Joan. XVII
uniquement ; il est, si je puis ainsi m’exprimer, une filiation vivante ; il est « orienté » entièrement vers le Père.
Et de même que le Père proclame son ineffable fécondité : Filius meus es tu, ego hodie genui te’, le Fils reconnaît qu’il est Fils, que le Père est son principe, sa source, et que tout vient de lui : c’est là, si l’on peut parler de la sorte, la première « fonction » du Verbe.
Ouvrez les Évangiles, surtout celui de saint Jean : vous verrez le Verbe incarné relever sans cesse, pour la mettre en relief à nos yeux, cette propriété. Le Christ aime à proclamer qu’en sa qualité de Fils unique, il tient tout de son Père. « Je vis par le Père, dit-il à ses apôtres ; ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé ; le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais ce qu’il voit faire au Père, et tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareiïllement ; le Fils ne fait rien de lui-même, et selon qu’il entend il juge, et son jugement est juste, parce qu’il ne cherche pas sa propre volonté, mais la volonté de celui qui l’a envoyé... Je ne fais rien de moi-même, mais je dis ce que mon Père m'a enseigné » *.
Que veut faire entendre Notre-Seigneur par ces paroles mystérieuses, sinon qu'en sa qualité de Fils, il tient toutes choses du Père, tout en étant son égal ? Partout, dans toutes les circonstances remarquables de sa vie, comme par exemple à la résurrection de Lazare, le Christ Jésus relève les relations ineffables qui font de lui l'unique du Père éternel.
Lisez surtout le discours et la prière de Jésus à la dernière Cène, dans lesquels, au moment de consommer par son sacrifice sur la croix la série de ses mystères, il lève un coin du voile qui dérobe à nos regards la vie divine, vous verrez avec quelle insistance il revient sur la filiation éternelle et les propriétés qui en sont le privilège : « Père, l'heure est venue : glorifiez votre Fils afin que votre Fils vous glorifie.. Glorifiez-moi de la gloire que j'avais auprès de vous avant que le monde fût. Les hommes que vous m'avez confiés savent à présent que
TO Pe ll 7r- 2 Joan. NL, 5e VIT, 16,4 V, 19, 30 MIIL, 28.
tout ce que vous m'avez donné vient de vous... Ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de vous... Tout ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi... Qu'ils soient un comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous... Père, ceux que vous m'avez donnés, je veux que là où je suis, ils soient avec moi, afin qu’ils voient la gloire que vous m'avez donnée, parce que vous m'avez aimé avant la création du monde »’.….
Quelle admirable révélation du Père et du Fils, de leurs relations incompréhensibles, nous livrent ces pa- . roles ! Non vraiment, comme le dit S. Jean au début de son Évangile, nous n'avons pas vu Dieu ; mais le Fils unique qui est dans le sein du Père nous a révélé quelque chose des secrets de sa vie. — Je crois, Seigneur Jésus, que vous êtes le Fils unique du Père, Dieu comme lui ; je le crois, mais augmentez ma foi !
La deuxième « fonction » du Verbe est d’être, comme le dit S. Paul, « l’image du Père » : Imago Dei invisibilis ?.
Non pas une image quelconque, mais une image parfaite, vivante. Le Verbe est la splendeur de la gloire du Père, la figure de sa substance, le rejaillissement de sa lumière éternelle : Splendor gloriae et figura substantiae ejus*. Il est, comme l'indique le terme grec, le « caractère », l'expression adéquate de Dieu, et comme le cachet que le sceau imprime sur la cire. La gloire d’un fils est d'être la vivante image de son père. Il en est ainsi du Verbe. Le Père éternel, en regardant son Fils, voit en lui la reproduction parfaite de ses divins attributs ; le Fils réfléchit parfaitement, comme un miroir sans tache, Speculum sine macula*, tout ce que le Père lui donne.
Et c’est pourquoi le Père, en contemplant son Fils, voit en lui toutes ses perfections ; et ravi de ce spectacle, il déclare au monde que ce Fils est l'objet de toute sa dilection : Filius dilectus in quo mihi BENE complacui.
2 Joan XVII 2 Col re = 314Hebr..1,,3:0— 14. San (VIRE 5. Matth. XVII, 5.
Aussi quand il-s’'incarne, le Verbe nous révèle-t-il le Père, nous manifeste-t-il Dieu. Lorsqu’'à la dernière Cène, Notre-Seigneur eut parlé de son Père en termes si touchants, l’apôtre Philippe lui dit : « O Seigneur, montreznous le Père, et c'en sera assez, nous serons comblés ! » . Et que répond le Christ Jésus ? « Quoi, je suis avec vous depuis si longtemps, et vous ne me connaissez pas encore? Philippe, qui me voit, voit mon Père » :” Qui videt me, videt et Patrem'. Quelle profonde révélation que cette parole ! Il nous suffit de voir Jésus, le Verbe incarné, pour connaître le Père dont il est l’image. Toutes les perfections du Père, le Christ les traduit en gestes humains, en langage accessible à nos faibles esprits. Souvenons-nous toujours de cette parole : Qui videt me, videt et Patrem.
Nous parcourrons bientôt les principaux mystères de Jésus. Celui que nous contemplerons, c’est Dieu ; c’est l’Être infini, tout-puissant et souverain. Cet enfant couché dans une crèche et qu’adorent des bergers et des mages, c’est Dieu ; cet adolescent qui travaille, comme un obscur ouvrier dans un pauvre atelier, c’est Dieu ; cet homme qui guérit les malades, qui multiplie les pains, qui pardonne aux pécheurs et sauve les âmes, c’est Dieu : Dieu encore, ce prophète persécuté par ses ennemis, cet agonisant qui lutte contre l’ennui, la peur et la tristesse, ce condamné qui meurt sur une croix ; elle contient Dieu, cette hostie que garde le tabernacle et que je vais recevoir à la table sainte : Qui videt me, videt et Patrem.
Et toutes les perfections que manifestent les états ou les mystères de Jésus : cette sagesse qu’on ne peut prendre en défaut, cette puissance qui étonne ou ravit les foules, cette miséricorde inouïe à l'égard des pécheurs, ce zèle ardent pour la justice, cette patience inaltérable sous les affronts, cet amour qui se donne et se livre, ce sont les perfections d’un Dieu, de notre Dieu : car celui qui voit Jésus, voit le Père, contemple Dieu.
A la fin de sa prière sacerdotale, le Christ disait à son