Ephes. II, 6. — Ibid. PA 5. — 3. Joan. «XIV
Le Père éternel présente son Verbe au monde : « Voici mon Fils... écoutez-le ». Si nous le recevons par la foi, c'est-à-dire si nous croyons qu’il est le Fils de Dieu, le Verbe nous fait part de ce qu’il a de meilleur : sa filiation divine ; il partage avec nous sa qualité de fils, il nous donne la grâce d'adoption : Dedit eis potestatem filios Dei fieri ; il nous donne le droit d'appeler Dieu notre Père.
Toute notre perfection consiste dans notre imitation fidèle du Fils de Dieu. Or, S. Paul nous dit que « toute paternité dérive du Père »: Ex quo omnis paternitas nominatur’. On peut dire aussi du Fils: Ex quo omnis filiatio nominatur. C'est lui seul, le Fils, qui, par son Esprit, nous enseigne comment nous devons être fils : Quoniam estis filii, misit Deus spiritum FILI SUI in corda vestra clamantem : ABBA, PATER °.
Nous devons recevoir le Fils lui-même ; voir toujours en lui, quel que soit l’état dans lequel nous le contemplons, le Verbe coéternel au Père. Ensuite nous devons recevoir ses enseignements, sa doctrine. — Il est dans le sein du Père : et par ses paroles il nous révèle ce qu’il sait : 1pse enarravit. La foi est la connaissance que nous avons, par le Verbe, des mystères divins. Quelle que soit donc la page d'Évangile que nous lisons ou que nous présente l’Église au cours de la célébration des mystères de son Époux, disons-nous que ces paroles sont les paroles du Verbe : Verba Verbi, de celui qui exprime les pensées, les désirs, les vouloirs de notre Père des cieux : Ipsum audite*. Chantons Amen à tout ce que nous entendons du Verbe, à chaque page que dans sa liturgie l’Église détache de l'Évangile pour la proposer à notre foi. Disons à Dieu : « O Père, je ne vous connais pas, puisque je ne vous ai jamais vu ; mais j'accepte tout ce que votre divin Fils, votre Verbe, me révèle de vous ». Cette prière est excellente ; et souvent, quand elle est faite avec foi et humilité, « un rayon de lumière descend
1. Ephes. III, 15. — 2, Gal IV, 6. — 3. Matth. XVII, 5 ; Luc. IX, 35.
d'en haut »‘ qui éclaire ces textes que nous lisons et nous fait pénétrer dans leur profondeur pour que nous y trouvions des principes de vie.
Car le Verbe n’est pas seulement l'expression des perfections de son Père, mais encore de toutes ses volontés. — Tout ce que le Verbe nous ordonne, nous prescrit dans son Évangile ou par son Église est l'expression des adorables vouloirs et des désirs de notre Père des cieux. Et si nous accomplissons, surtout par amour, les préceptes que Jésus nous donne, nous demeurerons unis à lui, et par lui, au Père : Si praecepta mea servaveritis, MANEBITIS in dilectione mea... Qui autem diligit me, diligetur a Poireii; à
Là est toute la formule de la sainteté : adhérer au Verbe, à sa doctrine, à ses préceptes, et par lui au Père qui l’envoie et lui « donne les paroles que nous devons recevoir » *.
Enfin nous demeurons unis au Verbe surtout par le sacrement d’union, l’Eucharistie. — C’est le pain de vie, le « pain des enfants » *. Sous les espèces eucharistiques, est réellement caché le Verbe, celui qui naît éternellement au sein de la divinité. Quel mystère ! Celui que je reçois dans la communion est le Fils engendré de toute éternité, le Fils bien-aimé auquel le Père communique sa vie, sa vie divine, la plénitude de son être et sa béatitude infinie. Combien Notre-Seigneur avait raison de dire : « Le Père m'a donné la vie; comme je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra par moi » : Et qui manducat me, et ipse vivet propter me... « Il demeure en moi et moi en lui »: 1n me manet et ego in illo”.
.- Si nous demandons à Notre-Seigneur ce que nous pouvons faire de plus agréable à son cœur sacré, il est certain qu’il nous dira, avant toutes choses, d'être comme lui, Penfant de Dieu. Si donc nous voulons lui plaire, recevons-le chaque jour dans la communion eucharistique, et disons-lui : « O Jésus, vous êtes le Fils de Dieu,
HUIC TAC, 7.52. Joan XV, 10: XIV; 21. -—.3: Cf "Ibid. XVII; 8. — 4. Séquence Lauda Sion. — 5. Joan. VI, 57-58.
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limage parfaite de votre Père, vous connaissez votre Père, vous êtes tout entier à lui, vous voyez sa face; augmentez en moi la grâce d'adoption qui me rend enfant de Dieu ; enseignez-moi à être, par votre grâce et par
mes vertus, comme vous et en vous, un digne enfant du
Père céleste ». Il est certain que si nous sollicitons cette grâce avec foi le Verbe nous la donnera.
Il nous l’a dit lui-même : « Le Fils ne veut que ce que veut le Père »'. Dès lors le Fils entre pleinement dans les vues de son Père ; et quand il se donne, c’est pour établir, conserver et augmenter en nous la grâce d’adoption. Toute sa vie divine personnelle est d’être ad Patrem; en se donnant à nous, il se donne tel qu'il est : tout « orienté » vers son Père et sa gloire ; et c’est pourquoi quand nous le recevons avec foi, confiance et amour, il réalise en nous notre orientation vers le Père. C’est là ce que nous devons demander et rechercher sans cesse : que toutes nos pensées, toutes nos aspirations, tous nos désirs, toute notre activité aillent, par la grâce de la filiation et l’amour, à notre Père des cieux en son Fils Jésus : Viventes Deo in Christo Jesu*.
Ce sont là, me direz-vous, des vérités bien élevées, un état bien sublime. — Il est vrai ; et pourtant, ai-je fait autre chose que de vous répéter ce que le Verbe lui-même nous a révélé, ce que S. Jean et S. Paul nous ont redit après Jésus ? Non, ce ne sont pas des rêves, mais des réalités, des réalités divines.
Et ces réalités constituent la substance du Christianisme. Nous ne comprendrons rien, je ne dis pas seulement à la perfection, à la sainteté, mais même au simple christianisme, si nous ne saisissons pas que le fond le plus essentiel en est constitué par l’état d'enfant de Dieu, participation, par la grâce sanctifiante, à la filiation éternelle du Verbe incarné. Tous les enseignements du Christ