'amour afin de plaire au Christ Jésus ; les exercices particuliers ne sont que des moyens d'exprimer à notre divin Maître cette réciprocité d'amour.
C’est là un effet très précieux de cette dévotion. Car toute la religion chrétienne se ramène pour nous à ce point : nous livrer par amour au service du Christ et, par lui, au Père et à leur commun Esprit. Ce point est d’une importance capitale, et je veux, pour terminer cet entretien, le considérer avec vous quelques instants.
néon ex DIT, Le c:
C'est une vérité, confirmée par l’expérience des âmes, que notre vie spirituelle dépend, ‘en grande partie, de l’idée que nous nous faisons habituellement de Dieu.
I y a entre nous et Dieu des rapports fondamentaux, basés sur notre nature de créature ; il existe des relations morales résultant de notre attitude envers lui ; et cette attitude est, la plupart du temps, conditionnée par l’idée que nous avons de Dieu.
Si nous nous faisons de Dieu une idée fausse, nos efforts pour avancer seront souvent vains et stériles, parce qu’ils se produiront en dehors de la voie ; si nous en avons une idée incomplète, notre vie spirituelle sera remplie de lacunes et d’imperfections ; si notre idée de Dieu est vraie — aussi vraie que cela est possible ici-bas à une créature vivant de la foi, — notre âme s’épanouira en toute sûreté dans la lumière.
Cette idée habituelle que nous nous faisons de Dieu est donc la clef de notre vie intérieure, non seulement parce qu’elle règle notre conduite envers lui, mais aussi parce que, souvent, elle détermine l'attitude de Dieu même à notre égard : en bien des cas, Dieu nous traite comme nous le traitons.
Mais, me direz-vous, la grâce sanctifiante ne fait-elle pas de nous les enfants de Dieu ? Certainement ; toutefois, en pratique, il y, a des âmes qui n’agissent pas en enfants adoptifs du Père éternel. On dirait que cette condition d'enfants de Dieu n’a pour elles qu'une valeur nominale ; elles ne comprennent pas que c’est là un état fondamental qui demande à se manifester sans cesse par des actes qui y correspondent, et que toute la vie spirituelle doit être le développement de l'esprit d'adoption divine, esprit que nous avons reçu au baptême par la vertu du Christ Jésus.
Ainsi, vous rencontrerez des âmes qui considèrent habituellement Dieu comme ie regardaient les Israélites. Dieu se révélait à eux parmi les foudres et les éclairs du Sinaï; pour ce peuple « à la tête dure » * enclin à