‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 29 sur 134 · Luc, I, 38, 38 — 2. Hebr. I, 3: — 3: Joan X · texte numérisé non relu

Luc, I, 38, 38 — 2. Hebr. I, 3: — 3: Joan X

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Pater major me est’: « Mon Père est plus grand que

moi ». C’est donc ‘en tant qu'Homme-Dieu que Jésus est

pontife.

De sérieux auteurs font dériver le mot « pontife » de pontem facere : « établir, jeter le pont ». Quelle que soit la valeur de cette étymologie, l’idée appliquée au Christ Jésus est juste. Dans les entretiens qu’il daignait avoir avec sainte Catherine de Sienne, le Père lui expliquait comment, par l’union des deux natures, le Christ a jeté un pont sur l’abîme qui nous séparait du ciel : « Je veux que tu regardes le pont que je vous ai construit en mon Fils unique, et que tu contemples sa grandeur qui va du ciel à la terre; puisque la grandeur de la Divinité est unie à la terre de votre humanité. Cela fut nécessaire pour refaire la voie qui était rompue et permettre de traverser l’amertume du monde pour arriver à la vie (éternelle) » *.

De plus c’est par le mystère même de l’Incarnation que l’humanité de Jésus a été « consacrée », « ointe »°. Non d’une onction extérieure, comme cela se fait pour les simples créatures, mais d’une onction toute spirituelle. Par l’action du Saint-Esprit, que la liturgie appelle spiritalis unctio', la divinité s’est répandue.sur la nature humaine de Jésus, « comme une huile d’allégresse » : Unxit te Deus oleo laetitiae prae consortibus tuis*. Cette onction est si pénétrante, l'humanité est tellement « consacrée à Dieu », qu’il n’est pas d'appartenance plus étroite que celle-là, car cette nature humaine est devenue la propre humanité d’un Dieu, du Fils de Dieu.

C’est pourquoi au moment de cette Incarnation qui consacra le premier prêtre de la Nouvelle Alliance, un cri retentit dans les cieux : Tu es sacerdos in aeternum, « Tu es prêtre pour l'éternité ». S. Paul, dont le regard

1, Joan. XIV, 28. — 2. Dialogue, 2° partie, ch. VI. Traduct. Hurtaud, t. I, p. 76-77. Cette idée est familière à sainte Catherine. On la rétrouve dans imaints endroits du Dialogue et dans ses lettres. — 3. S. Augustin. De Trinitate, XV, 27. — 4. Hymne Veni Creator. = 5, Ps. XLIV, 8 — 6. Ibid: CIX, 4.

perça tant de mystères, nous révèle, aussi celui-ci. Écoutez-le : « Nul ne s’attribue à soi-même, dit-il, cette dignité du sacerdoce, mais il faut y être appelé par Dieu ; ainsi le Christ ne s’est pas non plus arçogé la gloire d’être pontife, mais il l’a reçue de celui qui lui a dit: « Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui » : comme il lui dit encore ailleurs : Tu es prêtre pour toujours »

Ainsi donc, au témoignage de l'Apôtre, c’est du Père éternel lui-même que le Christ a reçu le suprême pontificat, de ce Père qui lui dit aussi : « Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd’hui »”. Le sacerdoce du Christ est une conséquence nécessaire et immédiate de son Incarnation.

Adorons ce pontife saint, immaculé, qui est le propre Fils de Dieu ; prosternons-nous devant ce médiateur qui seul, parce qu’il est à la fois Dieu et homme, pourra pleinement remplir sa mission de salut et nous rendre les dons de Dieu par le sacrifice de son humanité ; mais aussi confions-nous pleinement à sa vertu divine qui, seule aussi, fut assez puissante pour nous réconcilier avec le Père.

« En partant de la terre, disait Dieu à sainte Catherine, on ne pouvait établir le pont d’une grandeur sufifisante pour rejoindre la vie éternelle, puisque la terre de la nature humaine était incapable par elle seule de satisfaire au péché et de détruire la tache du péché d'Adam qui a corrompu et infecté toute la race humaine. Il était donc nécessaire de la conjoindre à la grandeur de ma nature, déité éternelle, pour qu’elle pût satisfaire pour toute la race humaine. Il fallait que la nature humaine subît la peine et que la nature divine unie avec cette nature humaine acceptât le sacrifice que mon Fils m’offrait en moi pour détruire la mort et vous rendre la vie. Ainsi la Grandeur s’est abaissée jusqu’à la terre de votre

1. Nec quisquam. sumit sibi honorem, sed qui vocatur a Deo, sic et Christus non semetipsum : clarificavit ut pontifex fieret : sed qui locutus est ad eum : Filius meus es tu, ego hodie genui te, quemadmodum et in alio loco dicit : Tu es sacerdos in aeternum. Hebr. V, 4-6. — 2. Ps. II, 7.

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humanité : en m’unissant à elle, elle a édifié un pont et établi la route. Mais pour obtenir la vie, il ne suffirait pas que mon Fils soit devenu le pont, si vous, vous ne passiez par ce pont »:.

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Le sacrifice de ce pontife unique marche de pair avec son sacerdoce : c’est également dès son Incarnation que Jésus l’inaugure.

Vous savez que dans le Christ, l’âme, créée comme la nôtre, n’a pourtant pas été soumise pour l'exercice de ses propres facultés, intelligence et volonté, au développement progressif de l'organisme corporel : elle avait, dès le premier moment de son existence, la perfection de sa propre vie, ainsi qu'il convenait à une âme unié à la divinité. |

Or, S. Paul nous révèle le premier mouvement de l’âme de Jésus au moment de son Incarnation.

D'un regard, elle embrasse les siècles qui furent avant elle ; elle voit, avec l’abîme où gît l'humanité entière impuissante à se libérer, la multiplicité et l'insuffisance foncière de tous les sacrifices de l’Ancienne Loi, car la créature, si parfaite qu’elle soit, ne peut dignement réparer l’injure que le péché a commise à l’égard du Créateur ; elle regarde le programme d’immolation que Dieu demande d'elle pour réaliser le salut du monde.

Quel instant solennel pour l'âme de Jésus ! Quel instant aussi pour le genre humain |

Et que fait cette âme? Par un mouvement d'amour intense, elle se livre tout entière pour parfaire l’œuvre humano-divine qui peut seule rendre gloire au Père en sauvant l'humanité. — « O Père, vous ne voulez plus de ces offrandes, de ces sacrifices, qui ne sont pas suffisamment dignes de vous. Mais vous m'avez formé un corps : Corpus autem aptasti mihi. Et pourquoi me l’avez-vous donné ? Car je viens, Ô Père, accomplir votre volonté.

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