‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 25 sur 134 · SRE · texte numérisé non relu

SRE

par un acte infiniment simple ; en s’unissant à l'humanité, le Verbe exprime par elle, en des actes multiples et variés; conformes à la nature humaine, toutes ces perfections : ainsi le rayon de lumière passant par le prisme en sort en un faisceau de nuances différentes, Les vertus de la sainte humanité de Jésus: sa patience, sa douceur, sa bonté, sa mansuétude, sa bénignité, son zèle, son amour, sont des vertus accomplies par la nature humaine, mais qui trouvent leur racine profonde dans la divinité, et manifestent en même temps à nos regards terrestres les perfections du Dieu invisible. Humaine dans son expression extérieure, la vie de Jésus est divine dans sa source et son principe: |

Quelle est la conséquence de cette doctrine ? Vous la connaissez, mais il est extrêmement utile d'y revenir.

C’est que toutes les actions de Jésus sont les actions d'un Dieu. Les actes de la sainte humanité sont des actions finies, limitées dans le temps et l’espace, tout comme la nature humaine est créée.

Mais leur valeur morale est divine. — Pourquoi cela ? — Parce que toute action, bien qu’elle soit accomplie par telle ou telle faculté de la nature, est attribuée à la personne. Dans le Christ, c’est toujours Dieu qui agit, mais tantôt par sa nature divine, tantôt par sa nature humaine. Il est donc vrai de dire que c’est un Dieu qui a travaillé, qui a pleuré, qui a souffert, qui est mort, — encore que toutes ces actions aient été accomplies par la nature humaine. Toutes les actions humaines du Christ Jésus, si minimes qu’elles soient dans leur réalité physique, ont une valeur divine‘.

Et c’est pourquoi la vie du Christ tout entière est si agréable à son Père. — Le Père trouve en Jésus, dans sa personne et dans ses actes, dans ses états les plus humiliants comme dans ses plus éclatants mystères, toutes ses complaisances, parce que toujours il voit la personne de

1. En terme théologique ces actions sont appelées théandriques, de deux mots grecs qui signifient : humano-divin,

son propre Fils unique. Le Père, en regardant le Christ Jésus, le voit comme jamais aucune créature ne le verra. Si je puis parler ainsi, il est seul à apprécier la valeur de tout ce que fait son Fils. Comme le disait Notre-Seigneur lui-même, « personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père »’. Nous aurons beau élever notre âme et approfondir les mystères et les états de Jésus, nous n’arriverons jamais à les apprécier comme ils le méritent. Il n'y a qu'un Dieu qui puisse connaître et reconnaître dignement ce que fait un Dieu. Mais aux yeux du Père, les actes les plus minimes de l'humanité de Jésus, les moindres mouvements de son cœur sacré étaient une source de ravissement et de joie.

Une autre raison pour laquelle le Père éternel contemple l’âme du Christ avec complaisance est qu’elle est remplie de toute grâce. Après avoir proclamé la divinité du Verbe et la réalité de son Incarnation, saint Jean ajoute aussitôt : « Et nous l'avons vu plein de grâce » : Et vidimus eum plenum gratiae.

Quelle est cette plénitude de grâce que saint Jean admirait en Jésus et dont il a dit que « c’est d'elle que tous nous avons reçu, et grâce sur grâce » ?

Dans le Christ, il y a d’abord, comme vous le savez, la grâce d'union: gratia unionis, en vertu de laquelle une nature humaine est unie substantiellement à une personne divine. Par cette grâce se réalise l'union qui constitue l’Incarnation. C’est une grâce unique en son genre et qui n’a été donnée qu’au Christ Jésus.

De plus l’âme de Jésus, créée comme la nôtre, a été dotée de la plénitude de la grâce sanctifiante. Par la grâce d'union, l'humanité en Jésus est devenue l'humanité d'un Dieu ; par la grâce sanctifiante, l’âme de Jésus était rendue digne d'être et d'agir comme il convenait à une âme unie à Dieu par une union personnelle. Cette grâce sanctifiante a été donnée à Jésus dans toute sa plénitude, A nous elle est donnée, suivant les desseins de Dieu et:

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