Joan. MV, 19. —#2, Rom. VI, ri
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et des apôtres se résument en cette vérité, tous les mystères de Jésus tendent à en établir, dans nos âmes, l’admirable réalité.
Ne l’oublions donc jamais ; toute la vie chrétienne comme toute la sainteté se ramène à cela : être par la grâce ce que Jésus est par nature : le Fils de Dieu. C’est ce qui fait la sublimité de notre religion. La source de toutes les grandeurs de Jésus, de la valeur de tous ses états, de la fécondité de tous ses mystères, c'est sa génération divine et'sa qualité de Fils de Dieu. De même, le saint le plus élevé dans le ciel est celui qui ici-bas a été le plus parfaitement enfant de Dieu, qui a fait davantage fructifier en lui la grâce de son adoption surnaturelle en Jésus-Christ.
C'est pourquoi toute notre vie spirituelle doit se rattacher à cette vérité fondamentale, tout le travail de la perfection doit se ramener à sauvegarder fidèlement et à faire épanouir dans la plus large mesure possible notre participation à la filiation divine de Jésus.
Et ne disons pas que cette vie est trop élevée, que ce programme est irréaiisable. Oui, pour notre nature laissée à elle-même, cette vie est au-dessus des exigences, des droits, des forces de notre être, et c’est pourquoi nous l'appelons surnaturelle.
Mais, « notre Père des cieux sait ce dont nous avons besoin »*; s’il nous appelle à lui, il nous donne aussi les moyens de parvenir. Il nous donne son Fils pour que son Fils soit notre voie, nous distribue la vérité et nous communique la vie. I1 suffit que nous demeurions unis à ce Fils par la grâce et nos vertus pour qu'un jCcur nous partagions sa gloire in sinu Patris.
Voyez : que disait Jésus à Madeleine, après sa résurrection ? Ascendo ad Patrem meum : « Je remonte à mon Père » ; et il ajoute : « Qui est aussi votre Père », Et Patrem vestrum*. Et que va-t-il faire ? « Nous préparer une place »: Vado parare vobis locum, car « dans la x. Matth. VI, 8 — 2. Joan. XX, 17.
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maison de son Père, il y a de multiples demeures » *.
Il est remonté auprès de son Père, mais en précurseur, Praecursor pro nobis introivit Jesus”. Il nous y a précédés, mais pour que nous l’y suivions, car la vie d’ici-bas n’est qu’un passage, une épreuve : « Vous aurez des tribulations en ce monde »‘, disait Jésus, dans le même discours ; vous aurez des contradictions à subir en vousmêmes, des tentations à supporter de la part du prince de ce monde, des contrariétés qui surgiront des événements : car « le serviteur n’est pas plus grand que le maître » *.
Mais, ajoutait-il, « que votre cœur ne se trouble pas », ne se décourage pas ; ayez foi et confiance en Dieu et en moi »*, qui suis Dieu également et qui « demeure avec vous jusqu’à la fin des siècles »°; « votre affliction se changera un jour en joie »'. L'heure sonnera, en effet, où « je viendrai vous chercher moi-même afin de vous donner place avec moi, où je suis dans le royaume de mon Père »: Accipiam vos ad meipsum ut ubi sum ego et vos Sitis *.
O promessé diviné, donnée par la Parole incréée, par le Verbe en personne, par la Vérité infaillible ; promesse pleine de douceur : « Je viendrai moi-même !.. » Nous serons au Christ, et par lui au Père, dans le sein de la béatitude. « En ce jour, dit Jésus, vous connaîtrez — non plus in umbra fidei, dans les ombres de la foi, mais dans la pleine clarté de la lumière éternelle, ir lumine gloriae — que je suis dans le Père, et vous en moi et moi en vous »°; vous verrez « ma gloire de Fils unique » *, et cette vision bienheureuse sera pour vous la source toujours vive d’une joie inamissible.
1Joan XIV, 202— 2 Hchr Vi 0 3. Joan. XVI, 33. — 4. Ibid. XV, 20. — 5. Ibid. XIV,.r. — 6.. Matth. XXVIII, 20:47: Joan XV 20788) Ibid XIV, 3 oi XIV 208 rot Ib TA:
SOMMAIRE. — I. Le Christ est Dieu parfait et homme parfait : union ineffable du divin et de l’humain dans la vie de Notre-Seigneur. — Il. Mode d’union : les deux natures sont unies dans une même personne divine. Conséquence de cette doctrine : valeur infinie de toutes les actions de Jésus ; pourquoi il est si agréable à son Père. — III. Nos devoirs envers le Verbe incarné : le reconnaître d’abord comme Dieu, par la foi, l’adoration et la soumission. — IV. Reconnaître, par l’adoration et une confiance absolue, la réalité de son humanité unie au Verbe : Fatigatur per quem fatigati recreantur.
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu... Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous ».
Le Christ, c’est le Verbe incarné. La Révélation nous apprend que la deuxième personne de la sainte Trinité, le Verbe, le Fils, a emprunté une nature humaine pour se l'unir personnellement. C’est le mystère de l’Incarnation.
Arrêtons-nous quelques instants à considérer ce dogme à la fois inouï et touchant d’un Homme-Dieu. C'est le mystère fondamental sur lequel s'appuient tous les mystères de Jésus. Leur beauté, leur splendeur, leur vertu, leur force, leur valeur se tirent de cette ineffable union de l'humanité à la divinité Nous ne les comprendrons bien que si nous avons envisagé d’abord ce mystère en lui-même et dans les conséquences générales qui en découlent. Jésus est Dieu et homme ; si nous voulons connaître sa personne, participer à ses états, nous devons tâcher de comprendre non seulement qu’il est le Verbe, mais encore que ce Verbe s’est fait chair ; si nous voulons l’honorer dignement, il nous faut autant reconnaître
la réalité de sa nature humaine qu’adorer la divinité à laquelle cette nature est unie.
Qu’'y a-t-il, d’après la foi, dans le Christ ?
Deux natures, la nature humaïne et la nature divine ; le Christ est tout ensemble Dieu parfait et homme parfait. — De plus, ces deux natures sont unies d’une façon si étroite qu’il n’y a qu’une seule personne, celle du Verbe divin en qui l'humanité subsiste. De cette ineffable union, résulte la valeur infinie des actes de Jésus, de ses états, de ses mystères. -
Contemplons ces vérités ; de cette contemplation faite avec humilité et amour jailliront tout naturellement les sentiments qui doivent nous animer en face de ce mystère.
Le Christ est Dieu parfait et homme parfait.
Quand il se présente à nous dans la crèche à Bethléem, dans l’atelier de Nazareth, sur les routes de Judée, assis dans la chaire des synagogues, cloué à la croix ou montant glorieux au ciel, il se manifeste à la fois comme Dieu et comme homme.
Il est Dieu parfait. — En empruntant notre nature humaine, le Verbe demeure ce qu’il est : Quod fuit permansit” : Dieu, l’Être éternel, possédant en plénitude toute vie, toute perfection, toute souveraineté, toute puissance et toute béatitude.
Écoutons le Verbe incarné proclamer lui-même sa divinité : « Comme le Père a la vie en lui, ainsi il a donné au Fils d’avoir la vie en lui, la vie éternelle, la vie divine”... Mon Père et moi nous sommes un‘... Les œuvres que le Père accomplit, le Fils les fait également“... Tout ce qui est à mon Père est à moi, tout ce qui est à moi est à mon Père »°. — Vous le voyez : il y a identité de perfections, égalité de droits, parce qu’il y a unité de nature.
1. Antienne de la fête de la Circoncision. — 2. Joan. V, 26. —,3. Ibid, X, 30. — 4. Ibid. V, 19. — 5. Ibid. XVII, tro.
Le Christ est le Fils de Dieu et par conséquent Dieu même. Les pharisiens reconnaissent que Dieu seul peut remettre les péchés ; en leur présence, pour montrer qu'il est Dieu, Jésus pardonne au paralytique et souligne d’un miracle la grâce accordée: ; il déclare qu’étant descendu du ciel il est le pain de vie, le pain qui donne la vie éternelle * ; seul également il peut, par son propre pouvoir, remonter au ciel, parce que seul il en est descendu *. — Aussi demande-t-il à son Père que l’humanité qu’il a prise soit glorifiée de cette gloire éternelle qu’il possède comme Verbe, comme Dieu, avant que le monde fût‘. Il traite d’égal à égal avec Dieu, parce qu'il est le Fils même de Dieu.
Dieu parfait, le Christ est aussi homme parfait : Et Verbum caro factum est. — I1 nous a emprunté une nature humaine qu’il a faite sienne en se l’unissant physiquement, substantiellement, personnellement, par des liens ineffables : Quod non erat assumpsit.
Ce Dieu éternel, l’Être nécessairement subsistant par lui-même, naît dans le temps, d’une femme : Factum ex muliere. Le Christ a comme nous une nature humaine, complète, intégrale dans ses éléments constitutiis : Debuit per omnia fratribus similari*. Comme nous, le Christ a une âme créée, douée de facultés semblables aux nôtres; son corps est un corps véritable, formé du sang très . pur de sa mère. Il s’est trouvé, dans les premiers temps de l’Église, des hérétiques pour affirmer que le Verbe mavait pris qu'un simulacre de corps humain ; mais l’Église les a condamnés. Le Christ est authentiquement l'un des nôtres, de notre race. Il a réellement, comme lindique l'Évangile, souffert de la faim, de la soif, de la fatigue ; il a répandu des larmes, et les souffrances ont broyé son âme et son corps aussi véritablement qu’elles accablent le nôtre. Même après sa résurrection, il conserve cette nature humaine ; il tient à en faire constater
1. Marc. II, 7-12. — 2. Joan. VI, 51-52. — 3. Ibid. III, 13. — 4. Ibid. AONVITT NS CAL IVEI 4. = N6 Her; VII, ‘17
la réalité aux disciples incrédules : Palpate et videte”: « touchez donc et voyez ; un esprit peut-il être de chair et d'os comme je le suis »? Et comme ils demeuraient encore sceptiques, il leur dit : « Avez-vous quelque chose à manger » ? Ils lui présentèrent un morceau de poisson rôti et un rayon de miel, il les prit et en mangea devant eux ».
Tout ce qui est nôtre il l’a fait sien, — excepté le péché : absque peccato*. Le Christ n’a connu ni le péché ni ce qui est source ou suite morale du péché : la concupiscence, l’erreur, l'ignorance, Sa chair est passible parce qu’il vient expier les péchés par la souffrance ; mais le péché lui-même n’a aucune prise sur lui : « Qui me convaincra de péché »*? Ce défi porté aux Juifs est demeuré sans réponse ; et, pour condamner le Christ à mort, il a fallu recourir à de faux témoins. Il est homme, mais d’une pureté sans tache, comme il convenait à la dignité d’un Homme-Dieu : Sanctus, innocens, impollutus, . segregatus a peccatoribus *.
Le Christ possède donc la nature divine et la nature humaine, il est à la fois Dieu et homme, Dieu parfait et homme parfait.
Ouvrez l'Évangile : vous verrez à chaque page que dans tout ce qu’il fait ou accomplit, le Verbe incarné se . montre Dieu et homme‘ ; partout se manifestent, chacune suivant sa nature et ses propriétés, la divinité et l’humanité.
Le Christ naît d’une femme, mais il veut que sa mère soit et demeure vierge ; — à la crèche, c’est un enfant qui a besoin d’un peu de lait pour se sustenter ; mais. les anges célèbrent sa venue comme celle du Sauveur du monde ; — il est couché sur la paille dans une étable,
1. “Luc. XXIV, 39) sq —"2 Hebr. IV, 15." "5 Toan. VIII 46 — 4. Hebr. VII, 26. — 5. Semper hoc egit Christus dictis et factis suis, ut Deus credatur et homo, Deus qui nos fecit, homo qui nos quaesivit… sic esse Christum hominem factum ut non destiterit Deus esse ; manens Deus accepit hominem qui fecit hominem. S. Augustin. Tract in Joan. XXNIII.
mais un astre merveilleux amène à ses pieds les mages de l'Orient ; — comme tout enfant juif, il est soumis à la circoncision, mais en même temps, il reçoit un nom qui vient du ciel et qui marque une mission divine ; — il croît en âge et en sagesse, mais à douze ans il jétte dans l’admiration par ses étonnantes réponses les docteurs de la Loi eux-mêmes ; — il se fait baptiser par Jean le Précurseur comme s’il avait besoin de pénitence, mais à ce moment même le ciel s’entr'ouvre, et le Père éternel atteste qu’il est son Fils bien-aimé ; — au désert, il éprouve la faim, mais des anges viennent le servir ; — durant ses courses à travers la Palestine, il souffre la fatigue, la soif, le dénuement, mais d’une parole, par sa propre autorité, il fait marcher les paralytiques, guérit les boiteux et multiplie les pains pour rassasier la foule : — sur le lac de Génésareth, le sommeil clôt ses paupières pendant que ses disciples luttent contre la tempête, mais, l’instant d'après, réveillé par les apôtres effrayés, il apaise d’un seul geste les flots en furie ; — au tombeau de Lazare, il est ému, il verse des larmes, de vraies larmes humaines, mais, d’un mot, il ressuscite son ami mort depuis quatre jours ; — au jardin de Gethsémani, après une agonie pleine d’ennui, de tristesse et d'angoisse, il se laisse surprendre par ses ennemis, mais il lui suffit de déclarer qu’il est Jésus de Nazareth pour les faire tomber à la renverse ; — sur la croix, il meurt comme le dernier des hommes, mais toute la nature proclame par le bouleversement qu’elle subit que c’est un Dieu qui meurt.
Ainsi, selon les belles paroles de S. Léon «la majesté s’est unie à la bassesse, la puissance à la faiblesse, ce qui est mortel à ce qui est éternel... une nature inviolable à une nature passible... Le vrai Dieu est né dans la nature intégrale et parfaite d’un vrai homme, tout entier avec ce qui est à lui, tout entier aussi avec ce qui est à nous » : Totus in suis, totus in nostris.
Partout, dès l’entrée de Jésus en ce monde, se manifeste en lui l’union de la divinité et de l'humanité ; union