‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 116 sur 134 · Ephes. I · texte numérisé non relu

Ephes. I

Mais tous les mystères de l’'Homme-Dieu aboutissent à l'établissement et à la sanctification de l'Église : Propter nos et propter nostram salutem 4: Le Christ est venu afin de se constituer une société qui puisse « paraître devant lui glorieuse, sans tache ni ride, mais sainte et immaculée » *.

Si étroite et intime est l'union contractée avec elle qu’il est la vigne et qu’elle forme les branches ; qu’il est la tête et qu’elle constitue le corps ; qu'il est l’'Époux et qu’elle a rang d'Épouse. Unis, ils composent ce que S. Augustin appelle si bien le « Christ total »*.

Le Christ et l’Église sont inséparables ; ils ne se conçoivent pas l’un sans l’autre. C’est pourquoi, au terme de ces entretiens sur la personne de Jésus et de ses mystères, nous devons vous parler de cette société que S. Paul appelle « le complément du Christ », et sans laquelle le mystère du Christ n’atteint pas sa perfection.

Vous le savez : ici-bas, cette union ineffable s'opère dans la foi, par la grâce et la charité ; elle se consomme dans les splendeurs des cieux et la vision béatifique. Aussi, arrivée à la fin du cycle qu’elle s’est donné mission de parcourir, la liturgie célèbre-t-elle en une fête solennelle —— la Toussaint — la gloire du royaume de Jésus. Elle réunit dans une même louange la multitude entière de fa société des élus pour exalter leur triomphe et leur joie, en même temps que pour nous exciter à les suivre dans leurs exemples afin de partager leur félicité.

Car cette société est une, comme le Christ est un. Au temps doit succéder l'éternité ; les âmes se forment icibas à la perfection, mais le terme ne se trouve que dans cette société glorieuse ; de plus, notre degré de béati-. tude se mesure au degré de charité atteint à l’heure où nous quittons cette terre.

Je vous exposerai d’abord les raisons que nous avons de tendre à cette béatitude céleste ; nous verrons ensuite les moyens d’y parvenir.

1. Credo de la messe. — 2. Ephes. V, 27, — 3. De Unitate Eccles. 4.

La première raison que nous avons de tendre à la sainteté est « la volonté de Dieu » : Haec est voluntas Dei, sanctificatio vestra’. Dieu veut non seulement que nous soyons sauvés, mais que nous devenions des saints. Et pourquoi Dieu le décide-t-il ? « Pafce que lui-même est Saint »: Sancti estote quoniam ego sanctus sum. Dieu est la sainteté même ; nous sommes ses créatures È il désire que la créature reflète son image ; bien plus, il veut qu’ « en notre qualité d’enfants, nous soyons parfaits comme lui, notre Père céleste, est parfait » : Estote perfecti, sicut et Pater vester caelestis perfectus est*. C'est le précepte même de Jésus.

Dieu trouve sa gloire dans notre sainteté. N'oublions jamais cette vérité: chaque degré de sainteté auquel nous serons parvenus, chaque sacrifice que nous aurons accompli pour l’acquérir, chaque vertu dont le reflet ornera notre âme sera éternellement une gloire pour Dieu.

Nous chantons tous les jours, et il me semble que c’est tous les jours avec plus de bonheur : Tu solus sanctus, Jesu Christe*: « Vous êtes seul Saint, Ô Jésus-Christ ». Et c’est pourquoi vous êtes la grande gloire de Dieu. Durant toute l'éternité, le Christ Jésus donnera une gloire infinie à son Père, lui montrant ses cinq plaies, expression magnifique de la fidélité souveraine et de l’amour parfait avec lesquels « il a toujours accompli ce que son Père réclamait de lui » : Quae placita sunt ei facio semper ‘.

Il en est de même des saints. Ils se tiennent « devant le trône de Dieu »'°, et sans cesse lui rendent gloire. Le zèle ardent des apôtres, le témoignage des martyrs empourprés de sang, la science profonde des docteurs, léclatante pureté des vierges constituent autant d’hommages agréables à Dieu.

Dans « cette multitude que personne ne peut dénom-

2 I Thess” IV, 3, — 2. Levit, XI, 443; XIX, 2, — 3. Matth. V, "48: æ— 4. Gloria de la messe. — 5. Joan. VIII, 29. — 6. Apoc. VII, 9.

brer »', chaque saint brille d’un éclat particulier ; et Dieu regardera éternellement avec complaisance les efforts, les luttes, les victoires de ce saint qui sont comme autant de trophées aux pieds de Dieu, pour honorer ses infinies perfections et pour reconnaître ses droits.

C'est donc pour nous une ambition légitime que de tendre de toutes nos forces à procurer cette gloire que Dieu puise en notre sainteté ; nous devons aspirer vivement à faire partie de cette société bienheureuse dans laquelle Dieu même prend ses complaisances : c’est là pour nous un motif de ne pas nous contenter d’une perfection médiocre, mais de viser sans cesse à répondre avec le plus de plénitude possible au désir de Dieu : Sancti estote quia ego sanctus sum.

Une autre raison, c’est que plus notre sainteté est élevée, plus nous exaltons le prix du sang de Jésus.

S. Paul nous dit que « le Christ s’est livré tout luimême à la mort et à la mort de la croix afin de sanctifier l'Église, de faire d’elle une société resplendissante, sans tache, ni ride, mais sainte et immaculée » *. C’est là toute la fin de son sacrifice.

Or, une des sources les plus vives d’affliction pour le cœur de Jésus durant son agonie au jardin des Oliviers a été la perspective de l’inutilité de son sang pour tant d'âmes qui refuseraient le don divin : Quae utilitas in sanguine meo * ? Le Christ comprenait qu’une seule goutte de ce sang aurait suffi pour purifier des mondes et sanctifier des multitudes d’âmes ; afin d’obéir à son Père, il a consenti avec un amour indicible à répandre jusqu’à la dernière goutte ce sang qui contenait la vertu infinie de la divinité. Et pourtant, il faut bien le dire: «Quelle utilité retirera-t-on de ce sang » ?

La grande ambition qui fait battre le cœur du Christ est de glorifier son Père ; c’est pourquoi il désirait avec tant de véhémence, quomodo coarctor‘, donner sa vie,

r. Apoc.uVII,.0. — 2. Ephes. V, 25-274— 13. Ps. XXIX,/10.— 4 Luc. XIE 0. +

pour amener à son Père des âmes innombrables qui porteraient beaucoup de fruits de vie et de sainteté : In hoc clarificatus est Pater meus, ut fructum PLURIMUM afferafes 7.

Mais combien comprennent l’ardeur de l'amour de Jésus ? combien répondent aux désirs de son cœur ? Tant d’âmes n’observent pas les lois divines ! D’autres gardent

‘les commandements ; mais bien peu se livrent à Jésus et à l’action de son Esprit avec cette plénitude qui mène à la sainteté.

Heureuses les âmes qui s’abandonnent sans réserve au bon plaisir divin ! Unies tout entières au Christ, qui est la vigne, elles « portent de nombreux fruits et glorifient le Père céleste » ; elles proclament surtout la vertu du sang de Jésus.

Voyez en effet : quel cantique chantent les élus, que S. Jean nous montre, dans son Apocalypse, se prosternant devant l’Agneau ? « Vous avez été immolé, et vous nous avez rachetés pour Dieu, par votre sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, de toute nation. À vous gloire et louange »°! Les saints confessent qu'ils sont les trophées du sang de l’Agneau, trophées d'autant plus glorieux que leur sainteté est plus éminente.

Cherchons donc de toute l’ardeur de nos âmes à nous puriïtier de plus en plus dans le sang de Jésus, à produire ces fruits de vie et de sainteté que le Christ Jésus nous a mérités par sa passion et sa mort. Si nous devenons des saints, notre cœur tressaillira, durant toute l'éternité, de la joie que nous donnerons au Christ en chantant les triomphes de son sang divin et la toute-puissance de sa grâce.

Vous me demanderez : comment arriver à cette sainteté

si agréable à Dieu, si glorieuse pour Jésus, et source

Page 1